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CHAPITRE XXVII. - LE PONT-NEUF

Le financier.

nous a départis, sans nous livrer aux mains barbares des opérateurs. Tel que vous me voyez, messieurs, j’ai connu des marquis et des financiers de l’ancien régime ; j’ai connu des femmes à la mode, toujours de l’ancien régime; j'ai connu des procureurs, j’ai même connu des princes du Saint-Empire et des ehanoinesses, de très-belles femmes qui ne se

ronde. ); vous le trempez dans l’eau, l'appliquez sur la BOATTE, l’introduisez dans la boche et vous frottez les dents avec... puis vous prenez une gorgée et vous rincez [il Cavale; inarque d'étonnement). Oui, messieurs, la POUDRE PERSANE laisse dans la boche une odeur si suave, si exquise, si agréable, que je ne suis pas assez ennemi de mon estomac pour l’en priver volontairement. .. Avec toutes ces qualités , la POUDRE PERSANE coûtera donc bien cher? Non, messieurs, nous l’avons mise à la portée de toutes les bourses. Il y a des boâtes de un franc cinquante centimes ou trente sous [pause). Il y a des bodtes de un franc ou vingt sous, qui sont les deux tiers des boâtes de trente [pause). 11 y a des bodtes de soixante-et-quinze centimes ou quinze sous, qui sont les deux tiers des bvàtes de vingt et la moitié des bordes de trente [pause], Il y a des bodtes de cinquante centimes ou dix sous, qui sont les deux tiers des bodtes de quinze, la moitié des bodtes de vingt et le tiers des bodtes de trente (longue pause . Enfin, messieurs, il y a des bodtes , dites bodtes d’essai ou d’épreuve, et c|ue je ne vends que dix centimes ou deux sous. »

C’est le célèbre Miette qui disait un jour à quelqu'un qui lui reprochait sa qualité d’escamoteur: «Un escamoteur est pétri du même limon qu’un maréchal de France. » Miette est un charlatan philosophe.

Il y a bien encore d’autres petits métiers, ma foi ! Ainsi, le pauvre rémouleur qui passe chargé de sa lourde machine, appelant le travail qui ne vient pas toujours! Ainsi, le petit décrotteur qu’a ruiné pour toujours le grand décrotteur en boutique, et qui, tristement assis sur sa boite, regarde, d’un œil découragé, passer devant lui les pieds hâtifs des piétons. Ainsi encore, ces troupes de pauvres enfants alsaciens, qui, blêmes, pâles, transis de froid, s’arrêtent sous les fenêtres, et improvisent un naïf concert qu’il leur faut recommencer bien des fois avant d’avoir recueilli le pain de la journée. Puis voici, au coin du trottoir, un industriel moins souffreteux, un hardi faubourien, qui établit son petit éventaire, sur lequel il lance à tour de bras, et en feignant de rassembler toutes ses forces , des crayons effilés dont la pointe résiste à cette double épreuve. Qui ne voudrait lui acheter des crayons aussi merveilleux ?

Les petits métiers ont subi bien des modifications et des transformations déjà depuis une quarantaine d’années; combien de petites industries, hier encore presque florissantes et qu’on ne connaît plus aujourd’hui ! La poésie s’en va. Autrefois tous les menus industriels se distinguaient entre eux parla différence des couplets à l’aide desquels ils annonçaient aux passants leur marchandise.

De nos jours, le commerce ambulant ne chante presque plus ; où est la marchande de p:(aselacet ?

viü?

La femme à la mode.

mariaient pas, quoiqu’elles ne fussent pas plus religieuses que vous et moi ; eh bien ! c’est par ma poudre que j’ai pu conserver la boche de tous ces hauts personnages. Voici la manière de se servir de ma poudre persane : Vous prenez un linge blanc, de lessive, que vous enroulez autour du doigt comme ceci [il j opère en même temps, et montre chaque exercice à la 15 Cent, la LIVRAISON. — 64e Livr.

Des cure-dents, lias passe-lacet, D'jolis étuis , mesdames, Ach’tez-moi qwéq'cliose, s’il vous filait.

Sous l’Empire , un boulanger ambulant s’était rendu célèbre par la façon dont il chantait ses petits pains sur un air emprunte à l’opéra des Vendangeurs.

Accourez, jeunes fillettes, j’ai de quoi vous contenter.

Si vous avouiez, descendre Fait’-moi sigu’ de monter.

Ils sont au beurre et aux œufs Mes p’tits pains, ils sont au beurre et aux œuls,

Qu’est-ce qu’en veut ?

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.

gâteaux; son portrait sc voyait dans presque tous les cadres d’échantillons des peintres en miniature du palais du Tribunat (aujourdhui Palais-Royal), et bien des poètes du temps adressaient des madrigaux à cette femme qui chantait :

C’est la b'dl’ Madeleine, la bell’ Madeleine,

Qui vend des gâteaux,

Des gâteaux tout chauds.

PARIS. TVP. DE FIRM1N DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. p&r la poste.

La ehanoinesse.

be marquis.

Ce boulanger lit un procès à un confrère cpii avait eu l’indignité de lui voler son air et ses paroles. Plein de confiance en l’équité du tribunal , le volé eut l’espoir de recouvrer son bien avec dommages et intérêts, et son espérance ne fut pas déçue , le voleur fut condamné.

Sous le Consulat, il ne fut question pendant, quelque temps que de la 1 elle Madeleine la marchande de

Le carreleur de souliers, une profession qui jouait avec la rime, il chantait nasillandino : Carr’len d’soulieis!

Avez-vous des souliers à raccommoder ?

Si vos souliers sont déchirés V’Ià l'ouvrier

Qui vous demande à travailler.

s en va,

Il y avait encore le colporteur de petites brochures imprimées à Épinal ou à Limoges sur du papier à sucre :

Avez-vous rêvé d’cliats? avez vous rêvé d’cliiens? V’ià l’explication des rêves, c’est pour rien ;

La belle au bois dormant.

Un volume charmant;

La belle aux cheveux d’or,

Et puis bien d’autre’ encor.

Il n’y a pas encore très-longtemps, en voyait sur le Pont-Neuf un devin. C’était un vieillard courbé ; une petite table était devant lui, sur cette table plusieurs vases remplis d’eau limpide dans laquelle il contemplait l'avenir; cet industriel a été détrôné par le magnétiseur.

C’est aussi sur le pont et aux alentours qu’on rencontre plus particulièrement la marchande de chiens volés, une industrie

dangereuse mais lucrative

Enfin là encore vous trouverez la bouquetière et la marchande de pommes :

Flore et Pomone.

Dieu des vergers, Ycrtvmne, et toi, belle Pomone, Vous avez délogé de l’Olvmpe païen ;

C’e.'t vous tpi’on voit au peuple faubourien Vendie, en Itivei , les lruits avortés do l'automne.

qui portait son chapeau penché h quarante-cinq degrés; c’était le paillasse, c était le petit abbé, c’était le basochien ; c’était le barbier rasant ses pratiques en plein air, le barbier, ce journal de la cour et de la

Tel qu’il est, et malgré sa restauration, le Pont Neuf est eu résumé un pont déchu ; ce qui faisait sa gloire dans le passé, c’était la Samaritaine, ce joli monument dont nous avons donné la description plus haut; c’était le racoleur, ce fossile d’une civilisation disparue; c’était l’arracheur de dents, opérant avec son grand sabre et au son du trombone et delà grosse caisse; c’était le bretteur,

La \ (ilousc de chiens.

ville, qui n’a pas été remplace par le coiffeur contemporain ; c’était le cadet de lamille, le mousquetaire, tous ces types amusants, comiques, gro

tesques, variés, dont l’heure de 1789 a sonné la mort.

La comédie foraine était surtout le plus grand attrait de la foule ; ceux-ci venaient pour voir les acteurs, ceux-là pour enlever lès bourses, ces autres pour enlever les femmes ; ces filous du Pont-Neuf avaient tant de célébrité, que le théâtre chantait leurs exploits quotidiens; on représenta à cette époque les Fourberies de Cartouche, pièce comique dont l’intrigue était fort simple. Isabelle, fille de M. Oronte, riche négociant, est promise à M. Pataut, fils d’un commerçant d’ A ngoulême, et «pii doit venir sous peu de jours à Paris, où il verra pour la première fois sa future. Les deux pères, en arrangeant cet hymen entre eux, se sont mutuellement engagés par un dédit de dix mille francs. Valère, qui aime la jeune fille et qui en est aimé, rêve aux moyens de jouer des tours au nouveau débarqué, pour qu'il renonce à son mariage et s’en retourne dans sa province. Un clerc de procureur promet à Valère de le débarrasser de son rival, et voici comment il y réussit : le clerc a des intelligences avec Cartouche; il va le trouver, et arrive au moment où ce dernier, au milieu des siens, se fait rendre compte des exploits de la nuit. Cette scène, que nous reproduisons, donnera une idée des petits métiers du dix-septième siècle.

cartouche. Oà, messieurs, que chacun rapporte à la masse le butin de la nuit- Qui est ce qui a fait la ronde sur le Pont-

Neuf"? .

LA RAMEE. Mon capitaine, c’est 1 L-

veillé, Sans-Rémission, et moi.

cartouche. Qu avez-vous enlevé .

la RAMEE. Quatre épées et deux cannes

à pomme d or.

cartouche. Où sont-elles ?

l.A RAMEE. LeS VOilit.

cartouche, les regardant. Je vous ai déjà di 1 >

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