CHAPITRE LXXVI1. — LES ENVIRONS 1)E PARIS (Suite
Colonie agricole de Petit-Bourg. — Costume de travail, hiver et été, des jeunes colons.
Les jeunes colons sont convenablement vêtus. Le .costume quotidien de l’hiver se compose d’un pantalon gris en étoffe de laine, d'une blouse écossaise
rouge et blanche en fil, d’une ceinture de cuir, de chaussons de laine foncés et de sabots ; l’été, le pantalon de laine fait place au pantalon de toile grise; les jours de fête, un habillement complet en drap bleu de roi, avec boutons de cuivre, et un chapeau de cuir, métamorphosent les jeunes travailleurs en marins.
Pour trouver quelques localités qui méritent une description assez étendue dans les environs de Corbeil, nous sommes obligés de sortir un peu de nos limites, et de faire une pointe jusqu’aux approches de Melun. C’estainsi que nous trouverons Viviers etVauxle-Gomte.
Viviers, où ont résidé plusieurs rois, entre autres Charles VI, se recommande par les belles ruines qu’il renferme : ces ruines sont celles d'un vaste château , ou pour mieux dire de toute une enceinte fortifiée, à laquelle se rattachait l’habitation royale. 11 reste du château, à proprement parler, une tour haute de plus de cent pieds, renfermant l’escalier qui devait conduire à une tour plus importante, aujourd’hui renversée, et les murs de la chapelle ; le corps de logis n’offre plus que des débris informes; on y reconnaît pourtant la distribution des murs et des principales pièces. Quant aux fortifications, elles s’étendent jusqu’à un étang voisin, aujourd’hui presque desséché; la tour, qui subsiste encore à l’extrémité, donne entrée dans de vastes souterrains, dont le plus remarquable est un longue galerie voûtée en berceau , à laquelle aboutissent vingt-huit petits caveaux. On suppose que ces derniers étaient des sépultures privilégiées pour les hauts personnages qui mouraient à Vi-
Colonie agricole de Petit- Bourg. — Costumes de dimanche, hiver et été, des jeunes colons.
viers. Ces ruines sont un des plus curieux monuments du moyen âge. Le pays est fort agréable, très-peuplé et bien cultivé : les bois, qui entouraient le château,
sont défrichés et mis en rapport; les ruines imposantes, qui contrastent avec le gai et riant paysage dont elles sont environnées, font l’effet d'un cadavre au milieu d’une nature vivante.
L’illustration de Vaux-le-Vicomte est toute différente. On sait que le château qui a porté ce nom , et qui le porte encore, fut construit par le célèbre surintendant des finances Fouquet. « Ce palais, dit Vol¬
taire, et les jardins, lui avaient coûté dix-huit millions de livres, qui en valent près de trente-six aujourd'hui. Il avait bâti le palais deux fois et acheté trois villages entiers, dont le terrain fut enfermé dans ces jardins
immenses, plantés en partie par le Nôtre, et regardés alors comme les plus beaux de l’Europe. Les eaux jaillissantes de Vaux, qui parurent depuis au-dessous du médiocre, après celles de Versailles, de Marly et de Saint-Cloud, étaient alors des prodiges. Mais, quelque belle que soit cette maison, cette dépense de dix-huit millions, dont les comptes existent encore, prouve qu’il avait été servi avec aussi peu d économie qu'il servait le roi. H £st vrai qu'il s’en fallait beaucoup que Saint-i iermain et fontainebleau. les seules maisons de plaisance habitées par le roi, approchassent de la J)eauté de Vaux. Louis \1V le s.cnfit et en fut irrité. » On sait quelles furent Les suites de la colère du grand roi.
Je n’ai pas à rappeler ici la gloire littéraire de Vaux; c’est là (pie Molière vint jouer pour la première fois ses Fâcheux; la Fontaine, ami et pensionnaire du surintendant, s’imortalisapar son élégie aux Nymphes de Vaux, qui fut à la fois une belle pièce de vers et une bonne action.
Le château actuel est vaste et magnifique: il possède un parc de six cents
arpents et des jardins peuplés de belles statues. On y remarquerait peut-être encore plus d’un écureuil [Four/uct en patois angevin) poursuivi par la couleuvre ( coluber ), armes parlantes des deux adversaires, le surintendant et Colbert, et la devise orgueilleuse qui froissa si vivement Louis XIV : Qità non ascendant ? Oii ne monterai-je pas ?
Entre les deux chemins de fer d’Orléans et de Strasbourg se trouve un assez grand nombre de petits villages et de hameaux auxquels le voisinage de Paris donne de l'intérêt. Nous devons nous arrêter sur les principaux, en partant de Vincennes ; nous trouvons aussi Montreuil, St- Mandé, Charonne, ltagnolet, puis Rondy, Noisy-le- Sec, Romainville, Pantin,
Iielleville et les Prés Saint-Gervais. La plupart de ces localités Sont comprises dans l’enceintecontinuedes fortifications.
tard, il était tellement en mauvais état, qu’en 1337 Philippe de Valois le fît raser, et jeta les fondements du fameux donjon que l'on voit encore aujourd’hui. Ce fut Charles V, célèbre par son goût pour les constructions, qui acheva le château . Henri, roi d’Angleterre, maître d'une grande partie de la France, reconnu à Paris comme souverain légitime, y mourut en 1422. Jusqu’à Louis XI, qui aimait beaucoup Vincennes, les rois et les princes n’y virent qu’une maison de plaisance oii ils venaient se soulacicr et sesbattre ;
Vue du château de Vincennes.
mais, sous ce prince, ce lieu de sou/as et d 'esbattement devint une triste prison d’État. Quelques séjours passagers seuls rappelèrent son ancienne destination: Charles IX y termina une vie agitée par de saoglants remords; Louis XIII fit construire deux grands pavillons, dont l’un était destiné au roi, l’autre à la reine. Enfin, c’est Vincennes que défendait le brave Daumesnil, la fameuse jambe de bois. « Qu’ils me rendent nia*jambe, je leur rendrai le château, » ré-
rial. Au milieu de la face nord, qui regarde le village, il en subsiste encore une; son nom est formidable : la tour du Diable; c’est la principale entrée de la forteresse : elle consiste en un grand bâtiment chargé de toutes les fortifications du moyen ûgp (une herse , des meurtrières, des mâchicoulis, un pont-levis) , qui, si elles ne sont pas entièrement conservées, laissent voir cependant leurs vestiges. Une petite place d’armes, en briques, crénelée, défend l’entrée du pontlevis; ce pont esf double : l’un donpe passage aux
piétons, l’autre aux voitures. Passons sur l’un ou sur l’autre, connue il vous plaira : nous voilà dans la place, munis préalablement d’une permission, sans laquelle nous serions obligés de nous contenter
d’en examiner les dehors.
Ces bâtiments que l’on voit à drojte et à gauche s'adosser aux murs d’enceinte sont d’une construction moderne postérieure à 1830; ce sont des casernes : deux étages s’élèvent au-dessus du sol; chaque étage est voîité, le dernier est recouvert d’un terrassement qui le met à l’abri de la bombe, ce ter.
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