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CHAPITRE LIX. — LES MINISTERES

dans les corridors; bouillon fantastique dont l’origine douteuse est un mystère. Les pauvres plumitifs, faiblement rétribués, sont bien obligés de déjeuner selon leurs moyens. Aussi vous les voyez attanies devant une tasse avec des mouillettes dans chaque main; une expression de profonde tristesse est empreinte sur tous leurs traits; ils se reportent mentalement au festin splendide deBalthazar, aux fantaisies gastronomiques de Lucullus; puis, cédant à des impressions plus récentes, ils se rappellent les perdreaux truffés qu’ils ont vus, en passant, étalés chez Yéry. Cette évocation leur rend le cœur gros, mais leur estomac n’en reste pas moins vide. Alors, pour donner un peu plus de consistance à Ce 'maigre repas, ils boivent un grand verre d’eau claire et se remettent au travail.

Toutefois ces pauvres plumitifs, quelque minime que soit leur salaire, sont sûrs, tous les 31 dujmois, de palper, en espèces sonnantes, le fruit de leur exactitude. Mais il est une classe à part, classe essentiellement à plaindre, c'est celle des aspirants. Le surnuméraire au moins, s’il n'est pas payé, a sa lettre ofticielle de nomination dans sa poche; il a la conviction de prendre un jour racine dans la terre privilégiée du budget : ce qui peut arriver peut-être demain, peut êti e dans un an ; cela ne dépend que d’un trait de plume Mais l’aspirant, au contraire, est connue l’oiseau sur la branche; son entrée définitive dépend d'un concours. Chaque matin , en déposant son chapeau, il s’inf aine si la lettre d'examen est arrivée. Il

taxe de Lhomond, résout tous les théorèmes de Legendre, et fait des narrations françaises à faire pâlir le recueil de Noël et Chapsal. Peu à peu la confiance

demande à ses futurs collègues sur

quoi

roulera cette epreuve : on l'effraye à plaisir en exagérant le nombre des matières et la sévérité des juges. Il est déjà tout bouleversé; rentré chez lui, il consigne ses amis à la porte, passe

Surnuméraire se rendant à son bureau

une robe de chambre, tire deux gros verroux, et le voilà, sa tête dans les deux mains, repassant ses études classiques. Il se ferre à glace sur la syn¬

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Préparation à l’examen.

lui revient. Enfin il reçoit sa lettre de convocation, répond à la satisfaction générale, et est nommé surnu- méraire, avec le droit

de travailler pendant deux ans sans rien

toucher . à moins

qu’il ne soit reculé à un autre examen.

Le personnage le plus étranger au ministère, c’est le ministre. Le ministre ne voit que par les yeux de deux ou trois chefs de division ou d’un secrétaire général. Du reste, il ignore à peu près ce qui se passe dans son département. L’homme important d’un ministère, c’est le rhef du cabinet ; le chef du cabinet est généralement un jeune homme bien lancé; il possède toute la confiance de son maître. C’est lui qiii est chargé dé l’importante partie des invitations aux bals et aux dîners ministériels. C’est le despote des petites choses : c’est encore lui , ‘qui décachettë les

lettres intimes , et donne audience aux

gens que le ministre ne veut pas recevoir. La principale attribution d’un chef de cabinet consiste à dorer la pilule d’un refus formel aux solliciteurs éconduits.

La grande prétention d’un chef de cabinet, c’est d'être fort occupé. On se présente dans l’antichambre ; le garçon de bureau vous dit : « M. le chef du cabinet ne peut recevoir personne, il a passé la nuit à travailler avec M. le ministre, et il travaille encore en ce moment. » Si l’on peut parvenir à forcer la consigne, on trouve le chef du cabinet fort occupé... à fumer un cigare en lisant un roman.

Les ministères, qui, depuis le dernier gouvernetnent, ont subi quelques modifications, sont aujourd’hui au nombre de dix. Chacun de ces ministères comprend un certain nombre de divisions, qui se subdivisent ellesmêmes en bureaux. Ce nombre s’élève plus ou moins, selon l’importance des ministères. Voici ces ministères dans l'ordre hiérarchique:

Le ministère d État et maison de l’Empereur, aux Tuileries.

Ce ministère , décrété en principe peu de jours après le 2 décembre 1852 et récemment organisé , sert d intermédiaire entre le pouvoir et les grandes institutions. Il comprend, en outre, la régie des palais impériaux, leur surveillance; les trois manufactures impériales de Sèvres, des Gobel ins et de Beauvais en dépendent. C’est encore le ministère d’Élat qui est en rapport avec la rédaction du Muni leur, et d’oii émanent les pièces officielles, insérées par ce journal, ou communiquées aux autres organes de la presse périodique.

Il relève aussi des cautionnements, décorations, pensions de retraite, de la préparation du budget, de l’ouverture et de la répartition des crédits.

Ce ministère se bifurque en deux grandes divisions : l’une, c’est le secrétariat (jènéial, et l’autre, la direction de % palais et manufactures. Le ministère des affaires étrangères est situé boulc-

Le déjeuner.

vard des Capucines, en attendant qu’il soit installé dans l’édifice construit à son intention à côté du Corps égislatif. 11 a peut-être les attributions les plus im-

portantes, du moins en temps ordinaire ; car il règle les rapports de toute sorte, politiques, commerciaux et diplomatiques de la France avec toutes les nations étrangères. Nous ne pouvons énumérer ici les attributions si nombreuses de ce ministère, relatives au protocole , aux privilèges des diplomates étrangers, a la protection des intérêts français sur toute la terre; aux questions litigieuses sur les successions et autres questions judiciaires, pendantes hors de France : les ambassadeurs, agents diplomatiques, consuls, viceconsuls, en dépendent.

Le ministère des finances, rue de Rivoli, est peutêtre d’une utilité plus grande encore, quoique ses fonctions paraissent moins brillantes. Chargé de régler et de balancer la recette et la dépense, il alimente le gouvernement et lait vivre tous les ministères, avec lesquels il est en rapports journaliers; il faut d’habiles comptables pour se reconnaître au milieu des questions épineuses du con¬

tentieux, du mouvement des fonds, de la dette inscrite, de la balance générale, du contrôle central, etc. Un simple littérateur voit moins clair encore dans toute cette besogne qu'un profane dans le détail

Nouveau ministère des affaires étrangères, quai d’Crsav.

d’un budget. Les directions générales des contributions, directes et indirectes, de l’enregistrement et des domaines, des postes, des forêts, l’école forestière

de Nancy etj l’administration des monnaies, sont du département des finances.

Le ministère de la guerre, rue Saint-Dominique- Saint-Germain, a des attributions plus simples, et doit

une partie de son importance à de nombreuses annexes. Le personnel , les services de l’artillerie et du génie, l’administration, les affaires d’Algérie, le dépôt des cartes et documents, et la comptabilité générale , voilà ses principales divisions. Des comités consultatifs d’état-major, d’infanterie, de cavalerie, de gendarmerie, d’artillerie, de fortifications, lui sont annexés, ainsi que le comité pour l’Algérie, le conseil de santé des armées, les commissions d’hygiène hippique et de travaux publics. Citons encore, parmi ses dépendances, le dépôt et le musée d’artillerie, le service et la fabrication des munitions de guerre, l’Hôtel des invalides, l’état-major général, l’administration de la justice militaire et enfin, plusieurs Écoles : Écoles

d’état-major, polytechnique, d’artillerie et de génie, de Saint-Cyr, Prytanée militaire, Ecole normale de tir et de gymnastique, et enfin les hôpitaux militaires. Le ministère de l’instruction publique, auquel est

Cn liai chez le ministre de la guerre.

adjoint le service des cultes depuis 1848, se trouve établi rue de Grenelle-Saint-Germain, vis-à-vis les bâtiments du ministère de l’intérieur. Il s’étend sur les diverses branches de l’enseignement et des cultes :

le conseil supérieur de l’instruction publique s’y rattache. Les cinq sections de l’Institut, les Académies et les Facultés, le Bureau des longitudes, l'Observatoire, le Muséum d’histoire naturelle, l’École normale, l’École

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