‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 83 sur 230 · CHAPITRE XIII. —LES POSTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. —LES POSTES

niable des rentiers jou propriétaires; quelques-uns trouvent dans ces fonctions leurs Invalides pour de longs services sur toutes sortes de champs de bataille. Chaque matin et chaque soir, un employé monte cnez eux , porteur de registres, où M. le directeur, ou bien madame la directrice , appose un nom et un paraphe, ne bougeant de leur lit ni de leur fauteuil : cela vaut de douze cents à six mille francs par an.

Quant aux commis, eux font la vraie besogne : vous voyez l’un condamné pour son année entière à plier imprimés et journaux , l’autre à sasser et ressasser les lettres de la poste restante; celui-ci à faire des colonnes de chiffres, celui-là à chauffer de la cire et à nouer des ficelles. Les plus heureux se chargent du tri

traits caractéristiques de l’administration en France, c’est la manie paperassière; c'est cette incurable fureur d écrire , de chiffrer, de tailler des enveloppes

ou du

timbre , et développent dans ces exercices actifs leur agilité et la sûreté de leur tact ou de leur coup d’œil. Le plus saillant et le plus général entre tous des

Service des postes. — Vue extérieure du bureau ambulant.

toutes prêtes à l’usage des beurrières et des fruitières. La poste n’a eu garde de s’en garantir.

Quant aux erreurs inséparables d’une telle complication administrative, si elles sont en faveur des listes,

le surplus représente a la distribution une valeur qui constitue un bon trouvé, dont le bureau doit tenir compte dans le second, il n’a qu’à constater l’erreur,

et à faire remploi du déficit, quitte à être remboursé plus tard par détaxe.

Les autres erreurs sont à la charge des directeurs, qui peuvent être forcés en recette, c’est-à-dire payer de leur argent.

Il n’y a plus à ajouter sur l’administration des postes, que ce qui concerne le servit e sur les chemins de ter. Les bureaux mobiles , maintenant en usage en h rance, ont été employés en premier lieu, chose étrange, dans la Belgique.

Les bureaux consacrés au service intérieur font partie des trains, et pendant que la locomotive entraîne derrière elle véhicules et voyageurs avec une vitesse de douze ou quinze lieues à l’heure, le tri , la pesée, l’apposition du timbre, toutes les opérations

Intérieur du bureau ambulant.

préliminaires, en un mot, ont lieu comme à l’hôtel de la rue J. -J. Rousseau.

Le bureau ambulant est un élégant wagon, attaché sur un truck ou Ltrain mobile qui roule sur six roues

au lieu de quatre, dans le but d’amortir ce balancement qui est comme le roulis des chemins de fer. Ce wagon, assez haut pour qu’on se tienne debout à l’intérieur, présente à l’extérieur deux surfaces laté¬

rales, percées de fenêtres : l’intervalle entre ces deux ouvertures est rempli, pour la symétrie, par de fausses fenêtres qui semblent fermées de jalousies; le fond de la peinture est en laque carminée, les orne-

Sac aux dépêches.

ments en fonte, d’un style sévère. Des filets de cuivre poli s’arrondissent en courbes gracieuses et détachent à l’œil le contour des fenêtres vraies et iausses. La partie supérieure, percée de jours garnis en verre dépoli, ne présente pas ces divers ornements. Tout a été combiné pour produire l’effet le plus satisfaisant a la vue, et pour offrir en outre toutes les chances de durée et de solidité. La longueur de ces wagons \ ai ie de

six à sept mètres.

L’intérieur présente beaucoup d’analogie avec celui d’un bureau de poste ordinaire, si ce n est que lJ6SpâC6 y est bien mieux ménagé. On y retrouve les casiers, adossés aux parois, au lieu d’être à côté des tables de tri, audessous des casiers s’ouvrent des armoires pour renfermer les valises, les sacs de toute espèce, destinés au transport des lettres, et les provisions indispensables de ficelle, de cire et de papier. L’ameublement seul diffère : pas de pupitre à écrire, 1 employé écrit debout sur un portefeuille, car la trépidation du convoi ne permet que ce dernier mode; pas de chaises, mais de lourds fauteuils, et une sorte de selle sur laquelle on s’assied à califourchon quand on est las de demeurer debout. Les timbres particuliers au bureau ambulant sont suspendus a côté des fenêtres ; bourrelets chargés d’encre, cire, pains à cacheter, tout cela est contenu dans des boites de métal. On remarque en outre un chronomètre, dont la destination est de servir de guide aux employés, et de leur faire connaître , au moyen du tableau des stations, la route parcourue et celle qu’il leur reste a franchir encore. Pour la nuit, on allume les lampes Carcel suspendues au plafond : s’il fait froid , on abaisse la portière, maintenue par une barre de support qui sert en même temps de point d’appui pour charger les fardeaux, sans risque de chute sur les rails, et on lève la cloche qui ferme la bouche de chaleur du calorifère. Sur la ligne du Nord, les bureaux chargés de la correspondance anglaise présentent, au lieu de casier, une longue table qui occupe toute la largeur de l’avant du wagon ; cette table sert d’entrepôt aux paquets que la poste anglaise a préparés d’avance.

L’employé vérifie d’abord ces paquets, taxés par poids de trente grammes; il revient ensuite à chaque lettre et la vérifie dans des balances tellement justes que le mouvement du train ne peut les fausser.

Sur les chemins de fer, les valises aux dépêches

sont plus simples : elles consistent en un sac de cuir, fermé à pression par un collier qui s’ouvre par un ressort intérieur; le collier porte le nom du bureau expéditeur et celui de la ligne suivie. Comme partout, il y a un sac particulier pour les lettres recommandées.

La rapidité dans la distribution, tout incroyable quelle paraisse aux profanes de la poste, n’était pas encore suffisante et en rapport avec la rapidité mer¬

veilleuse des chemins de fer. Il fallait mieux. Aujourd’hui on décharge les valises pendant que le train est lancé à toute vapeur : cette opération a lieu avec la plus grande simplicité.

A mesure que les employés du bureau ambulant ont cacheté un sac de dépêches, ce sac est déposé a l’extérieur du wagon, sur un appareil à coulisses disposé de manière à être enlevé avec la plus grande facilité,

Il ICM IR

Collier pourla fermeture des sacs aux dépêches.

Portefeuille des lettres recommandées et chargées.

au moment du passage du train, à un point donné.

Personne n’étant assez alerte pour faire une telle besogne, c’est le convoi lui-même qui s’en charge. 11 fait mouvoir un système de tringles et de leviers, disposés exprès aux divers points oit la correspondance est établie. Au moment où passe le train, les leviers s’abaissent, et le mécanisme, mis en mouvement, s’empare de l’appareil et l’enlève ; les employés n’ont plus qu’à prendre Ia|dépêche et à ^distribuer. Nou-

Pc âge de la correspondance anglaise.

voile économie de temps : nous n’en concevons pas de possible pour l’avenir, mais il ne faut pas désespérer de cette faculté d’inventer particulière aux hommes de notre époque. Peut-être trouvera-t-on avec le temps un appareil capable de supprimer les facteurs et les étrennes qu’ils demandent au jour de fan.

On sait, et nous donnons ceci à titre de renseignement, qu’après de longs débats, la taxe est enfin devenue uniforme. Toute lettre paye un droit fixe de

23 centimes dans toute l’étendue de la France, par poids de 7 grammes et demi; la taxe est doublée jusqu’au poids de 13 grammes; au-dessus, elle s’élève à 1 franc, et augmente de 1 franc par chaque 100 grammes ou fractions de 100 grammes. Pour l’intérieur de Paris, le droit est de 15 centimes, de 20 centimes pour la banlieue, et de 10 centimes pour l’intérieur des autres villes. La poste fait vendre quatre sortes de figurines pour l’affranchissement, aux prix de 10, 15, 23 centimes et un 1 franc. Le port des imprimés est frappé d’un droit de 4 centimes par feuille, ainsi que celui des lettres de faire part.

Depuis longtemps déjà l’Angleterre avait donné l’exemple de la taxation uniforme; cette modification a rencontré d’invincibles opposants pendant tout le règne de Louis-Philippe; une fois seulement la loi fut rejetée à l’égalité mathématique des votes de la Chambre des députés. Dès 1848, l’Assemblée constituante décréta une taxe unique de 20 centimes, remplaçant les taxes différentes au nombre de onze qui existaient auparavant, d’après une division arbitraire de la France en onze zones postales. Cette mesure salutaire fut à peine combattue. Plus tard, la taxe de 20 centimes, jugée insuffisante, a été augmentée de 5 centimes. Nous sommes entrés dans la même voie que l’Angleterre, mais la réduction n’est, pas aussi complète encore. En France, le transport des valeurs cotées et la transmission de l’argent sont soumis à un droit de timbre et ;i une prime de 5 pour 1 00 : la taxe est bien moindre de l’autre côté de la Manche, et l’on y trouve une telle économie, que la poste sert souvent d’intermédiaire pour remplir certaines commissions étranges ou bizarres. On cite des envois de sangsues qui se seraient échappées de leur bocal, et d’allumettes chimiques qui auraient incendié la dépêche; un père de famille adressa de Londres à sa moitié quelques reliefs d’un dîner somptueux qui restèrent au bureau des adresses inconnues : le même sort fut réservé à un expéditeur qui envoyait des échantillons de liqueurs à son commissionnaire. Dans les lettres qui arrivent au bureau des rebuts, en Fran ce, il ne se trouve guère d’un peu excentrique que des cheveux : c’est mademoiselle Joséphine qui renvoie, avec indignation, des gages d’un amour trompeur, et les adresse à son infidèle, IM. Oscar, rue Saint- Honoré ou Saint-Jacques; et M. Oscar est introuvable, car ses meubles ont déménagé en même temps que son cœur.

La poste restante, surtout à Paris, a une physionomie tonte particulière et digne d’attirer l’attention d’un peintre de mœurs ou d’un auteur comique : demandez-vous en effet quels peuvent être les motifs qui font adresser une lettre au bureau restant, sous un simple nom de destinataire et souvent sous des initiales de fantaisie La première et la plus innocente

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