‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 5 sur 158 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

et sacrer , non pas un conquérant k Notre-Dame , mais le principe de la liberté moderne dans le monde, et avec elle les Ëtats fondés sur sa puissance , ce spectacle si nouveau ne peut laisser personne indifférent. 11 écarte la controverse , il rend la défiance injuste autant que superflue, n montre que ce qui est donné de respect à l'autorité religieuse, loin d'ôter quelque chose à la liberté qui, comme elle , est une force morale , lui apporte une sanction de plus.

Devant cet exemple, qui ne parait une innovation que parce qu'il est un retour à l'inspiration la plus antique de la loi chrétienne, pouvait-on craindre de redire combien la primauté spirituelle de Rome avait été dès l'origine le secours de tous les opprimés? Le pouvoir qu'elle dut exercer au nom de la charité, sur la force et l'ignorance , ne se conçoit-il pas mieux , quand on voit l'ascendant qu'elle peut prendre au nom de l'équité sociale sur la civilisation avancée de notre âge? Et ne sent-on pas davantage combien ce secours apostolique , cet édit de justice et d'humanité qui partait de l'Église était précieux pour la défense d'une ville de Grèce et d'Asie , quand on le voit aujourd'hui même si puissant et si nécessaire pour émanciper graduellement les peuples d'Italie? Puisse la souveraineté pontificale garder ce-caractère, et achever ce qu'elle a commencé I et pour cela qu'il ne lui soit pas demandé et qu'il ne soit pas exigé d'elle ce qui n'est pas dans la raison des choses !

Rome ne peut redevenir la capitale politique d'un grand État, précisément parce qu'elle doit rester la métropole religieuse du monde. Le jour où le pontificat suprême lui a été donné, il a été entendu qu'elle n'aurait plus ni sénat dictatorial ni forum. Si, depuis quinze siècles, la souveraineté laïque n'a pu demeurer à Rome à côté de la tiare , si le droit ni la conquête n'ont pu l'y maintenir, si

VI PRÉFACB.

le pouvoir impérial s*est toujours retiré de force ou degré à Constantinople , à Milan, à Ravenne, au lieu où le pape n'était pas , la puissance élective de la législature , cette grande part de la souveraineté moderne , ne saurait non plus s'établir au lieu où le pape doit régner. Le souverain pontife qui n'est prince que pour être libre , et pour ne donner à aucun territoire étranger le privilège de sa présence, à aucun pouvoir le droit de le protéger, peut se montrer dans le gouvernement temporel de sa grande cité romaine le plus sage des princes. Il peut accueillir toutes les réformes d'équité , d'ordre , de progrès social. Il peut donner aux provinces de l'État romain des libertés locales , une administration civile. Mais il ne peut pas constituer à Rome une tribune et tout l'appareil du gouvernement représentatif. Il ne doit pas plus être le statbouder d'une démocratie, que le kalife doublement absolu d'un grand État. Si une autre volonté que la sienne pouvait disposer de Rome , Rome ne serait plus un asile inviolable et neutre. Ceux qui soutiennent le plus la condition indéfectible de la chaire apostolique n'ont jamais prétendu que sa puissance temporelle fût infaillible.. Mais il faut qu'elle soit indépendante. Si on ne peut la concevoir étendue au loin et ralliant l'Italie sous une domination unique t on la concevrait moins encore soumise à l'ascendant d'une assemblée nationale , et suivant , comme par l'inspiration d'un nouvel esprit saint, toutes les phases d'un gouvernement de majorité.

Que le goût de l'uniformité constitutionnelle ne fasse pas méconnaître certaines lois de la nature humaine et de l'histoire ! Un écrivain sceptique du dernier siècle observait qu'en général, le pape, comme souverain temporel par les conditions ordinaires de son élection, de sa personne et de soii pouvoir, échappait au plus grand nombre des inconvénients et des vices de la souveraineté absolue.

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