I.e Persan
A la fin de ce règne, la bibliothèque se composait de 16,700 volumes.
Sous Louis XIV, la Bibliothèque est accessible au public. Depuis longtemps, la maison des Cordeliers était trop petite pour contenir cette collection de volumes. Colbert la fit placer dans deux propriétés voisines de son hôtel. Les deux maisons situées rue Vivienne avaient été achetées des héritiers Beautra. La translation eut lieu en 1666. La Bibliothèque occupa cet hôtel jusqu’en 1721, où elle fut transportée dans le local qu’elle occupe aujourd’hui, et qui était l’ancienne demeure du cardinal Mazarin.
Nous indiquerons sommairement les principales acquisitions et les présents les plus considérables qui vinrent successivement enrichir ce grand dépôt littéraire.
En 1662, le roi acheta du comte de Brienne trois cent soixante manuscrits sur l’histoire de France.
Le comte de Béthune , chevalier des ordres de Sa Majesté, légua, en 1665, à la Bibliothèque dix-neuf cent vingt-trois volumes manuscrits ; plus de onze cents contenant des lettres et des pièces originales sur l’histoire de France.
Charles d’Hozier, célèbre généalogiste, vendit au
15 Cent. LA LIVRAISON. — 155e tlvr.
roi son cabinet , qui renfermait un grand nombre d’ouvrages curieux.
A ces collections il faut ajouter celles qui provenaient de l’abbé de Louvois, de Colbert, de Dupuy, de Baluze, de Lancelot, de l’église de Paris, de Saint- Martial de Limoges, de Fontanieu, de Lavallière, etc.
En 1790, époque de la suppression des maisons religieuses, la Bibliothèque s’accrut d’un grand nombre de livres manuscrits et imprimés provenant de ces établissements.
Avant la révolution, on évaluait le nombre des livres imprimés , en excluant les pièces détachées , à deux cent mille volumes environ; on y compte aujourd'hui plus de sept cent mille volumes imprimés et pareil nombre de pièces fugitives. La Bibliothèque impériale s’accroît chaque année d’environ neuf mille ouvrages français et de trois mille volumes étrangers.
Dans cinquante ans le magnifique bazar littéraire aura doublé ses richesses.
Mais pénétrons dans ce vaste bâtiment, dont l’aspect noir, austère et enfumé rappelle un peu trop les murailles d’une prison. La porte d’entrée donne dans la rue Richelieu. Après avoir franchi le vestibule, nous voici dans une vaste cour décorée d’une assez laide statue de saint Louis. Un peu à gauche est un vaste escalier tout enjolivé de pierres antiques scellées dans le mur, et portant des inscriptions grecques, hébraïques, assyriennes, égyptiennes. Au premier étage, une salle immense, avec une immense table au milieu. Dans tous les rayons, des livres, et puis des livres encore. Autour de la table, des travailleurs ensevelis sous des remparts de volumes. Celui-ci lit, celui-là écrit, cet autre prend des notes, cet autre feuillette vingt volumes, consulte trente auteurs, interroge trente morts, et, au bout de la séance, qui ne dure que quatre heures, n’a pas eu le temps d’écrire trente mots. Voici un collégien qui entre en caressant la chimérique espérance de lire un roman. 11 le demande timidement au gardien, qui le renvoie à l’administrateur, lequel lui répond qu’on ne lit pas de romans à la Bibliothèque impériale. — Monsieur, dit un autre, je voudrais avoir tel livre... — Il n’y est pas, il est soi ti, — et tout est dit. Ces trois mots : Il est sorti ! résonnent comme un glas à l’oreille du postulant. En effet, on prête des livres aux savants, aux littérateurs en renom, aux hommes politiques. Ceux-ci les gardent six mois. Ces livres prêtés sont ordinairement les ouvrages rares qui ne se trouvent qu’à la Bibliothèque impériale; et voilà un pauvre diable de travailleur forcé de se contenter de la formule sacramentelle : Jl c-t sorti!
La Bibliothèque a ses habitués : quelques vieux savants qui n’ont rien publié et qui méditent pendant trente ans un grand ouvrage destiné à rester inédit; quelques femmes de lettres, muses échevelées à leur printemps, et qui se sont réfugiées dans le Tempé scientifique à l’heure solennelle do la maturité ; puis des jeunes gens qui travaillent sérieusement, et qui ont toujours besoin de remonter aux sources. Voici le Persan, ce personnage extraordinaire, qui passe son temps à méditer sur un immense in-folio depuis plus de vingt années. Ce Persan, peut-être un sage de son pays, envoyé chez nous pour étudier nos lois, nos sciences et nos mœurs, n’est pas tout à fait comme son ancien collègue Bias; il porte toujours dans la rue deux bouquins sous son bras gauche, et il tient à la main droite ce meuble occidental que nous appelons un parapluie. Le Persan est un meuble de la Bibliothèque. Il ne manque pas d’y venir passer chaque jour les cinq heures de séance ! Voilà un étranger qui doit être bien désœuvré le dimanche !
Avant 1789, la Bibliothèque se divisait en cinq dépôts; les livres imprimés , les manuscrits, les médailles et les antiques, les gravures , les titres et généalogies. Ce dernier dépôt a été supprimé.
La collection des manuscrits occupe cinq pièces, dont une est l’ancienne galerie du palais Mazarin. Le plafond peint à fresque, en 1651, est l’ouvrage de
Aux bureaux de l’IHmtration.rue de Richelieu, 60.
Romanelli; il représente plusieurs sujets de la Faille. Les manuscrits sont divisés par fonds, parmi lesquels on distingue ceux de Dupuy, de Bethune, de Gaignières, de Mesmes, de Colbert, de Doat, de Cangé, de Lancelot, de Balme. Le nombre des manuscrits est évalué à quatre-vingt mille. Les plus curieux sont ceux des sixième et septième siècles. Ils sont écrits en or, sur du vélin pourpre, ou en argent sur parchemin noir.
Le cabinet des antiques et des médailles est aussi fort remarquable. François Ier possédait vingt médailles en or et une centaine en argent. Il les fit, enchâsser dans des ouvrages d’orfèvrerie. Henri II joignit aux médailles qui avaient appartenu à François Ier celles qui composaient la riche collection apportée d Italie par Catherine de Médicis. Charles IX augmenta ces richesses, et leur destina un local particulier au Louvre. Louis XIV rassembla les collections disséminées dans les résidences royales et créa au Louvre le cabinet des antiques.
Niais, en 1666, l’abbé Bruneau, gardien des médail-
Un vieux savant.
les, fut assassiné au Louvre. Les meurtriers s’emparèrent d’une partie de nos richesses numismatique^. Peu de temps après la collection fut transportée à la Bibliothèque royale.
En 1831, le cabinet des médailles éprouva de nouvelles pertes. Une tentative de vol fut accomplie avec une étonnante audace. Des objets rares et précieux furent enlevés. Il résulte d’un état dressé par les conservateurs que le nombre des médailles dérobées et non recouvrées s’élève à deux mille sept cent soixantedeux. Cependant cette collection est encore très-riche aujourd’hui, puisqu’on compte dans ce cabinet plus de quatre-vingt mille médailles.
Tout dernièrement, l’émir Abd-el-Kader eut la curiosité de visiter cette collection.
L’émir se rendit donc à la Bibliothèque, accompagné du général Damnas et du commandant Boissonnet; il fut reçu par MM. les administrateurs, et, après avoir traversé la grande galerie parallèle à la salle de lecture, il arriva directement au cabinet des médailles, où il était attendu par le conservateur, M. Lenormant. Il demanda immédiatement qu’on voulût bien lui montrer les monnaies des califes et des sultans des nombreuses dynasties arabes d’Orient et d’Occi-
PARIS. TYP. DE FIRM1N DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
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dent ; l’employé chargé du classement de cette partie de la numismatique fit successivement passer sous ses yeux les médailles les plus rares et les plus curieuses de ces princes ; Abd-el-Kader lut singulièrement frappé de la richesse de cette collection, qu'il examina en entier avec tout l’intérêt d un homme véritablement lettré; au sujet d un tait il rappelait une date, au sujet d’une date il rappelait un fait, même dans les époques les plus reculées de l'histoire musulmane; il s’arrêta quelque temps à examiner les monnaies émises par le général arabe Mousa-hen-Noseir, qui le premier soumit l’Afrique et l’Andalousie, et rappela en quelques mots l’histoire de cette merveilleuse conquête; enfin, de médailles en médailles, il arriva jusqu’aux cartons qui contiennent la monnaie frappée par lui-même dans sa ville de Takedem.
Il fut visiblement ému à cette vue; après avoir lu tout haut la légende qu’elle contient, il remercia le conservateur de lui avoir donné une place en si bonne compagnie.
Avant de quitter le cabinet des médailles, Abdel-Kader laissa sur un album destiné à recevoir les noms des visiteurs illustres de cet établissement, les quelques lignes dont nous reproduisons le fac-similé et dont suit la traduction :
« Gloire à Dieu unique.
« Je suis entré chez monsieur Lenormant, gardien du cabinet des monnaies anciennes concernant tous les peuples; j’ai été étonné du soin avec lequel il conserve ces objets; en effet il tixe, au moyen de ce secours, la chronologie des peuples; et cette chronologie est plus solide que celle indiquée par les livres; car l’insecte ne mord pas sur la date inscrite sur l’or* comme il ronge la date inscrite sur des feuillets. Salut de la part d’Abd-el- Kader ben Mahv-din. le septième jour avant la tin de MoHarram de i'année I2(;î). »
Du cabinet des médailles, l’émir se rendit au cabinet des manuscrits, dont Al. iteinaud, conservateur des manuscrits orientaux, lui montra les immenses richesses.
Voici la traduction de la légende arabe qu’on lit sur lit monnaie d’.Abd-el-Kader :
lre face : i'rnppè. à Tah-dem, 1250.
2,ne face : Seiyvcttr, dclirre-hotis, d fais que par la t/rdcé non s puissions mourir )nusulm ans.
Dans la pièce affectée aux livres de géographie, on voit deux globes immenses. Ils furent commencés à Venise par Alarc-Vincent Coronelli , d'après l’ordre du cardinal d’Estrées, qui en lit hommage à Louis XIV.
Sur des lames de cuivre doré, le cardinal d’Estrées fit graver deux inscriptions; voici celle du globe céleste :
fhèque n’est plus en rapport avec les richesses qu’il renferme et les richesses qu’il est appelé à renfermer.
La Bibliothèque possède aussi une curiosité très-Visitée par les étrangers, nous voulons parler de la Chambre des liais deThoutmès 111.
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Autographe et pièce (le monnaie d'Abd-el-Kauer.
il y a quelques années, un de nos compatriotes, M. Prisse, d’Avesnes, remonta le Nil jusqu’à Thèbes, avec le projet d’aller arracher au vandalisme turc la Salle des Ancêtres du roi Thoutmès III.
Ce monument remarquable, l’un des plus précieux de l’histoire égyptienne, allait subir le même sort que tant d’autres ; déjà même les murs contigus qui le
A L AUGUSTE MAJESTE DU LOUIS JLE G li A !\ D ,
l’invincible , l’heureux ,