DE STMMAQUI ET DE SAINT AMBROISE
n'osaient avouer.^ Cette supériorité d'une foi vive , cette puissance d'un pieux dévouement contre une tradition affaiblie n'apparaît pas moins dans le culte que dans la croyance. Devant ces prêtres pafens qui réclament des immunités perdues et croient l'autel détruit s'il est pauvre, saint Ambroise montra avec un accent de triomphe le sacerdoce chrétien grandi par la souflfirance, et se félicitant «même dans sa victoire que les lois aient mis un obstacle aux dons qui pouvaient l'enrichir. A ces vestales, objet de tant d'honneurs et si peu nombreuses, malgré le prix offert à leur vocation , la pourpre éclatante, le pompeux cortège et la liberté d'un vœu temporaire , il oppose ce prosélytisme qui ^remplissait les monastères chrétiens. « Élevez, dit-il, vos yeux et votre âme. Voyez ailleurs ce peuple d'innocence , cette foule si pure , cette assemblée de vierges ; leur tête n'est pas ornée de bandelettes ; elles n'ont qu'un voile grossier ennobli par son usage. Elles ne recherchent pas , elles repoussent ce qui relève la beauté; elles n'ont ni pourpre ni luxe , mais l'habitude du jeûne. Point de privilèges , point de recherches délicates, rien enfin que des devoirs qui raniment en elles des vertus. » A ces contrastes entre les deux religions , entre les deux sociétés, l'orateur chrétien ajoute enfin ce qui fait l'espérance de tout grand effort. 11 ne dédaigne pas l'autorité des temps antiques invoquée par Symmaque ; mais il n'y voit qu'un commencement. C'est plus tard que jaillit la lumière , de même que l'univers est sorti par degrés du chaos, ainsi l'espèce humaine se perfectionne ; et le progrès continuel de la vie sociale la conduit vers un culte plus épuré. C'était l'argument des chrétiens. Avec un immortel avenir, leur sainte loi promettait la justice et l'égalité sur la terre. L'imagination de saint Ambroise est du reste animée de toutes les inspirations du ^ënie profane ; son style ingénieux et brillant se pare quelquefois avec
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trop peu de discrétion des ornements que sa mémoire emprunte aux écrivains de Tancienne Rome. C'est un chrétien, disciple des poêles profanes. Sa diction porte cependant la marque de son siècle, et n'est exempte ni d'affectation ni de rudesse. Cet ordre habile et secret, cet heureux enchaînement d'idées , qui régnent dans le style des grands écrivains , n'étaient plus connus. Une précision quelquefois obscure et forcée , une grandeur inégale; et jamais simple, de l'affectation jusque dans les mouve^ ments de l'âme , voilà les défauts de cet orateur auquel il n'a manqué qu'un siècle plus heureux et des contem* porains plus dignes de lui. Mêlant l'irrégularité du génie oriental à l'imitation des formes élégantes du siècle d'Auguste, il a moins de pompe et de goût que son adversaire, dont le style est resté tout romain et tout pro&ne. Mais que nous font ici les fautes de goût? 11 importe bien davantage d'observer les vicissitudes de l'esprit humain , et le génie des grands hommes , au milieu du renouvellement des sociétés.