LES PRISONS
1. ancienne Force. — La prison Ma/as. — MM. Decointe et Gilbert, architectes. — Description du bâtiment. — Les prisons de la rue de la hoquette. — Les Jeunes-Détenus. — Les reclusionnaires. — Le dépôt de la Préfecture de police. — Prison de Sainte-Pélagie. — Un prisonnier illustre. — Les condamnés politiques. — La Fourrière. — L’Abbaye. — Les Conseils de guerre. — Organisation des Conseils de guerre. — Les Madelonnettes. — Le couvent des filles de la Madeleine. — Robert Montre — Marie Latrade et Benoîte la Blonde. — Création d’un établissement des Filles repenties. — Saint-Lazare. — Un hôpital de lépreux. — Saint-Lazare pillé le 14 juillet 1789. — Transformât ion de Saint-Lazare en prison. — André Chénier à Saint - Lazare. — Clichy. — Un débiteur saisi. — l.e créancier. — Des préjugés sur les prisonniers pour dettes.
Le nombre des prisons de Paris est de dix, et comprend : le dépôt de la préfecture de police ou salle Saint-Martin, la maison d’arrêt de Mazas, la Conciergerie, les Madelonnettes, Saint-Lazare, Sainte- Pélagie, Clichy, la Roquette, les Jeunes-Détenus et la prison des Conseils de guerre.
La Force. — L’histoire de la Force remonte au treizième siècle. C’était, en 1265, la demeure de Charles d’Anjou, frère de saint Louis. Au siècle suivant, les comtes d’Alençon en devinrent propriétaires, puis l’hôtel appartint aux rois de Navarre. Antoine, le père de Henri IV, le vendit au cardinal de Meudon, qui le tit rebâtir, mais il ne fut achevé que par Réné de Rir ague. Au commencement du seizième siècle, il
appartenait aux d’Orléans- Longueville, comtes de Saint-Paul, ce qui lui valut le nom d’Hôtel Saint- Paul. Il ne prit celui d’Hôtel de la Force qu’en passant entre les mains des ducs de ce nom. A la fin du règne de Louis XIY, cette demeure fut partagée en deux parties : l’une forma l’hôtel de Rrienne, l’autre partie fut acquise en 1715 par les frères Paris, qui la cédèrent au ministre d’Argenson pour le compte du gouvernement; on voulait y établir une école militaire, mais plus tard, sur la proposilion de Necker, qui engagea Louis XVI à supprimer les prisons du For-l’Évèque et du Petit-Châtelet , les détenus y furent conduits au mois de juin 1782. C’est là que furent immolés, pendant les sanglantes journées de la Terreur, l’infor¬
tunée princesse de Lamballe et tant d’autres victimes.
Prison Mazas. — Depuis 4830, l’état de délabrement et de vétusté des bâtiments de la Force ayant éveillé l’attention de l’autorité, on décida la construction d’une maison d’arrêt destinée à la remplacer. L’ordonnance royale qui en autorise la construction est du 17 décembre 1840. Les travaux de cette nouvelle prison , située au boulevard Mazas , furent poussés avec une grande activité par ses architectes, MM. Decointe et Gilbert.
Les constructions consistent, du côté du boulevard, en un bâtiment d’administration avec dépendances et cours, comprenant la geôle, le greffe et les salles de dépôt des prévenus; aux premier et deuxième étages,
Vue extérieure delà prison Mazas (nouvelle Fore*).
les logements du directeur et des employés et la lingerie. La prison proprement dite, entièrement isolée par un chemin de ronde, offre cinq cours ou préaux; six corps de bâtiments rayonnent autour d’une grande salle centrale destinée à la surveillance générale. Le système de la nouvelle maison d’arrêt étant l’isolement de jour et de nuit, les bâtiments ont été disposés de manière a former plusieurs étages de cellules; chacun de ces bâtiments contient deux cents détenus.
Prison de la rue de la Hoquette. — Le dépôt des condamnés, situé rue de la Roquette, sert à renfermer provisoirement les condamnés jusqu’à ce qu’ils soient envoyés au bagne ou dans les maisons centrales de réclusion. Cette prison, construite sous la direction de M. Gau, a coûté près d’un million; elle se «ompose d un bâtiment carré à quatre étages. Au
centre est un vaste préau. Les malades sont traités dans une infirmerie placée à la suite du bâtiment principal , dont elle est séparée par une chapelle. Ce bâtiment est destiné à recevoir quatre cents condamnés.
En face cette dernière prison, et dans la même rue, se trouver la Prison-modèle ou maison des Jeunes-Détenus. Ce batiment présente la forme d’un hexagone précédé et suivi d un parallélogramme. A chaque rencontre de l’hexagone, s’élève une tourelle en saillie. Au milieu se dresse une tour d’un grand diamètre qui domine tout le bâtiment, et d’où rayonent six bâtiments qui viennent joindre la construction de ceinture. Ce bâtiment, qui présente l’aspect d’un vaste château-fort, a atteint parfaitement le but que l’on se proposait : il n’a pas coûté moins de trois millions.
Dépôt de la Préfecture. — Le dépôt près la préfecture de police est une prison provisoire, annexée a 1 hôtel de la rue de Jérusalem. 11 se compose de deux petits corps de bâtiments de même dimension, (pii se rencontrent à angle droit, et dans laquelle les détenus des deux sexes ne séjournent guère qu’un ou deux jours, en attendant qu’ils soient mis à la disposition de l’autorité judiciaire ou rendus à la liberté, selon le résultat d’une première enquête faite par un commissaire-interrogateur. C’est la principale de ces prisons si connues, qui se rencontrent sur tous les points de Paris, et que l’on connaît sous le nom de violons. Un sergent de ville, un chef dp poste, ont le droit d’y fourrer, suivant l’expression consacrée, tout individu qui, à leur jugement , trouble la paix publique, et qui se met ainsi à même de