‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 22 sur 158 · Creutser, traducUon dé M. Guigniaut · texte numérisé non relu

Creutser, traducUon dé M. Guigniaut

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aux besoins de la crédulité humaine dans tous les degrés, fut, pendant plusieurs siècles, l'arsenal d'où sortirent toutes les erreurs et toutes les sectes religieuses.

Pnrmi les peuples indépendants de Rome, et dont les opinions se transmettaient par TÉgypte et la Syrie dans le monde romain, il faut compter la Perse, les Indes, et peut -être même cette contrée lointaine et mystérieuse, qui n*est désignée nulle part dans les annales romaines, la Chine. On sait que le nom de César, et même de curieux détails sur le gouvernement et la puissance de Rome , se trouvent à cette époque de notre ère dans les annales chinoises. Des communications plus anciennes encore semblaient avoir rapproché les traditions de tous les peuples, et fait circuler dans tout l'Orient des dogmes religieux que Ton croirait échappés du christianisme. Ces idées philosophiques qu'avait exprimées Platon, ce Xoyoç, ou cette raison éternelle qu'il avait célébrée, se retrouvent dans les écrits d'un philosophe chinois, qui voyagea dans la Syrie quelques siècles avant notre ère. On y rétrouve aussi le dogme d'une triade divine^ que Ton entrevoit dans Pythagore, dans Platon, et qui se reproduisait, aux premiers siècles de notre ère, dans les ouvrages de philosophie attribués à Hermès, dans les hymnes, dans les. poèmes répandus sous le nom d'Orphée, et 'jusque dans les prétendus oracles des dieux; tant l'esprit humain était alors travaillé par la notion confuse d'un dogme tout à la fois antique et nouveau I

Les Indes reposaient sous le joug de leur ancien sacerdoce et dans Timmobilité de leurs castes héréditaires. Les communications qu'elles avaient eues de temps immémorial avec l'Europe, et dont les traces, oubliées par

1. «La raison a produit un, un a produit deux, deux a produit trois, trois a produit toutes clioses. » (Mémoire sur la vie et les ouvrages de Laotien^ par M. Âbel Rémusat.)

rhistoire, se retrouvent si manifestes dans l'ancienne langue de ia Grèce et du Latinm, avaient été ranimées par la conquête d'Aleiandre trois siècles avant notre ère. Traversée par les armes macédoniennes, Tlnde avait ouvert ses trésors à Tavidité de l'Occident; c'était le nouveau monde de celte époque : on 7 accourait de la Grèce; on en racontait mille choses merveilleuses; on y supposait des prodiges et d'inépuisables richesses. Une navi-^ galion s'était établie de l'Egypte jusqu'aux bords du Gange; des sages indiens étaient venus dans la Grèce*; et l'un d'eux , renouvelant le spectacle qu'avait eu l'armée d'Alexandre, s'était brûlé sur un bûcher dans la place publique d'Athènes.

L'Egypte, sous les Romains comme sous les Ptolémées, fut en commerce avec l'Inde. Du temps de Strabon , les marchands grecs et romains faisaient un continuel Irafic dans l'Inde par le Nil et le golfe Arabique. Ces hommes sans instruction ne rapportaient de leurs voyages que des récits vagues et mensongers; mais l'ancienne réputation des sages de l'Inde , l'éloignement mystérieux de ces climats , et ce besoin de superstitions nouvelles alors répandu dans le monde romain attiraient aussi sur les bords du Gange quelques voyageurs enthousiastes, plus curieux de sciences que de richesses.

Ce fut là qu'Apollonius alla rajeunir les traditions de l'école pythagoricienne. Cet homme singulier, témoignage de l'esprit à la fois novateur et superstitieux de son temps, cet honmie, qui fut un moraliste sévère et un charlatan théurgique , visita les brachmanes , et se vantait d'avoir puisé dans leurs entretiens des leçons de sagesse et des secrets magiques. Il avait trouvé dans l'Inde les rois soumis au sacerdoce; et, de retour

h Strab., lib« XV, cap. i.

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dans Fempire romain , il essaya de dominer les âmes par les illusions d'une espèce d'illuminisme, que soutenaient la pureté des moeurs et Tenlhousiasme de la vertu.

Mais la mythologie indienne proprement dite restait ignorée des Grecs et des Romains. Si Ton peut apercevoir quelques traits de ressemblance entre les divinités de ces diverses nations, si V Apollon des Grecs fut dessiné sur le Crishna de l'Inde, ces emprunts à demi ertacés sont d'une date inconnue, et n'étaient pas soupçonYiés par les Grecs contemporains jd'AIexaudre. D'une autre part l'Inde ne garda nulle empreinte de la conquête grecque. Les noms dé fleuves et de villes imposés par les vain* queurs passèrent avec eux. L'ancien culte, les anciennes mœurs, subsistaient toujours dans l'immuable indolence des habitants. Il parait cependant qu'au i*' siècle de notre ère, ce mouvement d'inquiétude et de curiosité religieuse qui agitait le monde passa jusqu'à l'inertie contemplative des Indes, et troubla le repos dubrachmane. S'il faut en croire l'étude des monuments originaux, l'annonce d'un avènement miraculeux se répandait alors dans l'Inde comme dans la Judée ^

La Perse , nommée barbare par les Grecs , semblait avoir eu dès longtemps un culte plus raisonnable et plus épuré que le polythéisme d'Europe. Elle n'admettait point les idoles; et Xerxès, dans l'invasion de la Grèce, les fit partout détruire sur son passage; mais le culte de Zoroastre, cette adoration de l'Être éternel, représenté par le symbole du feu, cette antique religion des mages, bien que respectée par Alexandre , s'affaiblit par le mélange des peuples et l'influence de la conquête. Les rois d'origine grecque eurent des temples dans la Perse . les idoles s'introduisirent avec les arts.

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