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CHAPITRE LVI

LES HABITATIONS MODERNES

lit : 1175, Antonellus Messaneus me pinxit. Ce portrait, cité par tous les biographes de ce peintre, appartenait autrefois à la maison Marinengo de Venise. Antoine de Messine passe, connue on le sait, pour

avoir appris directement le secret de la peinture à l'huile de Jean Van-Eyck, qui en fut l’inventeur. Les dates permettent de contester ce fait, peut-être légèrement admis; mais ce qui parait certain, du moins

1 épitaphe placée sur son tableau à Venise, et que nous a conservée Vasari , le dit positivement, c’est qu'il fut le premier à pratiquer la peinture à l'huile en Italie. On conçoit d’après cela le vif intérêt qui

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s’attache à ce portrait/ Les cils, les poils de la barbe, les pores de la peau, les plis des lèvres y sont rendus avec une finesse d’outil remarquable. Cette peinture, exécutée par glacis, est d’un coloris chaud et vigou-

15 Cent. LA LIVRAISON. — 151e Livr.

Vue intérieure de ta galerie de M. le comte Pourtalès.

reux, mais d’un procédé simple et surtout très-borné dans l’emploi du clair obscur, comme dans toutes les peintures de cette époque. — Palme le Vieux : la Vierge et L'enfant Jésus sur ses genoux; devant elle,

Ain bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60

saint Étienne, saint Ambroise et saint Maurice. Une tête d’homme, placée derrière la Vierge, fait la seule différence qui existe entre cet ouvrage et un autre du Titien, appartenant à notre musée. — Guide :

paris — typ. de firmin didot, 56. RUE jacoB' 20 C. par la poste,

Madeleine, répétition de celle du Louvre. — Titien : première esquisse du Couronnement d'épines.

— Allori : Judith ; belle composition plusieurs fois répétée par le peintre. On pense qu’il a réprésenté sous les traits de Judith la Mazzafirra, sa maîtresse.

— André del Sarte : un portrait d’une exécution médiocre, mais curieux en ce qu’il représente la femme de ce peintre, pour qui il dissipa follement les sommes considérables que François I" lui avait confiées pour acheter des objets d art. Ce tableau a été acquis à Florence, où il était conservé depuis trois siècles dans la maison et par les descendants de ce peintre.

Plusieurs tableaux du Dolci, de Carrache, du Dominiquin ; des portraits d’une remarquable exécution par Holbein. — Albert Durer : Histoire de Samson, dessin à la plume, lavé sur papier teinté de gris et rehaussé de blanc, travail dont la finesse rappelle celle du burin. Une inscription placée au bas contient ces mots: Albertus Durer Norenbergensis faciebatpost Virginis partum. 1510. — Quintin Metsys : une femme caresse un vieillard d'une main, et de l’autre présente une bourse à un démon familier. Physionomies rendues avec animation, dans le caractère abject de la passion qui les possède. Travail fin et minutieux du pinceau. — Vel asquez : un tableau représentant un drame mystérieux dont le sujet est resté inconnu : un homme encore jeune, couvert d’une cuirasse noire et la tète nue, est étendu mort au milieu d’une grotte semée d’ossements humains. A la voûte est suspendue une lampe de cuivre qui s’éteint. Cette belle peinture décorait autrefois l’un des palais du roi d’Espagne, où elle était désignée, on ne sait pourquoi, sous le titre de Rolando muerto, Roland mort. —

Plusieurs Philippe de Champaigne. —

Un paysage de Claude Lorrain, morceau capital. — Pour en finir de suite avec les tableaux, nous citerons encore quelques ouvrages qui sont distribués dans les appartements. Grf.uze : une jeune fille tenant un agneau. Charmant tableau connu sous le nom de l’Innocence. Un dessin de Prud’hon, Paris recevant Hélène conduite par Vénus. —

Gérard : portrait en buste de mademoiselle Georges Weimer. — Ingres: la fameuse Odalisque exposée au salon de I S 1 9. Raphaël assis sur un escabeau de peintre et tenant sur ses <renoux la Fornarina, composition répétée deux fois par IM. Ingres, et qui a été gravee par M. Forster. — II . V ernf.t: Rencontre de Thamar et de Juda, dont tout le monde connaît la reproduction par la gravure à l’aquatinte de M. Jazet. — Paul Delarociie : Sainte Cécile. Tableau exposé au salon de 18,97 et gravé pal¬

et de Faustine, provenant du cabinet du duc de Modène, et une tête présumée du jeune Marcel lus; entre ces deux têtes, deux statuettes de Vénus, provenant de la collection de la Malmaison, et qui ont été gravées dans le Musée de sculpture antique et moderne, de M. de Clarac; enfin, au milieu, une tête d’Apollon, fragment d’une statue colossale. Ce chef-d’œuvre de l’art grec, qui faisait autrefois le plus bel ornement de la galerie Giustiniani, à Rome, se rattache par l’élévation du style aux belles traditions des écoles de Phidias et de Praxitèle, mais elle se distingue par une expression de mélancolie singulière qui étonne dans les traits du dieu du jour et de la poésie, et qui est si rare d’ailleurs dans les statues de cette période. Les Grecs, avec leur sentiment si vrai et si délicat, avaient compris qu’il ne fallait pas altérer, qu’il fallait laisser intacte cette splendeur de la vie, cette tranquille majesté de la forme qui se raconte elle seule, et que la peinture de l’âme et de ses passions ne pouvait que détourner de la contemplation de la beauté extérieure. Un archéologue, cherchant à expliquer l’expression de tristesse de cette tête d’Apollon, a pensé qu’elle pouvait avoir appartenu à la scène des Niobides. Madame de Staël, avec son âme de poète, en a donné une explication plus humaine. « Une tête d'Apollon, au palais Giustiniani, une autre d'Alexandre mourant, sont les seules où les dispositions de l’âme rêveuse et soutirante soient indiquées ; mais elles appartiennent, l’une et l’autre, selon toute apparence, au temps où la Grèce était asservie. Dès lors, il n’y avait plus cette fierté ni cette tranquillité d’âme qui ont produit chez les anciens les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la poésie composée dans le même esprit. » ( Corinne , 1. vin.)

En avant de cette tête et à la place du lion figuré dans la vue intérieure de la galerie, on voit aujourd’hui une admirable statuette en bronze représentant Jupiter, petit chef-d’œuvre provenant de la collection de M. Denon.

Sur une table, placée en face de la cheminée, sont plusieurs écrins contenant environ deux cent cinquante pierres gravées, camées ou intailles, antiques et modernes, qui demanderaient un examen minutieux. Quelques-unes sont des monuments de la galanterie antique, entre autres une agate-onyx avec cette inscription en grec : Aime-moi , lu t en trouveras bien , paroles fragiles, probablement aussitôt oubliées que dites, et qui sont encore là après deux mille ans.

Deux écrins contenant des bijoux antiques intéresseront la curiosité des dames au moins autant que celles des antiquaires, et rectifieront les idées de ceux qui se font une idée exagérée de la supériorité de la

Paris recevant Hélène conduite par Vénus, dessin de Prud’hon.

vue intérieure) est un Jeune suivant de Bacchus foulant les raisins qui emplissent un cuvier; cette statue, en marbre de Carrare, est de M. Bartolini, de Volterra, ainsi que celle qui lui fait face à l’autre extrémité de la galerie, et représente une Bacchante à demi couchée. Cinq morceaux antiques, en marbre blanc, décorent la cheminée : aux deux extrémités, un buste du jeune Annius T'erus, fils de Marc-Aurèle

M. Forster; le cardinal de Richelieu et le cardinal Mazarin; deux tableaux exposés en 1831, et gravés par M. Girard.

La galerie, outre les tableaux qui en sont la prin-

Tête d’Apollon, provenant de la galerie Giustiniani.

cipale décoration, contient aussi une foule d’objets d’art et de curiosité, dont quelques-uns doivent fixer notre attention. La statue placée à l’entrée (voir la

fabrication moderne comparée à celle des anciens; il y a la des bagues et des boucles d’oreilles qui figureraient avantageusement dans les montres de Janisset ; des colliers formés de chaînes en gourmette, des tissus de fils d’or d’une finesse de travail qu’on ne surpasserait pas de nos jours, de délicats ouvrages en filigrane qui rappellent ceux de Gênes. Nous signalerons particulièrement, pour leur élégance, les bijoux trouvés

à Milo et une paire de boucles d’oreilles en forme dite de quart d’orange et garnies de leurs anneaux, formant, avec une paire de bracelets et un collier, la parure d’une femme trouvée groupée avec d’autres personnes dans une maison de Pompéi. Ces bijoux, une charmante épingle de tête en argent, une bague en or sur le chaton de laquelle est gravé un perroquet, emblème singulier et peu galant, une bulle

de praticien, trouvés à Herculanum, avaient été envoyés par la cour de Naples, et faisaient partie de la collection de la Malmaison.

Lue porte latérale, située à gauche et à l’extrémité de la grande galerie, donne accès dans trois cabinets contigus, consacrés: le premier, aux vases grecs en terre peinte ; le second, aux bronzes, aux terres cuites et aux monuments égyptiens ; le troisième, aux curio-

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