‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 25 sur 230 · CHAPITRE III. — LES BOULEVARDS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES BOULEVARDS

Rue De Sèze.

Rue Caumartin.

BOULEVARD DE I V MADELEINE ( côté nord).

IlOl'I.EV VIII) DES CAPUCINES ( côté nord).

Hôtel d’Osmond, rue Basse-du-Rempart.

Rue de la Cliaussée-d’Antin.

Rue du Helder.

BOULEVARD DES CAPUCINES ( CÔté IlOl'd ).

BOULEVARD DES ITALIENS ( CÔté UOl’d).

BOULEVARD DES CAPUCINES ( CÔté Slld ).

Rue Neuve-Saint-Augustin.

15 Cent. LA LIVRAISON. — 9P Livr.

Hôtel du Ministère des affaires étrangères, rue Neuve-des-Capucines.

Aux bureaux de rillu«traton, rue Richelieu, 60. rn\ de firmin didot, rue jacob, 56. 20 C. par la poste

très, ce qui n’est pas absolument synonyme, s’y donnent rendez-vous ; les personnages sérieux y viennent étaler leurs croix et leurs abdomens; en un mot, pour parler l’argot emphatique des feuilletons, sur ce bitume fameux s’agite, à certaines heures, Paris entier; tout Paris, c’est-à-dire quelques femmes à la mode, des artistes de tout genre , des lions à tous crins , des hommes de toute qualité, et surtout cet assemblage cosmopolite d’individus élégants , fastueux , qui n ont peut-être pas un sou de patrimoine , et dont le gilet est irréprochable , la botte luisante et la bourse bien

garnie.

D’où viennent-ils? où vont-ils? que font-ils? Nul ne le sait. Ils hantent les meilleurs restaurants, ils ont les premiers tailleurs, et quelquefois même ils humilient les fortunes les mieux établies par la bonne tenue de leurs gens et le luxe de leurs équipages. Ils apparaissent un beau jour sur le boulevard, météores inattendus, projetant les rayons de leurs richesses énigmatiques : ils se font recevoir dans les cercles , se faufilent dans les salons, et se montrent chaque soir aux premières loges des théâtres avec ces faciles sirènes que les riches enfants du siècle attellent au char de leur vanité. Puis, au bout de quelques mois, lorsqu’on commence à s’émouvoir de ce faste , de cette vie splendide, le météore s’obscurcit, l’étoile file, les inconnus disparaissent, et tout est dit; car si l’on s’informe quelquefois de ceux qui arrivent, on ne s’enquiert jamais de ceux qui s’en vont :

Météores douteux , étoiles du hasard, Que j’eu ai vu filer au ciel du boulevard !

Parmi ces êtres ambigus , ces logogriphes vivants, on a remarqué plus d’une fois le type original et caractéristique du baron de contrebande, si adroit à se glisser vers les tables de jeu , si expert dans les pratiques équivoques du baccarat et du lansquenet. Chacun fa vu, sa badine en main, la poitrine retentissant de breloques et étincelant de décorations inconnues, le visage creusé et barbu , la mine haute et guindée. Il a pénétré dans les salons d’élite; il a été croupier, banquier, partenaire, vis-à-vis les plus fières notabilités de la politique, de la finance, des arts, voire même de la noblesse. Et que demande-t-on à un homme porteur d’un habit noir et de mains fraîchement gantées, pour l’introduire dans les meilleures sociétés? Quelques manières, une

Un lion frisé.

recommandation et de l’or, beaucoup d’or. Qu’il soit beau joueur, qu’il perde de bonne grâce et paye comptant, qu’il évite de faire honteusement Charlnnn- {!•>(', selon une expression reçue, dont l’origine nous est inconnue, et il sera sûr du succès. Libre à lui de manœuvrer ses cartes de manière à maîtriser ou à corriger la fortune : qu’il soit adroit, et l’on ne découvrira ses larcins que le lendemain du jour oii se sera divulguée sa vraie généalogie.

Côte à côte avec cet aventurier ou ses semblât on voit aussi passer les honorables dandvs bien

nus, du reste, qui promènent régulièrement leur ennui, 'hiver comme été, sur le bitume boueux ou l’asphalte brûlant. A ceux-là les douceurs du farniente,

Un faux baron.

et les calmes circulations digestives qui suivent quotidiennement leurs orgies à trois francs par tête. La fantaisie ne nous viendra pas même de les chicaner sur l’inopportunité de leurs arabesques après boire,

et qui offriront plus tard l’exemple de toutes les vertus domestiques. On en a vu, sortant tout uniment du modeste restaurant à prix fixe , les cheveux hérissés , le poil défrisé, en contraste avec leur chevelure du matin, si lustrée, pommadée, bichonnée; et les passants peu au fait, de se récrier sur les exploits bachiques et autres du lion qui s’était artistiquement grimé en lendemain de mardi gras; tandis que le vrai badaud, familier avec les ruses de cette férocité réfléchie, se contentait de penser que ce monsieur pourrait bien n’être qu’un garçon coiffeur chargé du rôle de prospectus vivant.

Par les beaux jours d’été, le boulevard des Italiens se couvre d’une triple guirlande d’éclatantes toilettes, de frais chapeaux , de fleurs multicolores. Tortoni, le café de Paris , le café Riche, ont échelonné des sièges pour les dames, des banquettes et des tables mobiles pour les adorateurs du punch glacé, du cigare et de la littératurequotidienne. La promenade offre alors le plus riche, le plus étonnant, le plus merveilleux coup d’œil qui se puisse imaginer : c’est un fleuve paisible d’habits noirs émaillés de robes de soie, qui passe et repasse; un monde de jolies femmes et de messieurs quelquefois beaux, plus souvent laids ou disgracieux. L’esprit, la bêtise, les propos malins, les phrases lourdes, la politique et la médisance s’y mêlent en feu infiniment croisé et varié : les nouvelles heurtent les bons mots; les calembours accrochent leur pointe aux raisonnements; l’Anglais siffle au milieu de l’harmonie italienne , et les eutsch germaniques entrecoupent la volubilité française. Incessamment la foule se recrute par toutes les tranchées qui aboutissent au grand canal ; les équipages arrivent poudreux du faubourg Saint-Germain ou des environs de l’Élysée; les beautés à la mode descendent sémillantes par les rues Laffitte, Lppelletier, Taitbout, du Helder, vomitoires ouverts à propos pour servir de communication entre les nids charmants de Breda-Street et l’arène du boulevard. Ici le feuilletoniste vient chercher un dénomment et se résoudre à tuer ou bien à marier son héroïne; ici le vaudevilliste assaisonne son couplet à succès de tous les arômes épicés qui volent par l’air; ici le nouveau débarqué cherche la Parisienne idole de ses rêves ; ici l’homme d’affaires poursuit une négociation épineuse , et le garde de commerce un débiteur insaisissable. Le dandy étale ses grâces, le lion sa crinière, le léopard sa

Un lion défrisé.

Un habitué du boulevard des Italien

îles ,

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