DB L^EMPEREUR JULIEN
polythéisme au culte chrétien ; en quelques siècles tout fut changé , depuis la race d*hommes jusqu'aux noms des lieux ; et ce n'était pas seulement des invasions de peuples étrangers , des colonies de barbares qui avaient fait cette révolution. Elle sortait de la lutte intérieure de Fancienne société , dont les éléments ne pouvaient plus ni compatir ensemble ni s'améliorer par eux-mêmes.
On est frappé de cette idée, quand on parcourt les derniers monuments delà littérature païenne, témoignages de l'ancien nionde près de finir. On croit lire des rêveries de vieillards et des songes fiévreux de mourants; mais cet état même est curieux à constater, et dément Topinion vulgaire qui regarde l'indifférence religieuse des peuples comme un signe d'épuisement social.
Pour ne s'arrêter qu'au polythéisme grec et romain, jamais il n'inspira tant d'ardeuir superstitieuse, jamais il ne fut défendu par de plus mystiques enthousiastes , que dans le siècle qui précéda sa ruine et celle de l'empire. 11 était devenu la folie de ses derniers sectateurs , et il avait pris , par la contradiction et le désespoir, une exagération plus absurde que la crédulité des premiers temps. Car l'imagination qui fait l'utopie du passé , et qui rêve sur des souvenirs, a tout l'entêtement du préjugé et toute l'impétuosité de l'esprit novateur.
Le chef de cette société, ou plutôt de cette école, fut Julien , que Ton a traité tour à tour d'apostat et de philosophe , et qui n'était qu'un fanatique du passé. Que l'on se figure , eh effet, un nouveau culte s'emparant du monde, le patriotisme local remplacé par une fraternité cosmopolite; l'ancienne philosophie, l'ancienne éloquence dédaignées pour des idées nouvelles, les anciens rites chassés par des rites nouveaux , puis les crimes d'une politique barbare mêlés à la victoire et aux vertus des chrétiens : un jeune prince plein d'imagination et d*enthousiasme
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sQuflre dans Texi) la tyruDoia ombrageuse c|e Constance, qui a fait périr tou^ sa fan^iUe. Qpnstance est chrétien, c'esf as$62 pour que Julien soit polythéiste; Constantin a détruit Tancien culte de Tempire , c'est asses pour que iu^^n veuille le rétablir- Il y trouve de grands exemples 4e vertu qu'il dclpre ; ^t sqp ffinatisme, qui cherche partout des prétextes, s§ cr^ojt justifié peu* la philosophie de Marc-Aprèle. Mors, d&us le cbao$ fi'idées anciennes et nouvelles qu'il rai^en^bl^, despote ^t républicain, puen dévot et païen novateur > plagiaire du christianisme qu-il proscrit V chargeant de cérémonies biîarrfis le paganisme qu'il épure, sacrificateur, devin, général, empereur, sophiste, Julien réunit dap^ sa personne tous les rdles du paganisme, et leur imprime un nouveau caractère par cette espèce de superstition raisoi^neuse et préméditée, qu'il se donne à lui-n^ême.
Quand nous li^pna l'histqire, qufind noYis entendons un chrétien ciu iv* siècle s'écrier, au nom de Julien : « Il fut trattrq envers Di^u, n^ais pon traître envers Tunivers, » nous pepspps l^ien qi^'il y avait de la grandeur et du génie dans pef homipe ^iugu{i^r; mais c'est surtout comme re-: présentant 4e r^pcipupe société, comme témoignage de la lutte contre )e t^mp^, qu'il mérite d'être étudié*
En effet, au milieu môme de cptte jnfatuation du p^ssé, dppt il est sai^i , danç cette tefitatiye si hardie de reconstruira l'anciepne proyapcp du monde , Im idées nouvelles l'assiègent et le pénètrent; il voudrfiit être pli^s superstitieux que le rpi Nvim^; Il vppflrait enchéri? sur les fables pp^tiqi|es d'Homère ; il pt)prcbe à croira plus que Ton n'a cf^ janiais, comme ppi^r mettre en sAreJé les débris des, traditipqs païeniies ; pt cepeudaut U appellp la morale au spcpufs 4u dogme phanpelant. I| se défait du préj^igé grec et romain contre les juifs; il recoimatt le dieu suprâme qu'ils aflorent; et, 4&Qs sa restauration pelipi«»ise, en
M i'silFVWJIi iVUVi. Ma
même temps qu'il muUipIiB hs sncfificQ^ ç^Qgl^nM, &t tout Tappareil du oulta païen , il voudrait établir près de chaque temple des instructions morilles et da^ bôpitt^ux.
Ainsi, le génie entreprenant de Julien n0 pouvait se renfermer dans les bornes des anciennes opinions qu'il prétendait rétablir; et, retenu par upe imitation supei^tir tieuse du passé , il était emporté cependant par les idées nouvelles qui dominaient son siècle. Homèse est pouv lui comme la Bible pour nos prédicateqcs ; il ; prend des préceptes de charité ; il refait avec 1^ morale chrétienne les fables sensuelles du polythéisme , et cache des idées nou* velles sous des mots antiques. En même temps i| affecte de regarder le paganisme de son temps comme une cormiption du véritable paganisme, qu'il cherche dans la plqs obscure antiquité.
Ce singulier travail devait affaiblir Ip génie nature} de Julien. Aussi son éloquence est-elle à la fois mystique et subtile^ pleine d^empbase et de sopbismes. Rien n^est vrai , rien U'Cst simple dans cet effort pour vivre hors de son temps, pour imiter, pour exagérer une civilisation qui n'est plus.
> Julien, par sa haine aveugle contre le christianisme, par son esprit rigide et moqueur, par sa forte volonté qui le fit génénal et conquérant , malgré son goût pour les études et le repo^ pbilpsophiques , offre de grands triiits de ressemblance avec Frédéric. Ces deux âmes avaient été jetées dans un moule semblaj^le, et la différence des temps fit peut-être seuj^ le grand contraste qui se mêle a leurs nombveuses analogies. Tous c)eux nés près du trône, ils eurent à supporter une jeunesse pleine d'entraves , de périls, et menacée par la dure tyrapnie de leurs prophe^. Julien fut emprisonné dans un cloître ; Frédéric, dans un château fon; Fun redouta la cruauté de son oncle Constance, l'autre la colère d'un pèrp implacable; tous deux
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furent, préservés par le besoin que le trône avait d'un héritier ; tous deux passèrent ce temps de rude épreuve dans la philosophie et les lettres , en s'attachant précisément aux études qui leur étaient le plus interdites. L'un , élevé de force dans le christianisme , dévorait en secret les ouvrages des sophistes païens; l'autre, menacé par un père qui aurait voulu brûler tous les livres , recevait furtivement les ouvrages des plus hardis écrivains du xviir siècle. Frédéric, dans les donjons de Spandau, s'animait en lisant Voltaire, comme Julien, dans l'église d'Ântioche, en étudiant le sophiste païen Libanius. Cette contrainte également éprouvée ne fit qu'exciter également deux esprits vifs et pleins de vigueur. Us eurent la haine des opinions qu'on leur avait imposées , et le fanatisme de celles qu'on leur avait défendues. Mais la philosophie de Julien fut empreinte de la superstition de son temps; elle fut austère et mystique ; celle de Frédéric eut la licence et. le scepticisme du sien. Julien eut les mœurs pures et la tête exaltée; Frédéric eut les mœurs corrompues, et le cœur dur.
La philosophie de l'un et de l'autre, venant en partie de leur orgueil, ne les défendit pas de l'ambition. Julien mis à la tête d'une armée, avec sa démarche négligée, son attitude pensive, ses doigts tachés d'encre, parut d'abord un sophiste hors de sa place; Frédéric, devenu roi , et n'ayant pas oublié ses leçons de philosophie épicurienne, s'enfuit à sa première bataille; mais bientôt Julien et Frédéric devinrent de grands généraux , firent admirer leur courage, et enlevèrent après eux les cœurs des soldats ; ici la comparaison s'arrête : l'une des deux existences fut courte, moissonnée au milieu de sa tâche , après dix-huit mois de règne.
Frédéric remplit toute la carrière de la vie humaine , acheva ses desseins et jouit de sa gloire. On ne peut dire
DB l'bmpbrsur julien. 505
ce qu*eùt essayé Julien par les armes et les lois. 11 esi à remarquer cependant qu'il était en lutte avec son siècle ; que sa philosophie était rétrograde et stérile, tandis que la philosophie de Frédéric, malgré ses erreurs, se liait au progrès social, et n'excluait pas la -liberté, sans la vouloir. Julien fut persécuteur, quoique généreux; Frédéric tolérant , parce qu'il était sceptique.
Julien, par une Victoire d'un moment et par une tentative insensée , précipita la ruine de l'ancien culte et des anciennes opinions ; Frédéric fut le créateur d'une puissance durable.
DE SYMHAÛUË
Un des hommes les plus remarquables qui aient paru dans les dernières époques de Fempire est sans doute Symmaque. Défenseur des fables du paganisme, il fut admiré par les chrétiens. Pendant une longue vie, et sous la rapide succession de tant d'empereurs , il remplit les premières dignités de l'État : il cultiva tous les arts de l'esprit, au milieu de la barbarie qui naissait déjà de toutes parts.
Proconsul d'Afrique , préfet de Rome , prince du sénat, pontife , il eut par-dessus tous ces titres la réputation de grand orateur*, et fut comparé à Cicéron. Pour nous, Symmaque est un exemple curieux de l'état des lettres et de la civilisation païenne au iv« siècle; et à ce titre on peut l'étudier.
Symmaque était zélé pour le polythéisme. L'histoire explique comment , au milieu de la ruine de l'empire , dans la chute de la discipline , dans l'oubli des vertus guerrières , quelques âmes ardentes avaient pu lier les sentiments qu'elles éprouvaient au souvenir et au regret
« 0 linguam miro Terborum fonte fluentem ,
Romani decus eloquii !
Os dignum xterno cinctum quod fulgeat auro!
Prudent. lib; I.
DB STHMàQIIB Vr DE SAIMT iMBROISB. 507
dd l'ancienne religion , contemporaine de la gloire de Rome. Le paganisme, si docile sous la main des tyrans , tenait cependant aux plus belles époques de la républi* que. Avant de s'avilir par Tapothéose d'Auguste, il s'était honoré des vertus de Scipion : et ce regret de la liberté perdue , ces nobles traditions qqe, depuis tant de siècles, les âmes généreuses se transmettaient dans le. silence de 1-esclavage , parlaient en ito faveur, et s'autorisaient des malheurs publics. Enfin cette poésie, cette éloquence, qui devaient être la consolation et le refuge des âmes élevées, étaient toutes remplies des fables et de la philosophie païenneswiLors même que le scepticisme, généralement répandu, décréditait ces ingénieux mensonges, leur séduction agissait encore, à défaut de leur autorité. Elle inspirait à des esprits, même éclairés, une sorte d'attachement pour un culte in^séparable de tant de beaux souvenirs, qui faisaient le charmé de leurs études. Ainsi, tandis qu'une partie de la foule ignorante tenait encore aux idoles de ses aïeux, regrettait les fêtes licencieuses de l'ancienne religion , et dans sa haine aveugle contre les chrétiens , leur reprochait tous les maux qu'elle souffrait, quelques ftmes généreuses , quelques esprits séduits par le* charme de l'éloquence et des lettres , s'opiniltralent pour des fables qu'ils ne croyaient pas , mais qu41s aimaient , dont leur imagination se laissait doucement flatter y et quMls confondaient avec les deux biens qu'avait perdus Rome, la gloire et la.liberté.
. Dans les époques successives d^une société , comme dans les différents âges de la vie de l'homme , c'est une disposition naturelle à notre esprit d^imputer les maux qu'il soufire à Tabsepce des illusions qu'il a perdues. Aiqsi, philosQphp fit hpipm^ ^'ti^h Sy^maque d^fendtiil, au milieu du siècle de Tbéodose , le culte et la théogonie de Numa. Des intérêts politiques animaient encore son
50S DE SYMMAQUl BT DE SAINT AMBROISE.
zèle : la fondation de Constantinople, cette grande époque du christianisme, avait laissé dans le peuple et le sénat de Rome un isentiment de regret et de jalousie. Constantin avait endurci dans leurs erreurs ceux qu'il voulait punir , et le sénat de Rome, humilié de n'être plus Tunique sénat de l'empire, marquait du moins son dépit et sa rivalité par son obstination dans le culte des faux dieux. C'était là que s'était réfugié l'orgueil de l'ancienne métropole du monde. Syn^maque , au premier rang des sénateurs de Rome, se trouvait engagé dans la défense du polythj^isme, par cet intérêt commun et cet amour-propre d'une grande assemblée , si puissant sur l'esprit de ceux mêmes qui la dominent. Du reste, on ne trouve dans ses écrits nulle expression de haine contre le christianisme : comme Pline le Jeunie , il va même jusqu'à louer la vertu des chrétiens. Ce n'est pas le seul trait de ressemblance que Ion aperçoive entte ces deux orateurs, qui, à trois siècles de distance, brillèrent dans le sénat romain. Symmaque, avec moins de goût et de pureté, travaille à reproduire l'ingénieuse élégance de Pline, plus accessible à l'imitation que la grande éloquence des beaux siècles de Rome. Le hasard a voulu que ces deux hommes , qui , chacun dans leur temps, parurent le modèle de l'éloquence, ne nous soient guère connus que par un recueil de lettres '. Les lettres'de Symmaque respirent également le goût de l'étude et de la vertu ; quelques-unes, sont adressées à Aut sone, qui passait alors pour un grand poète, et que ses vers, et la reconnaissance de l'empereur, son disciple,
1. M. Angelo AMaio, si justement célèbre par ses précieuses découvertes et par ses manuscrits palimpsestes , a retrouvé et publié quelques fragments des panégyriques de Symmaque. Mais ces débris d*un genre d'ouvrage insignifiant par lui-même n'offrent aucun intérêt pour l'histoire ou pour le goût. Que faire aujourd'hui des compliments adressés à Valentinien on à Graticnî
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portèreut au consulat. C'est pour le féliciter de celle dignité , que Symmaque lui écrit , avec ce goût d'allégorie philosophique et religieuse qui caractérise son éloquence: « Nos ancêtres , pleins de sagesse en cela comme en d'autres choses , ont placé le temple de rUonneur et celui de la Vertu à côté Tun de l'autre , pour, indiquer , ce qui se réalise en vous, que les récompenses de l'honneur se trouvent au même lieu que les mérites de la vertu. Non loin de ce double temple, on aperçoit encore l'autel des Muses et la fontaine qui leur est consacrée, parce que l'éloquence aplanit souvent la route vers les grandes dignités. Ces monuments de nos aïeux expliquent votre élévation au consulat. La gravité de vos moeurs et votre goût des études antiques vous ont mérité la haute Sistinction de la chaise curule. Beaucoup d'autres, après vous, rechercheronl avec ardeur les arts et l'éloquence, sœur de la gloire. Mais qui pourra trouver un disciple aussi puissant, un débiteur aussi fidèle? »
Les lettres de Symmaque , d'un tour élégant et concis , sont stériles de faits et d'idées : sous le pouvoir absolu , les grandes dignités , les grands talents même ont peu d'occasions de faire des choses éclatantes. Cicéron écrivait à un Romain de son temps : « A qui voulez-vous que je fasse donner le gouvernement des Gaules? » Rome était libre encore , puisque un homme y pouvait exercer tant d'empire par l'éloquence et la vertu.
On ne peut se défendre d'un sourire , en voyant , deux siècles après, Pline le Jeune, orateur et consulaire comme Cicéron , demander les ordres de l'empereur sur l'importante question de savoir s'il faut réparer les bains publics d'une petite ville d'Asie. Symmaque, non-seulement ne peut $.' élever aux grands intérêts de la liberté romaine, qui rendent les lettres de Cicéron si attachantes et si vives; mais il n'a pas même le dédommagement d'une obéissance
510 bu STMffÀOÛB ET DB SAINT AMfiROISfi.
honorée par les vertus du prince et la grandeur de V^mpii*^. Il il'â point à recevoir les ordres d'tid Vespasieù OU d'tih Trajtln. Préfet de Rome , il prononçait dçs paiiégjrHques fi la gloire cfes tyrans passagers que le caprice des soldab faisait monter sur le trône, et bientôt dispàrsdtre. Seâ lettires èont rëmpliëîs déS noms barbares de cés Francs bll de tes Oëiihain^, qu'Une faussé politique appelait à la tour des empëteùrâ et aUJt premières dignités de TÉtat. Ob croirait qu'Un abtfe pètiple habite lltàlie. Les Inaitres n'y âoht pIUs. La terre romaine a changé de face ; et sur ce grand théâtre où flaf alësdient les conquérants da monde , on n'entend que quelques sbj[)histes qui ^ dans la langue des anciens dothiUateUrs du ttionde^ flattent des soldats et des batbdre^. Lès détioiiibrei^ d'Un vaste monument, l'aspebtdes cdloUnës Renversées, des ihurailles ouvertes et noircies, a c|uel^ue 6hose de moins triste que ëette dégradation morale d'UU grand peuple , tombant en ruine de toutes parts, et laissant apercevoir dans ses dëbi*is un vestige à demi effacé de soii ancienne gloire.
Cette dédadencé sénible suivre la progression même de là servitude! Plitie , ébriVant à Ti*ajaii ^ ne lui donnait que le nom dé âeignëui*, qdi, dans les tnœuts dd temps , était le terme de bienséance pour tous lés dtoyéUs. Les lettres de SyUittiaqué sont chargées de tOUâ \ét titres de la domestibité du Bàs-Einpirë ; et ces princes , qui duniiedt si peu, y sont traitée, UoU-^tUlèiUeUt dé divinité, tnàis d'éterUité;
S^ilimëquë dent a¥ëc regret ee qiil manque de gran* ûéiït à étih temps et de liberté à sûd langage, et be qiii téûûit sduVèUt ses lettre! à de vaibeâ forUiutës OU à une btiëveté tro)) diâcrëte. Il se t)îàiUt Quelquefois de he pouvoir échanger avec ses âtnis Qu'Une redite d'insignifiants salutà. 11 n'admet pas bette maiime attachée par dépit à ttU d'euii (jU'il né faut désormais prendre rien plus à oœUr
DE STMMAQUB ET DE SAINT AMBROISB. 51 1
que les affaires privées ) et il envie le temps d'autrefois, « où nos pères , dit-il S jetaient dans leur correspondance familière les affaires mômes de lA patrie , qui maintenant sont petites ou nulles. » A défaut de cette liberté perdue ^ il voudrait trouver des sujets d'entretien qu'on n'ait pas essayés eilcore; Ces sbjètsse reticoiitraient peu. Rien n'est plas présent à l'homme et n'agit ^lus sur lUi tiue la société qtii l'entoure ; il ne peut s'en sépare^ par l'imagiiiation et l'étude. Symmaque y revient donc souvent, malgré sa réserve. Sans compter les faits de droit municipal et civil que la science a recueillis dans quelques-unes de ses let* très , qui sont des rapports à l'empereur, on peut tirer de presque toutes des inductions pour l'histoire, ou du moins pour U peinture des mœurs. La rareté des grandes actions au tuilieu de révolutions fréquentes, lé défaut de génie dans la culture assidue de l'esprit \ l'illusion des formes antiques riiélée à la réalité du poiivdir absolu, la lutte prolongée des souvenirs contre un monde npuveau, ressortent et s'expli(}uent pair ce témoignage où tout est expressif^ le silence sut* quelques points , autant qde les détails sur d'autres. Le sénat ne paraît plus occupé de ces grands débats de vindicte |)ublique , où l'ardeilr de l'accusation et de la défense rappelait presque l'andenne liberté du fbrum. Il n'est plus te tribunal où cônlparaissent des préteurs et des proconsuls eil face des provinces opprimées qui portent plainte; S'il est une fois appelé à .délibérer sur le rebelle Gildon, c'est seulement une formaUté poUr coiidamner de loin un eimemi vaincu; Réduit à être le sériât municipal de Rotne , tandis que le pouvoir est à Constantiûople et k Milan , il n'a plus d'autre soin que ce qui semblait à lutréniil le demier vœu des Romains ^ panem et cireènseii