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CHAPITRE XIII. —LES POSTES

Auparavant, quelques mots sur le service extérieur au grand complet. Et d’abord, le bureau de la poste restante ; deux sections : les lettres sans adresse, sous

initiales, que l’on remet au réclamant sans formalité, et les lettres avec noms , sans désignation de domicile, que l’on ne livre qu’après constatation d’identité.

Viennent ensuite les mandats et affranchissements; le bureau où l’on vend les figurines d’affranchissement , où l’on reçoit et où l'on fait les envois d’ar¬

gent et le bureau où l’on expédie et où l’on délivre les valeurs et objets précieux cotés d’avance. Puis le bureau d expédition des imprimés, si important a Pa¬

ris, que le travail s’y divise entre cinq ou six employés. Enfin la caisse, chargée des déboursés et des recettes. Ceci ne regarde que le guichet. La distribu¬

tion dépend d’une opération intérieure qu'il nous reste à décrire.

On a vu la masse des lettres’apportées, et l’on a suivi

Triage des lettres pour les départements et l'étranger.

Le chargement de la malle-poste.

l’opération importante du classement de ces lettres : il reste donc à en examiner l’expédition. Plusieurs précautions restent à prendre, afin de prévenir toute chance d’erreur : chaque pli doit porter son certificat

d’origine, la date de son départ et celle de son arrivée : de plus, s’il a reçu un affranchissement, il faut rendre la fraude impossible en détruisant la vignette. Le timbre est chargé (h1 répondre à ces exigences.

C’est un cachet portant des caractères mobiles, indiquant le joui et le quantième du mois , et des types fixes, désignant le bureau : avec une rapidité qui tient du prodige , l’employé le frappe tour à tour sur un

bourrelet chargé d’encre d'imprimerie et sur la face antérieure de la lettre , si elle part, postérieure , si elle arrive. On dirait un ruisseau s’échappant de ses mains, dont chaque Ilot recevrait un choc et succéderait instantanément à un autre Ilot. Un second timbre, en forme de losange et quadrillé, défigure les vignettes d’affranchissement. Ce travail tait, un nouveau tri a lieu pour les dépêches a distribuer; c’est l’affaire des facteurs, qui se partagent le tiavail. Les autres lettres, à destinations étrangères , sont enfermées dans des valises étiquetées suivant leur direction et scellées du sceau particulier de la poste. Ces valises consistent en sacs de cuir très-fort, fermés par des anneaux de fer que resserre un cordon ou une chaîne solide.

Mais si l’expéditeur d’une lettre contenant d’importantes valeurs ne se contente pas de ce luxe de précautions, il a droit, moyennant une taxe double et acquittée d’avance, de la charger. Toute lettre chargée est inscrite sur un registre ad hoc, marquée d’un timbre spécial , enfermée dans une valise particulière; en outre, à chaque bureau qu’elle traverse, il est pris note de son passage, et le timbre de la localité marque la valise et le registre d’inscription. Enfin, on ne la délivre (pie sur signature et reçu du destinataire. Si, par un hasard impossible, la lettre ainsi recommandée venait à se perdre ou à être détournée, rien ne serait aisé comme d’en suivre la trace et de désigner le point précis de sa disparition.

Telles sont les principales opérations, tant extérieures qu’in terieures, du service des postes qui intéressent le plus directement le public. Un séjour piolongé dans l’administration ferait encore connaître bien des choses moins importantes : par exemple, le travail délicat de la pesée. Rarement on a recours à la balance,

Facteur de Paris.

si ce n’est pour satisfaire aux exigences des réclamations : tout employé a dans le paume de sa main un plateau assez sensible pour lui dénoncer un excédant de poids d’un demi-gramme. A ce travail se rapportent les surtaxes et les détaxés, deux sortes de rectifications (pie leurs noms expliquent assez, et qui ont lieu le plus souvent d’otlice. Nous verrions quelquefois aussi charger d’ottice des missives paraissant renfermer des valeurs ou rendant un son métallique; nous assisterions à la confection des paquets, à la pose des sceaux, a la consommation vraiment elfrayante (pii se fait en ficel¬

les et en papier à chemise. Parlons seulement de la distribution des lettres au sortir de 1 hôtel.

Pour le service de Paris, les facteurs, dans l’intérêt des correspondants, sont transportés dans dos voitures analogues aux omnibus, qui suivent tous les jours le même itinéraire dans les rues les plus importantes de la ville. Chacun a sa place marquée , et descend lorsqu’il arrive à la circonscription (pie lui assigne le règlement. La banlieue est desservie par des tilburys de

poste, qui transportent aux bureaux des communes auxiliaires les lettres (pie ceux-ci doivent transmettre à leur tour aux facteurs ruraux. Ce dernier service est ordinairement fait par adjudication. Autrefois les expéditions dans les départements avaient lieu par les malles-postes, voitures déformé particulière, chargées à l’arrière d’une caisse oii l’on introduisait les dépêches au moyen d’une sorte de refouloir. Ces malles-postes appartenaient à l’administration ou aux entrepreneurs; mais les chemins de fer, qui rayonnent déjà dans presque tous les sens autour de Paris, tendent à faire entièrement disparaître ce système qui nous semble déjà de la routine. En effet, n’était-ce pas pitoyable? 11 y a douze ou quinze ans, le courrier, par un temps favorable, mettait huit jours de Paris à Marseille; aujourd’hui la Cannebière et les boulevards ne sont qu'à la distance de quarante-huit heures, et demain peut-être, après avoir déjeuné le matin au chocolat chez /Pignon, vous pourrez dîner à Lyon et terminer la journée par un réveillon nocturne à la Réserve de la colonie phocéenne. Le matin, votre journal quotidien et votre bavaroise ; à deux heures, les poissons du Rhône sautant du fleuve dans la poêle et de la poêle dans l’assiette ; le soir, une contremarque au grand théâtre de Marseille, une glace chez Bodoul, et un souper avec des écrevisses et des langoustes pêchées en vue du port.

Le personnel de la poste comprend le directeur général et les divers chefs de bureau, placés sous ses ordres, dans 1 administration centrale; des inspecteurs résidant dans chaque département; des directeurs, dont le traitement varie selon l’importance de leurs bureaux; des commis de six classes différentes, des surnuméraires, des facteurs de ville et des facteurs ruraux.

Le type des facteurs est plein d’originalité. A la ville, c’est un être en uniforme, chapeau et bottes cirées , habit à boutons de métal ; il roule en voiture, frappe à toutes les vitres de concierge, et trouve parfois quelque bonne sensible, quelque femme de charge encore à l’âge ambigu, pour exercer sa verve galante et fournir matière à ses compliments. D’autres fois, il a une famille, demeure au cintième, et, comme le Moinot immortalisé d’un trait de plume par lîalzac, se met au service des amants généreux pour tout ce qu’il peut faire, mettant à part sa conscience et ses devoirs administratifs. Pour lui, néanmoins, la médaille a un

revers : souvent, au lieu de se tenir chaudement, comme M. le directeur, comme tous les employés sé dentaires, à l’exception du surnuméraire infortuné (pii grelotte au guichet, il lui faut courir la ville entière au milieu de la neige, braver la pluie, la glace , venir à l’heuçe, et se hâter : la distribution n’attend pas. Le facteur jouit du privilège de fournir chaque année au Parisien, au prix de un à cinq francs, un almanach qui ne vaut pas toujours vingt-cinq centimes.

Le facteur rural vit plus indépendant. Il est vêtu et couvert à sa guise ; il voyage en sabots par la campagne , qui, plus hospitalière que la ville, h i offre au besoin vingt asiles. Le sac aux dépêches sur sa blouse, le fusil en bandoulière, il se livre très-souvent au plaisir inventé par Nemrod, qui fut grand chasseur devant le Seigneur ; très-souvent aussi, des pratiques biei veillantes le retiennent, et il mange, il boit, il réveillonne en tournée, en dépit des règlements. Nouvelle preuve que le bonheur ici-bas n’est guère qu’au bas et au haut de l’échelle: foin du milieu !

Nous compterons encore dans le personnel de la poste les inspecteuis extraordinaires attachés à la cour des comptes, qui vérifient à l’improviste les travaux des divers administrateurs, (t les commissaires chargés du transport des dépêches par voie de mer. Tous ces employés rentrent assez bien dans le type généralement uniforme de la bureaucratie. Hauts et puissants seigneurs, messieurs les dignitaires de l’admitration centrale sont , comme partout , gens aimant leurs aises , ne se dérangeant qu’à leurs heures , se prélassant sur le cuir de leur trône élastique , et signant la besogne mâchée, arrangée, apprêtée par un commis à maigres appointements. Les inspecteurs jouent encore, comme partout, le rôle de croquemitaine, si pareil mot n’était pas fait pour révolter

Facteur rural.

leurs oreilles ; leurs visites sont des impromptus longuement médités, des surprises prévues à l’avance. Ceux qu’envoie la cour des comptes, les plus terribles de tous, se bornentà de légères critiques, heureux de prouver qu’ils sont nécessaires, quand la preuve se borne à relever une erreur de deux centimes dans la recette, ou un retard de quelques heures dans l’envoi. Quant aux directeurs , bon nombre d’entre eux appartiennent au sexe (pii se plaint de ne pouvoir manger à son aise au râtelier du budget : les autres sont l’honneur de la classe esti-

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