CHAPITRE L1X. — LES* MINISTERES
d’Athènes et les bibliothèques sont comprises dans sa juridiction.
Le ministère de l’intérieur, doublé de l'ancien ministère de l’agriculture et du commerce, est tellement étendu, que nous ne pouvons que transcrire ici la désignation des divisions dont il se compose :
Cabinet du ministre ou direction centrale ; direction des beaux-arts; administration communale et particulière; comptabilité; agriculture; commerce intérieur; commerce extérieur; haras.
Le nombre des institutions qui en dépendent est aussi très-considérable : administration des lignes télégraphiques ; archives impériales; direction des musées ( Louvre , Luxembourg, Versailles, hôtel de Cluny); École des beaux arts; de Rome; Conservatoire de musique ; des Ar. s et métiers; maisons de Charenton, des Sourds-muets de Paris et de Bordeaux , des jeunes aveugles , des enfants trouvés ; Écoles d’agriculture, d’Alfoit, etc.
Le ministère de la justice, place Vendôme, comprend les affaires civiles et criminelles, les grâces, les pensions, le sceau ; de cette administration relève la Cour de cassation, la Cour des comptes et l’organisation judiciaire de toute la France.
Voici encore de petits ministères :
celui de la marine et des colonies , rue Royale Saint-Honoré, avec le conseil d’amirauté, réglant le personnel et le matériel de la flotte, dirigeant les services administratifs et les colonies autres que l’Algérie. Il y a, en outre, le bureau de comptabilité générale, d’où dépendent les invalides de la marine.
Le ministère de la police générale, rue de Varennes, est de même date que le ministère d'Etat. Ses attributions, qui ne sont pas parfaitement définies encore , comprennent la police générale et la police particulière; la partie la mieux établie, c’est la direction de l’imprimerie, de la librairie et de la presse, instituée pour surveiller les publications de toute nature et pour tenir en bride la presse périodique.
Enfin, le ministère des travaux publics, situé rue Saint-Dominique Saint- Germain, comprend le personnel, la direction des ponts et chaussées et celle des mines; l’École impériale des mines, l'École des ponts et chaussées, et celle des mineurs de Saint-Étienne, en font partie.
Les divers ministères, indépendamment de leurs attributions particulières, possèdent tous un service de comptabilité centrale et de comptabilité intérieure, dont les calculs sont vérifiés par la cour des comptes. La recette et la dépense , tel est leur point de contact qui les joint les uns aux autres.
Depuis le gouvernement de décembre, la mode est aux fêtes ministérielles; c’est ainsi que M. le ministre de la guerre donnait, le 11 février 1852, un bal merveilleux dans les salons de cet hôtel de Brienue dont les splendeurs datent de l’ancien régime. On parla de six mille invitations dont les titulaires auraient tous répondu à l’appel, de sorte que, vers onze heures, cette vaste demeure était bourrée comme un canon, au risque d’éclater comme un obus. La société la plus distinguée, les uniformes les plus resplendissants, les toilettes les plus ravissantes, et les dames idem, cela va sans dire. Au milieu de ce beau monde figuraient la plupart de MM. les ministres, qui paraissaient soucieux et un peu embarrassés apparemment de ces magnificences, et de savoir comment il leur serait possible de les égaler. Nous glissons sur le dénombrement des illustrations de l’ar¬
mée, pour constater ce détail qui est une attention toute spéciale de M. de Saint-Arnaud, à savoir qu’indépendamment des officiers supérieurs de la garnison de Paris, chacun de ses bataillons et escadrons était représenté par un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant. Au milieu de ce torrent d’épaulettes, on distinguait la diplomatie étrangère au frac noir, ornée de toutes les étoiles du monde connu, et l’élite de nos fonctionnaires civils dans tout l’éclat de leurs nouveaux costumes. On a compté jusqu’à seize cents femmes assises dans leur beauté et leurs dentelles, et faisant feu de tous leurs diamants : voilà pour le coup d’œil général. Quant au contenant, il n’était pas moins resplendissant que le contenu. On a trop dit que ces grandes fêtes officielles se ressemblent toutes par les ornements : celle de M. de Saint-Arnaud tranchait sur cette uniformité d’une manière à la ois sévère et pittoresque. Grâce aux symboles guer-
Ft'te donnée par le ministre des travaux public-, le 24 mai 1852. — La sal e de danse
riers qui les décoraient , ces salons étaient d’une magnificence toute spéciale.
Le principal figurait un camp par sa forme et ses dimensions. Sous une tenture de coutil rehaussé de rouge, on voyait reluire les murailles cuirassées d’armes en faisceaux et de panoplies ; à chaque angle se dressaient des trophées gigantesques; en bas, la salle semblait enserrée par une grille formée de fusils entrelacés; les colonnades des portes étaient des canons, des pistolets d’arçon formaient leurs chapiteaux. La pendule de la cheminée était un petit parc à boulets, chaque vase était un obus, la glace était une étincelante croix d’honneur. 11 faut renoncer a décrire le lustre du milieu, soleil immense au milieu de ces éclairs, et dont chaque rayon s élançait du canon poli d’un mousquet.
Deux mois après ce bal, c’était la fête diurne etyèraine donnée dans le jardin de l’hôtel des travaux publics par M. Lefebvre-Duruflé. Offrir à ses invités un bal en plein air et le spectacle en plein vent ,
sans autre luminaire que le soleil, l’idée était originale, et elle réussit complètement. Figurez-vous un vaste carré planté d’arbres, dessiné çà et là en jardin d’agrément, et orné d’un gazon... en herbe, voilà l’emplacement. Au centre, et faisant face à un pavillon ornementé pour la circonstance, était dressé le théâtre, dont deux ou trois rangées de banquettes figuraient la salle sub Dio; seulement un immense vélarium, qui semblait accroché au ciel, couvrait les spectateurs de son ombre flottante. Mais, dites-vous , la salle du bal? Vous y étiez, les banquettes enlevées; et voici l’orchestre de Strauss qui, du haut d’une estrade voisine, envoie aux assistants des bouffées d’harmonie, en attendant mieux. En dehors de cette enceinte ombragée, où deux mille personnes circulaient à l’aise, un autre jardin, séparé du principal par un mur d’appui, s’ouvrait comme débouché au service de boucha. Sur ce point, il y eut pendant quelques instants encombrement de gastronomes, l'historien doit le reconnaître ; mais, grâce à l’ordonnateur, qui avait tout prévu, un buffet supplémentaire, abondamment garni et dressé à l’autre extrémité du jardin, lut désigné comme dérivatif à ce Ilot de gourmets, qui courut s’y noyer. A trois heures, le coup d’œil était charmant ; l’aspect de ces dames , dans leurs toilettes printanières , sans diamants ni dentelles , jeunes la plupart, et presque toutes jolies, faisait rêver l’idylle, quand la tenue de ces messieurs ne vous jetait pas trop brusquement dans l’épopée. Un n’avait jamais vu tant de constellations en pleine fête soi-disant foraine. Quelques uniformes militaires tranchaient à peine sur cet alignement de fracs étoilés. Assurément l’habit noir, si ellàcé dans les fêtes nocturnes, aura pris la une éclatante revanche sur les épaulettes. Il faut rendre au bon goût de M. le ministre cette justice, qu’il avait également réparti la faveur de ses invitations entre la cour et la ville : la fraternité était partout et l’exclusion nulle part. L’administration , l’armée, la magistrature, la diplomatie, chaque ordre de fonctionnaires avait fourni son contingent de notabilités. Les arts , la science, la banque ou le haut commerce, les théâtres, la littérature, le journalisme même y étaient noblement représentés; mais nous nous abstiendrons de citer des noms propres.
Pour ceux qui pourraient désirer d’autres renseignements , nous ajouterons que le programme de la fête, qui faisait les plus belles promesses, a scrupuleusement tenu tout ce qu’il annonçait.
| En fait de plaisirs, le grand art, c’est la variété, et il y en a eu pour tous les goûts et pour tous les âges. Les loteries, les marionnettes, les chansonnettes n’ont été interrompues que par le ballet, qui offrait une association d’exécutants étrange et d’autant plus amusante. Figurez-vous un pas de quatre, dansé par deux gracieuses sylphides de l’Opéra, en compagnie de MM. Hyacinthe et Grassot. A six heures, les danses ont commencé et se sont prolongées jusqu’au soir dans les salons, en dépit de l’orage dont l’ouragan des polkas étouffait les grondements lointains. Ceci est nn essai de kermesse parisienne qui a trop bien réussi pour ne pas tenter les imitateurs, mais on aura beau faire, c’est une grande entreprise, et, pour le soin des détails et leur ingénieuse ordonnance, de même que pour la courtoisie et la bonne grâce de l’accueil, rien ne nous empêche encore de regarder cette fête comme inimitable. Assurément les félicitations qu’a reçues de ses hôtes celui qui la donna ne sauraient être plus sincères ni mieux méritées