Pœnas do, irascor, tristis sum , CT^Xotuno;, clbo careo
Marci Aufeîii Epistolé, a Màxo nuper (htent^*
Et DU CHRlffrUNlSlfE. 67
blime, quel amour de Dieu et des hommes! Sur le troue, Marc Aurèle obéissait au devoir, comme dans un État libre le pHnce obéit & ta loi foudtfmentale. Deux siècles avant les èmt)ereurs bhrétieus , il détruisit ou du moins il désarma ces combats de gladiateurs, dont se repaissait la curiosité romaine; il ne permit qu'un jeu d'escrime sans péril pour les combattants « réforme bornée malheureusement à son règne , et qui ne corrigea pas les mœurs romaines , que la frénésie de Commode vint efiaroucher de nouveau*
Marc Aurèle joignit au désir de rendre les hommes heureux rambition philosophique de les rendre meilleurs ; il souffrait la cehsure de ses propres actions, et il les justifiait par dés réponses et des écrits publics. Il avait promis, en montant sur. le trône, qu'il ne verserait le sang d'aucun sénateur; il fit plus, il releva la dignité du sénat. Prince guerrier et absolu, il lutta de toute sa vertu contre le vice de Tempire, et tempéra le despotisme par un effort continu sur lui-même. Il consultait les principaux citoyens sur toutes les affaires publiques, et il avait coutume de dire: tf N'est-ilpas plus juste qu'un seul suive l'avis de tant d'amis illustres, que de les forcer tous à suivre la volonté d'un seul? >»
Mais où devaient aboutir cette liiodéltition sublime « ces grands exemples , et ces vingt ans de bonheur pour le mondé? A la tyrannie de qudques monstres et aux servîtes révoltes dei {gardes prétoriennes. C'est là que l'on voit tout entier l'épuisement et la stérilité de l'ancienne société romaine. La dictature élevée sur les ruines de la république ne pouvait devenir le gouvernement naturel de Rome. £ile était née corrompue el incapable de tè%\è et de durée. De >à vous toye2 dans Thistoire* et surtout dans Tacite ^ que tous tes vceuit des Romains se rejettent dans le passé, qu'ils existent, pour ainsi dire, loin d'eux-mêmes^ et que, préoc^
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cupés du regret de ce qu'ils ont perdu, iis u*ont aucune espérance d(3 perfectionner ce qu'ils possèdent. L'ancienne république, voilà le souvenir ineffiiçable et désespérant tout ensemble. Si Germanicus est un moment Tamour des Romains, si Drusus emporte dans sa tombe les regrets de Tempire, c'est que le peuple croyaitque ces jeunes princes, montés sur le trône , auraient tenté de rétablir l'ancienne république. Plus tard, après de longues oppressions, au milieu des brusques changements de l'anarchie militaire, vous entendez le vertueux Galba qui dit à Pison : « Si la masse de l'empire pouvait se soutenir et garder l'équilibre sans un modérateur suprême , j'étais digne de recommencer la république. » Cette superstition des Romains pour l'ancien gouvernement fut respectée jusque dans les formes extérieures de l'empire. Jamais la succession au trône ne fut réglée par les lois, et dé cette incertitude sortit le pire des tléaux, la tyrannie élective, l'usurpation militaire, les destins du monde mis en loterie dans le casque des soldats, enfin, pour comble de ruine et de honte, l'empire vendu comme un esclave sur le marché des camps. Tacite, dont l'âme nourrissait plus qu'aucun autre ce regret de l'ancienne république, a conçu, mais sans y croire, une forme intermédiaire qui réunirait les avantages du repos et de la liberté. Mais le polythéisme usé et avili ne pouvait plus compatir qu'avec le despotisme ; la corruption de ses dieux justifiait les tyrans, et l'apothéose des tyrans déshonorait ses dieux. Il n'est presque aucun des plus odieux empereurs qui n'ait entretenu sa cruauté par des superstitions bizarres. Néron leur demanda Texcùse de son parricide; Commode les souilla de sang humain.
En considérant cet état du monde, l'esprit ne peut se défendre d'une supposition qui fut mal réalisée un siècle plus tard, sous le règne de Constantin. Si Marc Àurèle, dont la morale élevée a tant de rapport avec le christia-
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nisme, eût adopté le culte dont il avait les vertus, cette révolution ne pouvait-elle pas alors créer la réforme politique, et fonder cette souveraineté juste et modérée que Borne cherchait en vain? Ce qui manquait à l'empire , ce qui rendait les bons princes quelquefois cruels, ce qui donnait tant de férocité aux mauvais empereurs, c'était le caractère incertain et les dangers de leur pouvoir. Ils pesaient sur le monde de la même force dont ils se sentaient repoussés par le monde. La mort violente était presque la condition naturelle du trône ; et de fureurs en fureurs ils allaient jusqu'à ce terme, comme certains de ne pouvoir l'éviter, et d'avance méritant et vengeant leur destin. Peuton douter que cet état de guerre perpétuelle n'eût été singulièrement adouci par l'adoption du christianisme qui, consacrant les pouvoirs établis et les droits de l'espèce humaine, plaçait la sécurité des princes au même lieu que la liberté des peuples? Les chrétiens alors persécutés répétaient souvent que leurs noms ne se trouvaient dans aucune conspiration contre les empereurs. Cependant leurs écrits respirent Tborreur de l'injustice et de toute tyrannie sur la conscience et les droits naturels de l'homme. Leurs ouvrages semblent des plaidoyers en faveur de l'espèce humaine.
Dans nos spéculations sur ces temps antiques, serait-ce nne recherche oisive de nous demander quelle pouvait être l'influence du christianisme sur la durée de lempire, s'il ftit entré dans les institutions romaines cent ans plus têt, et sous un prince aussi vertueux que Constantin fut violent et cruel? L'ioiperfection du stoïcisme, c'était de n'appartenir qu'à quelques grandes âmes, d'être une exception parmi les hommes, etde ne pouvoir descendre jusqu'à la foule. Ainsi de sublimes vertus n'étaient rien pour l'exemple du monde ; elles étonnaient sans corriger; elles semblaient n'être l'attribut obligé que de ces âmes d'élite
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qui seules, selon Tacite, ne S'éteignent pasfivaf^ 1^ porps •; mais 1i^ loi chrétienne, accessible m:^ esprits les pliishu^iT ble^, la loi chrétienne dans sa pureté primitive, espèce de stoïcisme populaire et tempéré, eô( étabjiune }iaispn i^ptr^ les hommes les pins qt^scurs ^t Tân^e élevée aie Ten^pereur; elle eût perpétué des bienf^it^ W pafsërent ayec Marc Aurèle ; elle eût transforrné 1^ puis3anGe, pen4^ht que Tempire avait encore de la grandeur et de Tunité.
Il y a peut-être autant d^exagération que d'enthpusia^m^ dans les paroles d*un Grec écrivant à la fin du u? ^i^pte • « 11 n*e§t point une seule race d'IioR^mes, ou grecque, o^ barbare, ou réunie sous quelque nom que ee soit, ou vivant sur des chars, on errant sans asile, ou ahritéjB so^s des tentes, chez laquelle, au non) de lésus- Christ, ^es prières et des actions de grâces ne soient adressées chaque jour au Père et au Créateur de toutes choses. ^ Mais on ne peut douter qu'à cette époque, sous l-empire mérp§ de Marc Aurèle, les chrétiens ne fussent très-nombreux dan^ l'empire; de$ légions entières étaient chrétiennes; des villes, de vastes provinces comptaient à peine quelques sectateurs du paganisme, prêtres ou magistrats, dont la foi toute politique aurait suivi |a volonté du prince. La Grèce presque entière croyait échapper à la puissance ro-: maine, en se séparant des dieux de Rome, et reprenait par Texercice d'un culte nouveau Tindépendence qu'elle avait perdue parla conquête. Une portion de lltalie et tqut le midi de la Gaule adoptaient la même religion : elle s(i répandait avec une incroyable rapidité cb.ez les peuples barbares réunis à Tempire. Ils là recevaient plus vite que les lois romaines, parce qu'elle semblait une liberté dans Tesclavage qui venait les engloutir.
1. Si, ut sapientibus placet, non eum corpore exsUnguuntur niagnae anrm». (Tacit., in Àgricola.)
£0p^pdanta^Hpm!Sf|ia épqque, &91 1^ pt^rutjftpUrQd étoU déjè $i pi{i§$»^t n^^ 1® no(n))r^ d^ ses sept^teur^ pt Tftseend^pt «^lutaij^e qu'ils exerç^j^pt 4^9 le inonde , vit sa re- DQUVpIei: pQBtre eux ces perséci^tions qui depuis deux sièclps éuient comme une tmditiop de Tempire. La sagesse des Antooins ne les préserva p^s de ce préjugé. Marc Auraie lui-même reproche aux chrétiens dechercbeis }amort, 4*y courir avec la précipitation des troupes légères, et de np pas Tattendre avec la gravité des spges antiques. 11 est choqué du courage trop empressé des victimes. Ce courage ' était celui du stoïcisme exalté par un enthousiasme plus puissant encore. Singulier spectacle dans Thistoii^ du mondai le juge et les victimes avaient presque le même langsg^! En parcourant les peqsées de Marc Aurèle, on croirait souvent relire des chapitres détachés de la défense des premiers chrétiens: c-est le même amour de Thumanité, la même obéissance à la loi morale, le même mépris du plaisir et à^ la mort.
Au bord du Tjbre, dans ce palais de marbre et d^or bâti par Néron, et purifié par Marc Aurèle, dans ce pabioet solitaire , où , loin des courtisans et des sqldats du prétoire, le souverain de cinquante millions d'homn^es méditait sur ces devoirs, sa main écrivit souvent sur ses tablettes lés mêmes maximes, les mêmes vérités mocales qu'un obscur chrétien redisait à ses frères au fond des mines et des cachots. Le préjugé politique, la tyrannie du fanatisme païen avaient créé cet immense intervalle; et d-une extrémité du monde social à Tautre, les vérités, pour ainsi dire, se rencontraient sans se reconnaître.
C'est l'idée que fait naître le titre seul de l'apqlogie de saint Justin : « A l'empereur Tite, ^lie Antonin, pieux, auguste, à son fils très-véridique et philosophe ; à Lucius , philosophe, fils de (.ucius par la naissance, et d' Antonin par l'adoption ) prince ami des lettres ; à la vénérable assem*
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hlée du séiiatet au peuple romain tout entier^^ au nom de ceux qui parmi tous les hommes sont infustement haïs et persécutés, moi, Tun d'eux, Justin, fils de Prisicus, je présente ce discours et^cette prière. » Le discours est digne de ce noble début; il y règne une fermeté stoîque qu} devait parler à l'âme d'Ântonin et à celle de Marc Aurèle. « Vous pouvez nous faire mourir, dit l'orateur, mais vous ne pouvez pas nous faire de mal. » Ensuite repoussant avec une froide indignation le préjugé qui, sans examen, •voyait un crime dans le nom seul de chrétien, il rappelle les maximes de vertu enseignées dans l'Évangile et révélées par la conscience.
Mais un autre préjugé s'élevait contre les sectateurs de la loi nouvelle ; on les ajppelait séditieux ; on les accusait de conspirer la ruine du pouvoir établi. Justin répond par ces mots de l'Évangile: « Rendez à César ce qui esta César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » « Ainsi, dit-il, nous adorons un seul Dieu ; mais en toute autre chose nous vous obéissons avec joie, vous reconnaissant pour maîtres et souverains, et demandant en même temps à Dieu qu'il vous accorde la sagesse avec l'empire. »
La peinture que trace l'orateur des premières assemblées du christianisme , où la vieillesse était un sacerdoce , où l'égalité régnait avec la vertu, où les cérémohies étaient simples et la morale sublime , cette peinture, d'une sévérité presque philosophique, devait intéresser l'âme de Marc Aurèle ; et le discours entier semblait lui montrer l'appui que sa philosophie et son amour de l'humanité auraient pu trouver dans ces hommes nouveaux qui secouaient l'amas de préjugés et (ie vices sous lequel était courbé le génie romain, et qui s'offraient à lui pour relever l'empire par la justice et la liberté.
Quelques années après, cepeiKlant, nous voyons une autre apologie qui s'adresse à Marc AUrèle. Ainsi lesper-
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sécations avaient recommencé; et ces routines de barbarie légale, si difficiles à détruire, ramenaient dans les provinces de fréquentes rigueurs contre les chrétiens dénoncés par une populace ignorante ou des magistrats serviles. Mille fables bizarres , mille calomnies grossières se répandaient contre eux, comme on les a vues se reproduire, parmi les chrétiens eux-mêmes, contre les novateurs qu'on voulait prendre pour victimes.
Un philosophe d'Athènes devenu chrétien porta de nouveau à Tempereur la réclamation de ses frères persécutés. Son écrit, conservé jusqu'à nous, « pour titre : « Ambassade d'Athénagoras , philosophe chrétien, aux empereurs Marc Aurèle, Antonin et Commode, vainqueurs des'Arméliiéns et des Sarmates, et, ce qui vaut mieux, philosoj^hes. » On éprouve une sorte de stupeur en voyant ce grand, nom de philosophe donné si solennellement à l'infilme Commode , qui , à la vérité , ne régnait pas encore. Mais il est visible que, dans le besoin Universel de réformé qui dominait alors, un pareil titre était une espèce de leurre pour le genre humain, qui convenait à la vertu des meilleurs princes, mais que les plus méchants voulaient se ménager.
Cet écrit tout philosophique est fondé sur le principe que tous les cultes doivent être tolérés, parce que tous sont des hommages à Dieu. Ënumérant les objets bizarres d'adocation que se faisait Tidolàtrie : « Ces choses, dit Athénagoras, vous et vos lois vous les permettez à tout le monde , convaincus. que rejeter la Divinité sous une forme quelconque est impie et criminel, et que pour chacun jouir de ses dieux est nécessaire , parce que le respect envers un dieu éloigne du maU Mais quand il s'agit de nous, notre nom seul vous irrite. » Cette contradiction sans doute avait un motif. Les diversités des religions idolâtres ne se détruisaient pas invinciblement l'une l'autre, et pouvaient sympathiser dans le chaos d'une crédulité commune, tân-
dj§ ^^^ le Piçft {j€^ cbrétieps, 1^ Ri^q JmmsMwel et pqr, mt^ psr Ipi-même la nég^^tipn et Ja r^^ne de tput aut|i^ (Jieu. M^i^ pp ipotif gui, vaguement sepji, excitait ïacQlère de la fou)e, pouvait-il irriter Marc A^^èle? et son cœur m dev^if-il pas être towché de |a réponse que faisait Athénagor^$ au reproche d'athéisme élevé pontre les pbréMens, parce qullg n'adpraiewf p^s 4e$ stat^es ^ ^0$ iwagee? « Nous pouvons, dit-il, vous prouver, par Jiss préceptes de notfp Ipi, (}up nPMS ne çpn^mes p^s des athées. Qw|s sont le§ précepte^ (|ans lesquejs nous son^njes pourriç? Je ypus le dis ; aipiez yop pnnerpi§, t)éni§sez peux qui vo^^ maur dissent, priej pour ceu^ q4i yous persécutent, a(in d'être les px^fon^ ^u Père céleste qui fait luire spB spleil mr les inéph^nts et sur les bpns. « Il y a, ce me çerpHe , quelque cho§e (|p sublime dans pptte mapière $i siipple (le prpuvei? la croy^ncp ^ pieu par 1^ biepvpillapce envers le$ hommes. Ailleurs, le philosophe chrétipn réfpte les absurdes runieppç qui jfpputaient à sa rplîgipn fies repas homicides et (Je sale? mystères.
Cpinlîien cetfe apolpgje m devait-elle pas frapper Tesprit du pripce qùj , daps ^o^ Uyre de Max^m^, se plaint Sppvenf de la yaipe crédulité des hommes, et S'élève contre les préjugésde )a lipenpe et de la cruauté romaines 1 « Comment, dit l'orateur, npus qui ne pouvons voir le meurtre, dp pepr d^enêtrp mouillés, pourrions-nous donner la mort? Nous qui pommpi^s homicides et coupables devant Dieu les femmes qui se font avorter, immolerions-nous des hommes? Nous ne pouvons h la fcds respecter la vie dans le sein de la mère, croire qu'elle y devient déjà précieuse devapt Dieu, et immoler Tenant quand il est né. Nous ne pouvons k la Ibis nous interdire d'exposer nos enfants, regarder cette exposition comme un parricide, et les élever pour leur donper la mort. »
Ces éloquentes prières firent adoucir la cruauté des
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édits; mais elles ne changèrent rien à l'ancien ordre de choses. Rome garda son polythéisme décrépit, sa tyriinnie religieuse, les vertus sublimes mais passagères de son prince, et le vice incurable du pouvoir absolu. Marc Aurèle calma quelques moments la fièvre de la corruption romaine ; il répara des maux, il suspendit des ruines ; mais il ne lui fut pas donné de remettre un principe de salut dans Tempire, et de renouveler la masse du sang romain, tandis qu'il était temps encore, tandis que les fibres n'étaient pas desséchées , et que le cœur de la société conservait du mouvement et de la vie.
La décadence du paganisme et de l'empire acheva son cours ; ils tombèrent en s'étayant l'un l'autre d'ignorance et de tyrannie. Les crimes , les folies se succédèrent : Rome semblait moins vivre encore qu'achever de mourir; il n'y eut point de révolution salutaire. Laissé longtemps hors de la société, le christianisme y fut admis trop tard,et régna sur des ruines. Le jurisconsulte Ulpien, attaché aux anciennes lois et aux anciens rites de la patrie , écrivait sous le règne deDioclétien que la religion chrétienne était la plus pernicieuse , et qu'elle renverserait l'empire. Ce Romain ne voyait pas que l'empire se détruisait de luimême; que l'ancienne société avait fini sa tâche, et qu'elle avait besoin d'être transformée pour renaître.
Nous ne chercherons pas davantage si le christianisme, adopté dès l'époque de Marc Aurèle, aurait pu faire durer l'empire et renouveler sa forme politique usée par les guerres civiles et les tyrans. Sans doute d'insurmontables difficultés rejetèrent jusqu'à l'époque de Constantin ce dénoûment inévitable. La religion avait d'ailleurs une autre œuvre à remplir sur la terlre, que de conserver l'envahissement des Romains; elle préparait l'affranchissement et la renaissance des peuples.
TABLEAU
DE
AU QUATaiËME SIÈCLE
tÀBLÈlt
DE
Lé iV* siècle est la grande époque de rÊglise primitive, et tâge d'o^ de la littérature chrétifetine. Dans Yotdte àocial, c'est alors que FËgHse se fonda, et detiiit une puissance publique ; dons l'éloquence el les lettres, c'est alors qu'elle produisit ces sublimes et brillants génies, qui n'ont ëù dé Hvàûx que parmi les orateurs sacrés de la France au xvii« siècle. Que de grands hommes en effet, que d'orateui* ëriiirieiits ont rempli i'intefvalle d*Athariase à saint Augustin! Quel prodigieux taoùvement d'esprit dans tout le ttiohde rdraaln ! Quels talents déployés dahs de thystîques débais I Quel pduVoir exercé sur la croyance des hommes! Quelle tran&torthation de la société tout entière, à lA Voit de cette religion qui passe des Catàbombes sur le trône des Césars, ifiii dispose du glaive, après l'avoir énioussé par ses iharlyts, et ô'est plus ensanglantée que par les hérésies, qui la déchirent, en sortant de son sèid;
Dans iios temps modernes, ei surtout dans là France au xvir siècle, le christianisme était en quelque sorte aidé par la civilisation,- s'épurait aveiî elle^ etbrilteit de la même
splendeur que les arts. Nos orateurs sacrés du xvu* siècle . sont soutenus , sont inspirés par tous les génies qui les entourent. Us réfléchissent dans leur langage cet éclat de magnificence et de politesse qu'ils reprochent à la cour de Louis XIV; ils en sont eux-mêmes revêtus et parfois éblouis. Si Bossuet prédomine par la grandeur et Tenthousiasme, on sent cependant qu'il est nourri des mêmes pensées que ses contemporains, et qu'il appartient à Theurèusé fécondité de Ta niéme époque.
Mais, dans le iv« siècle, la sublimité de Téloquence chrétienne semble croître et s'animer, en proportion du dépérissement de tout le reste. C'est au milieu de l'abaissement le plus honteux des esprits et des courages, c'est dans un empire gouverné par des eunuques *, envahi par les barbares, qu'un Athânase, un Chrysostome, un Ambroise, un Augustin font entendre la plus pure morale et la plus haute éloquence. Leur génie seul est debout, dans la décadence de l'empire. Us ont l'air de fondateurs, au milieu des ruines. C'est qu'en effet ils étaient les architectes de ce grand édifice religieux , qui devait succéder à l'empire romain.
Il ne peut être sans intérêt de recueillir quelques traits du génie de ces hommes, en examinant, sous un point de vue philosophique et moral., ce qui n'a été trop souvent qu'un objet d'apot}iéose ou d'ironie. Il serait surtout curieux de confronter avec leurs temps, de replacer au milieu des passions et des idées du w siècle ces hommes qui, dans les histoires officielles de l'Église, n'apparaissent que comme les témoins impassibles d'une invariable tradition.
On dirait, à lire ces récits, que l'ordre religieux et civil était réglé dans le i\* siècle comme du temps de