‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 21 sur 158 · Eos qui philosophiae dant operam non arbitrari deos esse · texte numérisé non relu

Eos qui philosophiae dant operam non arbitrari deos esse

De Inventione^ lib. I, cap. xxix.

parler des jugements de l'Aréopage, ni des sentences des Eumolpides.

Elle n'en semblait pas moins la métropole de l'idolâtrie par la perfection de tant de chefs-d'œuvre consacrés dans son sein au culte des dieux. Le polythéisme y paraissait plus épuré que dans le reste du monde; il n'y contrariait pas autant la morale et la conscience. Pour repousser l'établissement des jeux de gladiateurs dans Athènes, le philosophe Démonax n'eut besoin. que d'invoquer cet autel de la Clémence , placé sous les yeux de ses concitoyens , et célèbre dans leur histoire. L'apôtre même du christianisme trouva dans Athènes un asile pour son culte , auprès de ces autels élevés aux dieux inconnus. Cependant, depuis le commerce plus fréquent de la Grèce avec l'Egypte , et depuis la conquête macédonienne, les invasions des cultes étrangers s'étaient multipliées dans Athènes. Le théâtre autrefois, dans sa cynique liberté , surveillait la religion comme tout le reste; et Aristophane avait fait justice de quelque dieu grossier, venu de Thrace ou de Phrygie; mais, sous le pouvoir de la Macédoine, sous la protection des rois d'Egypte, et plus lard sous le joug de Rome, cette liberté du théâtre avait disparu. Uu temple de Sérapis^ avait été élevé dans Athènes par complaisance pour les Ptolémées.

D'autres monstres . d'Egypte , et enfin les empereurs de Rome, eurent aussi leurs monuments dans la cité de Minerve; mais l'Athénien regardait avec mépris ces apothéoses barbares ou servrles , en les comparant aux chefsd'œuvre de la vieille idolâtrie consacrée par Phidias; et le philosophe éclectique, qui mêlait à la fois la sublime morale, l'enthousiasme allégorique de l'Académie et le

]. Pausanias.

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doute méthodique de Técole d'Âristôte, ne voyait dans

le polythéisme que des fictions et des symboles. •'

Cette influence de Tésprit philosophique décréditait dans toute la Grèce les oracles autrefois si célèbres et dotés de si riches présents. La chute des diverses républiques de la Grèce avait également fait tomber beaucoup de fêtes religieuses , qui jadis entretenaient la superstition par le patriotisme. Les savants du pays étudiaient encore ces souvenirs dans les anciens auteurs; ils en parlaient dans leurs histoires ; les sophistes y faisaient allusion dans leurs discours; mais tout cela n'était plus vivant dans les mœurs publiques. Lés mystères d'Ë* leusis conservaient seuls encore leur auguste solen*^ nité ; mais les leçons qu'on y Connaît aux initiés étaient plus contraires que favorables au maintien dû polythéisme. Ces cérémonies étaient saintes, puisque, dans son voyage en Grèce, Néron parricide n'osa point en approcher.

Une foule d'autres superstitions touchantes ou graveleuses étaient conservées dans les divers cantons de la Grèce. Plutarque, qui, si l'on peut parler ainsi, fut le dernier des philosophes croyants , comme Lucien fut le plus ingénieux des philosophes incrédules, Plutarque j ramené par son admiration pour les grands hommes de la Grèce vers le culte et les mœurs antiques , nous ra« conte qu'ayant eu quelques démêlés avec les parents de sa femme, pour en prévenir les suites, il alla sur le mont Hélicon faire un sacrifice à l'Amour. Dans sa vieillesse, il était encore prêtre d'Apollon, et il menait les danses autour de l'autel >du dieu. Cela ne l'empêchait pas de raisonner sur le culte d'isis et d'Osîris avec la liberté d'un esprit sceptique. Il peignait également sous de vives couleurs les misères et l'abrutissement de la superstition; mais cette même candeur qu'il â portée

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dans ses écrits le laissait païen de bonne foi , et lui faisait adorer paisiblement les anciens dieux de ta patrie.

La Grèce, è cette époque, ne doit pas ôtre cherchée seulement dans elle-même. Ses anciennes conquêtes, ses arts, son génie, avaient colonisé une partie de rOrient. Sa langue était dès longtemps répandue dans TÂsie Mineure et TËgypte; des écrivains ingénieux, de brillants sophistes commentaient la philosophie grecque dans Antioche et dans Alexandrie. Il semblait donc que, dans cet accroissement de ion empire, le polythéisme grec devait subir mille variations de climats et de mœurs. L'esprit enthousiaste et superstitieux des Orientaux se Mt mal accommodé du scepticisme de F Académie; et, si Lucien naquit à Samosate, en Syrie, ce fut dans Athènes qu'il apprit à railler si librement les dieux.

L'Asie Mineure offrait partout le mélange des dieux élégants de la Grèce avec les superstitions du pays. Elle était remplie de prêtres errants qui portaient avec eux leurs impures divinités, et étaient astrologues et jongleurs. La licence des mœurs était à la fois excitée par le climAt et la religion; d'antiques traditions conservaient auprès d' Antioche les impurs mystères d*Adonis. Dans Ëphèse, le culte de Diane et les merveilles de son temple faisaient vivre une foule d'ouvriers, qui vendaient aux habitants et aux étrangers de petites statues de la déesse en or et en argent. Nulle part la superstition n'était plus lucrative.

Mais le pays où elle semblait se renouveler avec une inépuisable fécondité, c'était l'Egypte. L'ancienne religion du pays, le polythéisme grec, le culte romain , les philosophies orientales, étaient réunis et confondus comme ces couches de limon que le Nil débordé entasse au loin sur ses rivages. Dans le repos de la conquête romaine, les esprits n'avaient pas d'autre occupation

que ces controverses. Alexandrie, ville de commerce, de science et de plaisirs , fréquentée par tous les navigateurs de rEurope et de l'Asie, avec ses monuments, sa vaste bibliothèque, ses écoles, semblait TÂthènes de rOrient, plus riche, plus peuplée, plus féconde en vaines disputes que la véritable Athènes, mais n'ayant pas cette sagesse d'imagination et ce goût vrai dans les arts. Alexandrie était plutôt la Babel de l'érudition profane. Là se formait cette philosophie orientale, suspendue entre une métaphysique tout idéale et une théurgie délirante, remontant par quelques traditions antiques à la pureté du culte primordial, à l'unité de l'essence divine, s'égarant par un nouveau polythéisme dans ces régions . peuplées de génies subalternes que la magie mettait en commerce avec les mortels.

Le reste de l'Egypte était encore assujetti à mille superstitions bizarres ou mal comprises, qui faisaient sourire de pitié le paganisme romain. D^antiques symboles* étaient devenus des dieux pour la foule; de là ces reproches que les poètes de Rome font aux Égyptiens d'adorer des oignons et des chats; dç là aussi ces guerres civiles qui souvent dans l'Egypte armaient une ville contre une autre pour venger l'injure prétendue de quelqu'une de ces innombrables divinités. Dans leur abaiter ment sous le joug romain , les jÉgyptiens n'étaient capables de courage que par superstition. Un Romain qui par hasard avait tué un chat consacré fit éclater une sédition que les violences, les rapines des gouverneurs n'auraient point excitée. Il y avait donc à la fois dans l'Egypte les deux extrêmes de là superstition humaine : le plus grossier fétichisme et la plus subtile mysticité; et c'est par là que ce pays, se prêtant pour ainsi dire'

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