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peintures qui ornent les appartements célébrés de tel grand poëte de nos jours révéleraient seules, par leurs qualités de couleur et de dessin, le caractère dominant des vers de ce poète, de même on pourrait conclure du goût de M. Thiers dans les arts a son goût littéraire; de sa préférence en fait de marbres et de tableaux, à ses inclinations en fait de style et de composition. Nous donnons ici une vue de son cabinet.

L’aspect général de ce cabinet , comme on peut s’en convaincre de visu, est d’une distinction sévère, d’une élégance noble et relevée. En présence de ces objets d’art, on sent qu’un goût exquis a dû présider à leur choix, à leur réunion, à leur disposition ; il y a là aussi un fanatisme de belle simplicité.

Quittons maintenant le cabinet de M. Thiers; pénétrons dans la riche galerie de M. le comte de Pourtalès-Gorgier.

Avant d’y pénétrer, arrêtons-nous un instant devant l’habitation qui la contient et dont la façade, d’un style élégant, est l’œuvre d’un architecte renommé à juste titre pour son goût. La disposition subordonnée des étages secondaires par rapport a tage principal, l’opposition tranquille de pleins étendus, servant à balancer les vides des ouvertures, sans parler des détails remarquables de l’ornementation architectonique, forment une discordance complète avec le banal alignement des maisons qui l’avoisinent, leur inévitable division en quatre étages égaux sous corniche et leur mille fenêtres rapprochées comme les alvéolés d une ruche.

Cette façade, rompant d’une manière si marquée la monotone solidarité qui existe partout dansles constructions de nos rues, est comme dépaysée à l’entrée de la rue Tronchet; son aspect, au premier abord, peut sembler paradoxal au milieu de son entourage; pour ceux qui ont visité l’intérieur, elle est comme un dernier écho de l’impression qu ils ont ressentie à la vue des trésors artistiques qui y sont réunis.

Mais entrons sans plus tarder, et ne nous arrêtons pas

à remarquer le marteau de bronze que notre main soulève sur la porte cochère; et qui est déjà une curiosité.

La destination de cette demeure se révèle dès qu’on a franchi le seuil de la porte. Les parois latérales du portique d’entrée, qui mène à la cour, sont déjà dé¬

corées a

droite et à

gauche

tre deux chérubins, ouvrage du célèbre Lucca délia Robia.

Dans le vestibule sont rangés, à droite et à gauche, trente-huit morceaux tous en marbre blanc, à l’exception de deux ouvrages égyptiens en calcaire et de deux lingams indiens en basalte noir, monuments du culte de Vichnou. Arrêtons-nous devant une statue de Y Amour essayant son arc, belle répétition antique d’un ouvrage qui parait avoir été très-célèbre , car il a été reproduit de bien des manières, en sculpture, en médailles et sur les pierres gravées. On cite parmi ces dernières une cornaline intaille donnée à madame de Beauharnais par le général Bonaparte. L’original de cette statue était-il la belle statue en bronze (pie Lysippe lit pour les 1 hespiens, ou, connue d’autres l’ont prétendu, la fameuse statue en marbre, chef-d’œuvre de Praxitèle, que celui-ci donna par surprise à la courtisane Phryné, et que celle-ci donna à son tour à Sespies, sa ville natale. Car, par une singulière bonne fortune, les 1 hespiens, qui , de toute antiquité, avaient eu une grande vénération pour 1 Amour, possédaient pour statues de ce dieu les ehetsd’œuvre des deux grands sculpteurs de la Grèce. Leur

de statues et de frag¬

ments antiques en marbre, au nombre de trente-deux, provenant des collections Choiseul, Fauvel , Mazois, Dodwell, Mimant, de la Malmaison, etc., parmi lesquels nous citerons seulement une statue cuirassée de l’empereur Auguste représentée dans le mouvement d'un homme qui fait une allocution. Cette statue, qui a appartenu au cardinal de Richelieu et était alors placée dans le magnifique château que ce ministre possédait en Touraine, a fait de nos jours partie des antiquités réunies à la Malmaison. Elle a été gravée dans le Musée de sculpture antique et >nodertie de M. le comté de Chirac. Au-dessus delà porte d’entrée du vestibule, comme pour signifier que les cOlléétlons de M. de Pourtàlès fié sont pas exclusivement consacrées à l’archéologie grecque et romaine, mais qu’elles contiennent aussi des œuvres de la renaissance, se trouve placé un bas-relief en terre cuite émaillée, représentant la Vierge et l’enfant Jésus en-

\ lie extérieure de l’hôtel de M. le comte l ourtalcs.

première statue de l’Amour, dans un temps où ils n’y entendaient probablement pas finesse, n’était rien autre chose qu’une pierre toute brute. Ils n’avaient pas perdu pour attendre. Mais le Cupidon de Praxitèle leur fut plus tard enlevé par Caligula; Claude le rendit à leur prières; enfin définitivement enlevé par Néron, qui le fit placera Rome sous le portique d’Qctavie, il y périt dans un incendie. Due d’agitations autour d’une statue ! Ces spoliations brutales n’ont rien, du reste, qui doive nous étonner; des souverains qui dépouillent des villes, cela est tout à fait de notre temps; ce (pii en est moins, c.’est que les courtisanes reçoivent de pareils éadeaux, et, ce qui n’en est pas du tout, c’est qit’après les avoir reçus, elle ne les gardent pas pour elles. Quoi qu’il en soit, on comprend, d’après ce que nous venons de dire de la statue de Praxitèle, et c’est pour cela que nous nous sommes laissé aller au plaisir d'en rappeler 1 histoire, combien il serait intéressant de savoir si c’est l’original de la statue de l’Amour essayant son arc. Malheureusement la science archéologique ne peut pas nous répondre d’une manière satisfaisante. On est réduit aux conjectures. On sait seulement (pie plusieurs copies de la statue de l’Amour essayant son arc existent en Europe. On distingue particulièrement, avec celle de la collec¬

tion de 1VL le comte dePourtalès, apportée d’Espagne en France par Lucien Bonaparte, celle du musée du Capitole, et celle du musée britannique, qu’on prétend être la plus belle. Quant à celle qui exista à notre musée, salle de Psyché, elle nous paraît d’une mignardise molle et incorrecte, qui semble trahir une œuvre de la décadence de l’art grec. — Avant de quitter le vestibule, oii bien des statues et des bustes pourraient nous retenir trop longtemps , disons un mot de deux bas-reliefs qui ne sont pas sans mérite. Le premier, sculpté sur le devant d’une urne cinéraire, représente Phèdre recevant, dans son désespoir, les secours d'OKnone et d’une autre femme ; l’Amour, dans l’attitude d'un génie funèbre, s’appuie tristement sur les genoux de sa victime. En face de ce groupe, Hippolyte , ayant près de lui deux chasseurs , détourne la tête , comme saisi d’horeur de l’aveu qui vient de lui être révélé par une tablette pliée qu’il tient encore à la main. Le deuxième bas-relief, dans un style imité de celui des anciennes écoles, représente Bacchus tenant un fhyrse et suivi de trois déesses. Ce monument appartenait jadis à l’Académie des inscriptions et belles-lettres d oii il fut porté au

musée des monuments français, et ensuite au château de la Malmaison. — L’escalier, également décoré de statuettes et de btlstes, aboutit, au second étage, à un palier qui donne accès, en face, aux appartements particuliers, et à droite, à la galerie; audessus de la porte d’entrée de laquelle est placée l’inscription suivante : « Artium qraphicannn etc ornni pente, oMhi æro supellex : Collection des arls graphiques de toutes les nations et de tous les temps. » Avant d’y entrer, tournons nos regards vers une des parois de la cage de l’escalier, où est fixée une grande toile peinte par David, en 1817, à Bruxelles, et représentant YÀihour quittant la couche où Psyché repose endormie. Cette peinture est intéressante en ce qu’on y voit les efforts que faisait, pour monter son coloris, à cette dernière période de sa vie passée dans l’exil, le grand artiste, entraîné par les excitations de l’école flamande, dont il retrouvait partout les modèles autour de lui. Cette composition brille par cette simplicité vraie qui séduit dans les œuvres des grands maîtres , mais la ligne n’y a pas l'exquise finesse qui conviendrait pour rendre des dieux de l Qlympe; et particulièrement dans la figure de TAlflour, le dessin a contracté quelque chose de vulgaire; il semble que David ait dû être puni dans la partie caractéristique de son talent des vains efforts qu’il tentait pour s’élever jusqu’à la couleur.

La vue intérieure de la galerie, qtie notis donnons ici, nous dispense d'en décrire l’ensemble. Parmi environ deux cent cinquante tableaux de toutes les écoles, qui font partie de cette collection, nous en signalerons seulement quelques-uns qui nous ont particulièrement frappé : Léonaud de Vinci : la Vierge à mi-corps et l’enfant Jésus, admirable tableau qui a longtemps décoré le palais des rois d’Espagne. — Giov. Bellini : une Vierge et un enfant Jésus* tableau qui fut légué par testament au célèbre Canova parle cardinal Rezzonico. — Antoinello de Messine : portrait en buste d’un homme d’aspect sévère. Sur une traverse en pierre qui termine le bas du tableau est figuré un petit papier déplié, sur lequel on

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