‹ Tableau de ParisChapitre 191 sur 257 · N- VALENTIN · texte numérisé non relu

N- VALENTIN

Un bureau de rédaction de journal

plissage ; c’est un petit roman, travaillé et émaillé de péripéties. Le prototype de cette littérature se trouve ordinairement dans les spirituelles colonnes des faits divers. Voulez-vous un exemple :

« Une découverte qui jette un jour lugubre sur un événement qui remonte à une vingtaine d’années, vient d’avoir lieu dans les environs de Paris. »

Ceci, c’est l’appel à l’attention , 1 efavete linguis.

« Il y a vingt ans, le château de C. était en fête, M. le comte de M. venait d’épouser mademoiselle de B. (Si l’on ne donne que les initiales, c’est pour ne pas trop compromettre les personnages et le château.) Les familles les plus illustres de la contrée avaient été convoquées à cette solennité depuis longtemps attendue. (Quelle habileté dans cette exposition!) Après la bénédiction nuptiale, qui eut lieu dans la chapelle du château, quelqu’un proposa de jouer à cache-cache. (Que faire en effet un jour de noces?)

Cette proposition fut acceptée avec enthousiasme par la bande joyeuse. La jeune mariée alla se cacher comme les autres; mais on eut beau la chercher dans tous les coins, à vingt lieues à la ronde , on ne la trouva pas, elle avait disparu. Cet événement donna lieu aux plus étranges suppositions ; puis peu à peu le temps effaça ce triste souvenir.

« Or, il y a quelques jours, l’intendant du château (le canard et l’Opéra-Comique reconnaissent encore l’existence des intendants) découvrit, par hasard, un grand coffre relégué depuis bien longtemps dans le grenier, il en souleva machinalement le couvercle (. machinalement ). Qu’on juge de sa stupéfaction, lorsqu'il aperçut le cadavre de la jeune mariée encore revêtue de ses habits de noces. Le cadavre était dans un parfait, état de conservation. Il est à croire que la pauvre enfant s’était blottie dans ce coffre, et quelle n’avait pu parvenir à en soulever le couvercle ! »

Le 2 décembre 1831 fit disparaître un assez grand nombre de journaux politiques. De ce nombre, le National, la République, l 'Ordre, le Messager de l’Assemblée, Y Evénement, le Vote universel; le journal le Corsaire a été supprimé l’année dernière par ordonnance du ministre de la police.

La législation actuelle de la presse est très-dure. Outre le cautionnement et le timbre qui frappent les administrations des journaux a la caisse, le gouvernement s’est réservé le droit de suspendre ou de supprimer tout journal qui lui paraît compromettant pour la tranquillité publique. Le ministre de la police donne des avertissements aux journaux qui s’écartent de la voie tracée par le pouvoir. Après deux avertissements, tout journal, s’il s’oublie étourdiment , est supprimé ou suspendu au moins pour deux mois. Une pareille suspension équivaut, comme on sait, à une suppres- | sion.

Clin|il(i'F L^IX>

Page 1