‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 156 sur 158 · Symmachi Relatioàd imperaiorém · texte numérisé non relu

Symmachi Relatioàd imperaiorém

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sur cet autel, il s'écriait : « Où. prêterons-nous serment à vos lois et à vos paroles? Quelle religion épouvantera rftme perfide, et lui interdira le mensonge dans les témoignages ? Tout est plein de Dieu» sans doute , et il n'y a pas lieu d'asile pour les parjures ; mais c'est un puissant ser cours contre la pensée du crime , que d'être pressé par la présence même d'un objet sacré. Cet autel est le lien de la concorde, la garantie de la fidélité. Rien ne donne plus de crédit à nos décisions , que de paraître rendues sous la foi du serment. Cette assemblée, devenue profane, sera donc ouverte au parjure? Et voilà ce qu'approuveront des princes illustres , qui sont eux-mêmes sous la sauvegarde du serment public I Mais le divin Constance , me dirat-on, a fait la même chose! Imitons plutôt les autres actions de ce prince, qui n'aurait rien entrepris de semblable si , avant lui, un autre avait commis la même faute. La chute de nos devanciers nous corrige; et la réforme natt du blâme qui s'attache à l'exemple d'un premier tort. On peut croire que le père de Votre Majesté, en essayant une chose nouvelle, n'était pas en garde contre ce qu'elle avait d'odieux. La même justification peut-elle nous convenir, si nous imitons une chose désapprouvée? Que votre éternité emprunte plutôt au même prince d'autres exemples, qu'elle pourra plus dignement mettre en usage. Constance n'a rien soustrait aux privilèges des vierges sacrées. Il a conservé le sacerdoce dans les familles nobles. Il n'a point refusé les dépenses nécessaires aux cérémonies du culte romain. Marchant à travers les rues de la ville étemelle , sur les pas du sénat satisfait , il a vu nos autels d'un regard pacifique. Il a lu le nom des dieux gravé sur les monuments. Il a demandé les origines des temples. Il a rendu hommage h leurs fondateurs; et, tandis que lui-même suivait d'autres croyances , il a conservé à l'empire ses rites antiques. En effet, chacun a ses cou-

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tum68 et son culte. L'intelligence éternelle assigne à toutes les villes différents protecteurs. De même que les âmes sont partagées aux mortels naissants, ainsi de célestes génies sont fatalement assignés aux différents peuples. Vient ensuite Tintérét public, au nom duquel surtout riiomme revendique les dieux. i>

L'orateur, s'attachant alors à Tautorité de la tradition et des siècles, introduisait dans son discours , par une figure de rhéteur, Tantique Rome venant plaider pour ses dieux : « Prince, lui fait*il dire , père de la patrie, respectez la vieillesse où je suis parvenu sous cette loi sacrée; laisser moi mes antiques solennités. Je n'ai pas lieu de m'en re-* pentir : ce culte a mis l'univers sous mes lois; cea sacri^ fioes , ces cérémonies saiiites , ont écarté Annibal de nos murs et les Gaulois du Capitole, Ai-je vécu si longtemps pour recevoir l'affront d'un tel blâme? etc..» « Ainsi, re» prenait l'orateur, nous demandons la paix pour les dieux de la patrie, pour les dieux indigtoes. Il est juste de reconnaître, sous tant d'adonutions différentes, upe seule divinité. Nous contemplons les mêmes astres; le même ciel nous est commun; le même monde nous enferme. Qu'importe de quelle manière chacun cherche la vérité? Une seule voie ne peut suffire pour arriver à ce grand secret de la nature. •

Que ne doitH)n pas remarquer dans ce singulier morceau d'éloquence ? Quelle fidèle peinture d'un peuple qui n'existe plus que dans les souvenirs I Quelle notion eu* rieuse sur l'état du paganisme, et sur la maniera dont les esprits élevés envisageaient alors les formes religieuses , qu'ils essayaient de défendre 1 Quels symptômes de mort pour le paganisme dans cette facile reconnaissance d'un culte naguère persécuté ! Quelle froideur dans cette éloquence pompeuse 1 Symmaque, dans le reste de cette harangue, réclamait les revenus et les titres enlevés au

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sacerdoce païen, et le droit de tester en faveur des prêtres et des vestales. « Que le trésor des bons princes , di* sait-il, se remplisse des dépouilles deTennemi, et non de celles des prêtres* Que les mourants dictent leur volonté avec confiance, et qu'ils sachent que, sous des princes qui ne sont point avares , les testaments sont inviolables. Eh quoi ! la religion de Rome est-elle mise hors du droit romain ? quel nom donner à cette usurpation de fortune» particulières que nulle loi n'a frappées? Les afiranchis reçoivent les biens qui leur sont légués. On ne conteste pas aux esclaves les avantages qu'un testament assuré. Les nobles vierges de Vesta et les ministres des saints mystères se voient seuls exclus des possessions transmises par héritage. Que leur sert-il de dévouer au salut de la patrie la chaste pureté de leurs corps, d'appuyer Téternité de Tempire sur les secours célestes , d'étendre sur vos armes et sur vos drapeaux la salutaire influence de leurs vertus, et de former des vœux efficaces pour tous? Us ne jouissent pas des droits établis pour tous. £h quoi ! Tobéissance que Ton rend aux hommes est donc mieux payée que le dévouement aux dieux? Par là* nous faisons tort à la république , qui ne gagne jamais rien à être ingrate* » A ce langage philosophique et grave , Symmaque ne craint pas de mêler l'ancien argument du peuple, qui attribuait à l'oubli du culte des dieux les maux de la guerre, les désastres et les stérilités des saisons. Cependant il associe volontiers la religion nouvelle au privilège de protéger l'empire. «Que les mystères secourables, secrets appuis de toutes les religions, dit-il , favorisent votre clémence ; que ceux-là surtout qui protégèrent vos ancêtres vous défendent , et soient honorés par nous. Nous de-« mandons cette forme de religion qui a conservé lempire à votre divin père , et lui a donné, après un règne heureux, de légitimes successeurs. » Combien cette apologie

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sans ûonviction , cette obscure profession de déisme bizarrement unie à certaines formes de culte, devait* elle sembler faible devant la victoire et Tenthousiasme des orateurs chrétiens l Animés de tous les souvenirs d'une lutte si longue , conservant au milieu de leur triomphe , encore nouveau , toutes les vertus amassées dans la proscription , puissants au nom de la justice , ils accablent sans effort les opinions vacillantes et les préjugés décrépits du polythéisme. Mais pourquoi, dans ce salutaire renouvellement du monde, la persécution, changée de mains, vYnt-elle plus d'une fois au secours de la parole chrétienne, qui avait presque achevé sa tâche? On s'étonne, en voyant à quel degré de faiblesse étaient réduites les croyances païennes, que les empereurs chrétiens ne les aient pas laissées tranquillement mourir.

L'éloquence de Symmaque ne resta pas sans réponse. L'Église avait alors en Occident un illustre apôtre, un homme dont la vertu faisait à moitié le génie , une de ces âmes généreuses qui , dans la lutte de la civilisation et de la barbarie, époque la plus féconde en grands crimes, paraissent çà et là sur la terre, pour justifier et consoler l'espèce humaine : c'était saint Ambroise. D'abord engagé dans les fonctions publiques , il avait rempli , sous Yalentinien 1*', la charge de gouverneur de Milan, L'histoire de son élévation à l'épiscopat est connue, et marque bien les mœurs du temps. Il était venu un jour, avec l'autorité de sa charge , dans l'église de Milan , pour y apaiser une émeute élevée parmi les chrétiens de la ville, qui s'occupaient en ce moment d'élire leur évêque, selon les formes populaires de la primitive Église. La présence de ce magistrat respecté concilia les esprits, en réunissant tout à coup sur lui-même les suffrages des partis opposés. Dans la pieuse ferveur de la société chrétienne, cette rencontre parut un coup du ciel. On choisit Ambroise pour évéque.

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quoiqu'il ne fût pas encore chrétien ; et peu de jours lui suffirent à Taccomplissement de toutes les conditions du sacerdoce. Saint Ambroise, portant les lumières et le génie d'un homme d'État dans l'administration de l'Église, servit et honora puissamment la cause du christianisme. Nul homme n'a mieux rempli la grande et salutaire idée de ce tribunat religieux, élevé par la loi chrétienne, et qui , dans l'anéantissement de toute liberté civile, de toute justice politique, pouvait seul alors s'interposer entre les violences d'un pouvoir changeant , mais toujours absolu , et les misères du peuple, gouverné sans règle et sans pitié. C'est avec ce caractère auguste qu'il apparaît dans l'histoire, libre et hardi conseiller des princes, défenseur des opprimés dans les deux religions, et faisant du sacerdoce un ministère public de paix , de clémence et d'humanité.

On conçoit aisément combien saint Ambroise , animé de la ferveur et de la sainte jalousie de son culte, devait repousser avec avantage les faibles assertions de Sym* maque. «Eh quoi! dit-il dans une première adresse à l'empereur, ils se plaignent de la perte de quelques biens, ceux qui n'ont jamais épargné notre sang ; ils demandent des privilèges , ceux qui naguère , par les lois de Julien , nous refusaient le droit de parler et d'instruire I » Saint Ambroise affirme d'ailleurs que le plus grand nombre des membres du sénat romain est chrétien , et que le rétablissement de l'autel de la Victoire serait une persécution contre tant de sénateurs, forcés d'assister aux sacrifices impurs que l'on offrirait sous leurs yeux , et de respirer la vapeur du sacrilège.

Dans une seconde adresse à l'empereur, l'orateur chré-^ tien presse plus étroitement Symmaque, et, joignant aux impérieux démentis qu'il lui oppose une émulation d'éloquence , il l'imite , en le réfutant : « Ce n'est pas là ,

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dit-il , ce que Rome vous a chargé de dire ; elle parle un autre langage : Pourquoi , dit-elle , m^ensanglantez-voos chaque jour par le stérile sacrifice de tant de troupeaux î Ce n'est pas dans les fibres palpitantes des victimes , mais dans la valeur des guerriers que se trouve la victoire. C'est par une autre science que j'ai conquis le monde. Ce fut les armes à la main que Camille , renversant les Gau«lois du haut de la roche Tarpéienne, enleva leur étendard déjà flottant sur le Capitole. Le courage vainquit ceux que les dieux n'avaient pas repoussés. Ce n'est pas au milieu des autels du Capitole, mais dans les bataillons d'Annibal, que Scipion a trouvé la victoire. Pourquoi m'objectez-vous l'exemple de nos aïeux? le hais le culte de Néron. J'ai regret de mes erreurs passées ; je ne rougis pas dans ma vieillesse de changer avec le monde entier. Il n'est jamais trop tard pour apprendre. Il n'y a point de honte à passer dans un meilleur parti. J'avais cela de commun avec les nations barbares de ne point connaître Dieu. Vos sacrifices se bornent à verser le sang des bétes. Cherchezrvous ia voix de Dieu dans les entrailles des victimes? Venez et entrez sur la terre dans la céleste milice : c'est là que nous vivons et que nous combattons. Que j'apprenne les mystères du ciel par les témoignages du Dieu qui l'a créé, et non par celui de l'homme qui ne se connaît pas I Qui croirai'^je sur Dieu , plutât que Dieu lui-même? Comment puis-^je vous croire , vous qui confessez que vous ne savez pas ce que vous adorez? » Combien ces vives affirmations, cette certitude de croyance, ne donnaient-elles pas d'as<cendant à saint Ambroîse 1 La victoire du christianisme est là. Ses disciples étaient fervents et convaincus; ils savaient, iIs<»'oyaient, ils voulaient; tandis que leurs adversaires erraient , accablés d'avance par le doute, entre les fables insoutenables du polythéisme et les subtiles explications de la phîloaopbîe , à la lueur faible d'un déisme qu'Us

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