‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 32 sur 230 · CHAPITRE I\ . — LES BOULEVARDS (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE I\ . — LES BOULEVARDS (Suite

Quoiqu’il en soit, on ne voulut rien épargner pour embellir cette page consacrée au dieu mortel du dixseptième siècle., On appela un architecte hardi, qui était en même temps un intrépide général , François

Blondel , et on groupa autour de lui les dignes interprètes de sa pensée , les sculpteurs Girardon , François et Michel Auguière. C’est à ce concours d'hommes habiles et dévoués que nous devons la porte

Saint-Denis, une œuvre vraiment grande au point de vue de l’art.

Pour élever de semblables monuments, aujourd hui, deux choses nous semblent manquer à la

BOULEVARD SAINT-DENIS ( CÔté IlOld ).

voie, une des plus longues de Paris, conduisit d’abord les Parisiens au tombeau de saint Denis, inhumé dans l’ancien village gaulois de Catalocum. C’est par cette rue de 1,349 mètres de longueur, que les rois

i, afficheur officiel.

de France faisaient leur entrée dans leur bonne ville, accompagnés de foules innombrables et de musiques bruyantes. On cite, entre autres entrées remarquables, celle de Louis XI, qui fut accueilli par des sirènes de la rue Saint-Denis , costumées dans le goût des

premiers jours du monde, sans autre parure que celle de leur jeunesse et de leur beauté.

Entre les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin, vastes laboratoires de la grande ville, immenses entrepôts du commerce et de l’industrie, rues toujours pleines de bruit et de mouvement, le boulevard n’intéresse que par sa physionomie populaire: ici l'habit coudoie la blouse; on ne fume plus le cigare sur les trottoirs, mais la pipe.

Sur ce boulevard tout est événement. La population ouvrière de Paris est essentiellement flâneuse quand elle est hors de l’atelier. Tout ce qu’elle voit la frappe; tout ce qui se passe l’intéresse : un omnibus qui se brise; deux cochers qui se battent; un cheval qui s’abat; moins que cela, un simple colleur qui appose des affiches sur les murailles, font aussitôt un rassemblement et risquent d’être la cause innocente d’une émeute. L’affiche officielle attire particulièrement la foule de ces quartiers. C’est le journal populaire que l’on vient lire, commenter, et le plus ordinairement critiquer à deux pas de MM. les sergents de ville.

La porte Saint-Martin est le portique de ce boulevard ; ce monument, bien inférieur en élégance et en richesse au chef-d’œuvre du mestre de camp Blondel, fut, comme la porte Saint-Denis, élevé à la gloire de Louis le quatorzième , sur les dessins de Pierre Bullet. L’architecture de cet édifice est en bossages rustiques vermiculés, avec des basreliefs dans les tympans et un grand entablement dorique surmonté d’un attique ; les sculptures sont dues à Desjardins, le Hongre, Marsy et Legros. Un des bas reliefs représente Louis XIV sous les traits d Hercule, et non moins nu que ce fils de Jupiter ; comme lui il est armé d’une énorme massue, et il terrasse une hydre quelconque. Louis XIV, heureusement pour sa gloire et pour la grandeur de la France, a fait mieux que de tuer l’hydre de Lerne ou le lion de Nérnée : il a inscrit sur l’attique de l’arc de triomphe la défaite de l’Autriche, de la Hollande et de l’Espagne; et, ce qui vaut mieux, il a agrandi la France de trois départements, ce que n’ont pas fait tous les conquérants.

France : la gloire, qui fournit le motif; et le génie , qui le met en œuvre. Un mot sur les détails de cet édifice.

La porte principale est entre deux pyramides engagées dans l’épaisseur du monument, chargées de chutes de trophées d’armes et terminées par deux globes. Au bas de ces pyramides et sur les corniches de leurs piédestaux , sont deux statues colossales, dont l’une représente la Hollande sous la figure d’une femme consternée et assise sur un lion terrassé, qui tient sous une de ses pattes sept flèches qui désignent les sept Provinces-Unies ; l’autre statue représente le Rhin tenant une corne d’abondance. Une petite porte est percée dans le piédestal de chacune de ces pyramides. Deux Renommées s’élancent dans les tympans du cintre, l’une embouchant la trompette, l’autre portant à la main une couronne de laurier.

Dans la frise, un bas-relief remarquable, c’est le passage du Rhin. Ces diverses sculptures furent commencées par Girardon et continuées par les frères Auguière. Ce remarquable monument a été deux fois restauré, en 1809 et en 1848.

La porte Saint-Denis (je ne parle pas de l are triomphal de ce nom, bien entendu) n'a pas toujours été située a la place où elle est aujourd’hui ; la première porte Saint-Denis était près de la rue de la Ferronnerie, où fut plus tard assassiné Henri IV. Sous Philippe-Auguste, elle fut reculée jusqu’à la rue Maueonseil ; sous Charles V, on la recula jusqu’au coin de la rue des Deux- Portes, aujourd’hui rue Neuve-Saint-Denis; enfin Louis XIV lui assigna la place quelle occupe encore maintenant; seulement, au lieu d’une simple porte, le grand roi éleva un monument.

Nous atteignons l’embouchure de ce fleuve tortueux et encaissé qu’on appelle la rue Saint-Denis. Que de bruit, que de mouvement et quel savant désordre ! C’est ici qu’il faut voir, comment d’un effroyable pêle-mêle de charrettes, de tombereaux , d’omnibus, de fiacres, de cabriolets, un homme peut encore sortir sain et sauf, avec tous ses membres, avec tous ses vêtements. Cette longue

Turc de faut lisie.

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