‹ Tableau de ParisChapitre 151 sur 257 · LES PRISONS · texte numérisé non relu

LES PRISONS

jouir de l’ameublement Spartiate de ces prisons, le pot d’eau, le banc de bois et la vermine dont elle est remplie. Le violon est cependant bien souvent la première station sur la route de Toulon et de Cayenne.

Prison Sainte-Pélagie. — La prison de Sainte -Pélagie, située rue de la Clef, près du Jardin des plantes, était autrefois une communauté religieuse, fondée par Mc de Miramion. On y renfermait les femmes et les fdles débauchées. Celles dont la conduite devenait meilleure y obtenaient un asile séparé. Les bâtiments habités par les premières portaient le nom de Refuge; les autres étaient connus sous le nom de Sainte-Pélagie. On sait (pie sainte Pélagie fut comédienne à Antioche, et devint, au cinquième siècle, illustre par sa pénitence. Cette maison religieuse fut supprimée en 1790. Quelque temps après, les bâtiments furent transformés en une prison. On y voyait encore, il y a quelques années, dans l’aile à droite au deuxième étage, la chambre dans laquelle fut enfermée, pendant la Révolution, madame de Beauharnais, depuis impératrice des Français.

C’est aussi dans cette partie des bâtiments que le poète Béranger a subi la détention à laquelle il avait été condamné, sous la Restauration, à l’occasion de ses immortelles chansons.

Les condamnés politiques y furent longtemps confondus avec tous les autres prisonniers; mais, en vertu d’une ordonnance de police de 1828, on leur affecta un logement séparé. Les débiteurs contraints par corps y ont été détenus jusqu’en 1835, époque à laquelle ils ont été transférés dans la maison spéciale de Clichy.

La Fourrière. — Citons aussi la Fourrière, établissement tout nouveau, bâti dans les environs du marché aux veaux. Ce bâtiment consiste en un vaste hangar, qui sert à remiser les voitures trouvées isolées dans les champs ou les rues, ou bien encore celles dont les propriétaires ont été arrêtés pour quelque méfait de voirie publique. Il s’y trouve aussi des écuries pour les chevaux de ces voitures, et des chenils pour les chiens errants d’une certaine valeur, que la police ne détruit pas tout de suite, dans l’espoir qu’ils seront réclamés,

LA bbaye. — Le pilori de l’ancienne abbaye Saint- Germain des Prés existait encore à cet endroit au seizième siècle. 11 fut remplacé par une prison destinée aux militaires. Le bâtiment, de forme carrée, a trois étages.

Au commencement de la Révolution , l’Abbaye, on le sait, fut le théâtre de scènes affreuses et sanglantes. En septembre 1792, un grand nombre de déte¬

nus, parmi lesquels on comptait des ecclésiastiques, y furent massacrés. Parmi les victimes se trouvaient aussi le comte de Montmorin, de Saint-Hérem, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI, et l’abbé l’Enfant, prédicateur de Joseph II.

Mesdemoiselles de Sombreuil et Gazotte furent également enfermées à l’Abbaye.

Le 10 novembre 1794, madame Roland sortait de cette prison pour monter sur l’échafaud.

On enfermait dernièrement encore à l’Abbaye les militaires coupables d’insubordination ou ayant manqué aux règles delà discipline; mais cette prison est maintenant abandonnée et doit être bientôt jetée à bas.

Conseils de guerre. — Une juridiction criminelle toute spéciale est la juridiction militaire.

La justice militaire est appelée à juger tout délit militaire, c’est-à-dire toute violation de la loi militaire définie par la loi.

Les tribunaux militaires fonctionnent contre tous les militaires en activité présents à leur corps ou à leur poste ; ceux qui sont en congé ou en non-activité sont susceptibles des tribunaux civils, ou ceux encore qui, en activité, ont pour complice, dans le délit ou le crime qui leur est imputé, une personne appartenant à l’ordre civil.

Dans chaque division militaire se trouvent deux

Maison déjà Roquette.— Jeunes-Détenus. Prison de la Roquette. — Reclusionnaires.

conseils de guerre permanents et un conseil de révision, auprès duquel on en appelle, pour les formes de procédure seulement, des jugements prononcés par le conseil de guerre.

Chaque conseil de guerre permanent se compose de sept membres, savoir : un colonel ou un lieutenantcolonel, président : un chef de bataillon ou d’escadron ; deux capitaines; deux lieutenants; un souslieutenant; un sous-officier.

Un officier du grade de capitaine exerce les fonctions de rapporteur près le conseil , il choisit le greffier qui doit l’assister. Le conseil de guerre de la 4re division militaire se réunit à Paris, rue du Cherche- Midi ; une prison cellulaire, de construction toute moderne, a été bâtie en face de l’ancien hôtel qu'il occupe, et est réservé tout particulièrement à son usage.

Nous avons vu dans ces derniers temps, et à la suite des luttes intestines, le conseil de guerre sortir de ses attributions ordinaires, et juger des personnes appartenant à l’ordre civil ; c’étaient celles qui avaient été prises les armes à la main, pendant les différentes insurrections qui ont agité notre pays, ou qui étaient convaincues d’y avoir pris part comme chef ou comme simple instrument.

Cette justice avait été choisie comme étant beaucoup plus expéditive, s’épargnant tous les travaux de procédure et toutes les interminables formalités qui font traîner en longueur, pendant des mois entiers, les affaires criminelles portées devant les tribunaux ordinaires.

15 Cent. LA LIVRAISON. — 165e ET 166e Livr

Par le nombre d’individus qui ont comparu dans ces dernières années devant les conseils de guerre, et que ceux-ci ont condamnés pour la plupart (car la clémence est le moindre défaut des conseils de guerre ), on a pu juger et apprécier la façon habile et expéditive avec laquelle ils terminent certaines affaires.

I,es Madelonnettes. — La prison des Madelonnettes était autrefois le couvent des Filles de la Madeleine. En 1018, Robert Montri, riche marchand de vins, ayant rencontré deux filles de joie, l’une nommée Marie Latrade, l’autre Benoîte la Blonde, qui manifestaient le désir de mener une vie plus régulière, les reçut dans sa maison, située près du carrefour de la Croix-Rouge.

En voyant entrer ces vierges folles, la femme de Robert Montri se prit d’une grande colère et voulut les chasser honteusement; en disant que des concubines d’écoliers et de mousquetaires ne pouvaient que souiller sa maison et y attirer la colère de Dieu. Mais Robert Montri fit entendre raison à sa femme, qui finit par s’apitoyer, et qui garda pendant deux mois Marie Latrade et Benoîte la Blonde.

Trois autres personnes bienfaisantes, le curé de Saint-Nicolas des Champs, un capucin et un officier des gardes du corps, très-pieux, et qui avait lait un voyage au Saint-Sépulcre après une vie assez orageuse, se joignirent à Robert Montri pour créer un établissement de filles repenties.

La marquise de Maignelay, sœur du cardinal de Gondy, acheta en 1620, pour les y placer, une mai-

Aux bureaux de l’Illustration , rue de Richelieu, 60.

son rue des Fontaines, et leur fit un legs montant à 101,000 fr.

Le roi voulut également s’associer à cette bonne œuvre et donna des secours.

Lç 20 juillet 1629, on retira de la Visitation-Saint- Antoine quatre religieuses pour gouverner cette maison, qui, dans la suite, fut divisée en trois classes de filles.

La première, la plus nombreuse, était celle des filles mises en réclusion [pour y faire pénitence. C’étaient, pour la plupart, des servantes de la Bourgogne, en grande partie très-jolies. Elles conservaient l’habit séculier.

La seconde classe était celle des filles éprouvées par la pénitence et qu’on nommait la Congrégation. Elle portaient un vêtement gris. Ces filles passaient leur journée au travail et à la prière. Plusieurs, il faut le dire, après avoir subi la premièrç épreuve, qu’on appelait la purification, ne pouvaient résister au régime de la prison et s’échappaient souvent pendant la nuit pour recommencer leur vie de désordre. On les appelait dans leur monde les tondues, car, en entrant, on avait eu soin de leur raser les cheveux.

La troisième classe, la moins nombreuse, comprenait les filles dont la conversion était sincère. Elles étaient admises à prononcer des vœux.

L’église du monastère fut bâtie en 1680 et dédiée à la Vierge.

Ce couvent, supprimé en 1790, devint propriété nationale et fut converti en prison publique.

PARIS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.

En 1795, on y enferma les femmes prévenues de délits. Cette destination fut conservée jusqu’en 1830.

Les jeunes détenues vinrent ensuite aux Madelonnettes.

Saint-Lazare. — On ignore l’origine de la maison Saint-Lazare. Le plus ancien titre qui mentionne cet établissement est de l’année 1110. C’était un hôpital de pauvres lépreux, sous l’invocation de Saint- Ladre ou Saint-Lazare. Pour soutenir cette maladrerie, le roi Louis le Gros établit, en sa faveur, une foire dont elle touchait les revenus. Louis VII, avant son départ pour la croisade, visita cette léproserie, et y laissa des marques de la libéralité. En 1632, saint Vincent de Paul institua les prêtres de la mission et installa ces religieux à Saint-Lazare. Le principal emploi de cette congrégation était de travailler à l’instruction des pauvres habitants des campagnes. Vers la tin du dix-septième siècle l’établissement tombait en ruines; les prêtres de la mission le firent reconstruire tel qu’il existe aujourd’hui. Le 11 juillet 1789, Saint-Lazare fut pillé, incen dié par une troupe de malfaiteurs ; la milice parisienne, instituée le même jour, v int heureusement arrêter les progrès de la dévastation. En 1793, Saint-Lazare fut converti en prison. On y enferma plus de douze cents personnes. C’est dans cette prison que furent enfermés Rqucher et André Chénier. Ils n’en sortirent que pour monter sur l’échafaud.

Cet établissement est aujourd’hui affecté aux femmes prévenues de délits ou de crimes, ainsi qu’aux filles publiques prises en contravention. La population annuelle de cette prison s’élève de huit à neuf cents.

Clichy , prison pour dettes. — Clichy, ce débarca-

cette amphitrite de tous les soleils ! Celuici n’a mis que deux mois pour arriver dans son tilbury de son appartement de la rue Saint-Lazare à l’hôtel de Clichy ; cet autre, poursuivi par tous les recors,alutté pendant dix ans et a dépensé plus d'activité et de courage pour échapper à ses créanciers qu'il ne lui en aurait fallu pour les payer, puis il a été surpris un beau matin. Cet autre, acquitte dans la solitude des spéculations de bourse; cet autre, après avoir créé et mis au monde une myriade de lettres de change, expie le crime d’avoir laissé sa signature aux Enfants-Trouvés; cet autre, malheureux père de famille, a été arraché à sa femme et à ses enfants pour n’avoir pas su ou voulu faire faillite. Toutes les misères, toutes les folies, tous les malheurs, tous les caprices trouvent leur châtiment, quelquefois immérité, dans une claustration qui, la plupart du temps, ne permet pas aux débiteurs de se libérer envers leurs créanciers.

Les dettes, hélas! ne sont choses divertissantes qu’au théâtre. Depuis que la comédie existe, le créancier est toujours le personnage ridicule de la comédie; dans la vie positive au contraire, dans l’existence sociale, le créancier est une réalité très-sérieuse, en dépit des aphorismes du vaudeville et des sarcasmes de la scène ; les tours charmants que l’on joue à ceux auxquels on doit aboutissent toujours à la prison pour dettes, quand ils ne se dénouent pas devant la police correctionnelle; la captivité ou la déconsidération dominent toutes ces saillies joyeuses.

Cela n’empêchera pas les moralistes de l’Académie et d’ailleurs de déclarer magistralement, comme ils l’ont fait jusqu’à présent, que le théâtre est

Le créancier.

dère de toutes les gloires, de tous les plaisirs, de toutes les folies; ce tabernacle de tous les désastres !

Un débiteur saisi.

Débarcadère du Café de Paris.

< cole, ou, si I on aime mieux, le miroir des mœurs, j irances des prisonniers pour deltes; les badauds qui guinguettes de Batignolles ne manquent jamais de î.p public lui-même ne veut pas croire aux souf- j montent le dimanche la longue rue qui conduit aux dire en passant devant Clichy : — Ah! les farceurs

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