CHAPITRE LXXVI1. — LES ENVIRONS DE PARIS ^ Suite
levis. Quatre tours, faisant saillie sur le fossé aux quatre angles, en flanquent les quatre faces. Hélas! deux tours ont déjà disparu, le fossé est à moitié comblé, le pont avec ses ogives n’existera bientôt plus. Cette caserne casematée, que l’on remarque en entrant, s’était, arrêtée respectueuse au bord du fossé du vieux donjon ; elle est devenue plus hardie : l’espace est franchi. Pendant qu’il subsiste encore, passez sur le vieux pont : voici trois portes , la dernière ne peut s’ouvrir en dedans sans le secours du dehors, ni en dehors sans le secours du dedans; c’est bien une porte de prison. Nous voici dans une cour étroite, sombre; au milieu se dresse le donjon proprement dit; il est carré, avec une tour à chaque angle. On monte à ces cinq étages par un escalier hardiment construit ; le comble forme une terrasse d’oii l'on embrasse un magnifique panorama. C’est là que se promenaient les prisonniers d’État. Était-ce une consolation qu’un horizon si vaste pour un pauvre captif qui ne pouvait franchir les étroites murailles de son cachot '? Mirabeau, détenu, a composé en cet endroit même ses Lettres à Sophie. Diderot a pensé devenir fou en se sentant enchaîné. Là, Jean-Jacques l’a consolé, l'a soutenu , et c’est en retournant à Paris, sous un des grands ormes que vous avez admirés sur la route, qu’il a écrit sa belle prosôpopée que vous savez tous :
« O Fabricius ! que dirait ta grande ombre ? » Les derniers hôtes de ce lugubre séjour furent les ministres de Charles X, et les auteurs de l’attentat du 15 mai LS 18, qui y séjournèrent un certain temps avant de comparaître devant la haute cour de Bourges.
La face du midi de la forteresse est occupée tout entière par une grande caserne casematée et terrassée. Elle relie deux vastes bâtiments de construction royale ; ce sont eux que fit élever Louis XIII. Celui de gauche était habité par le duc de Montpensier, capitaine en deuxième au 4° régiment d’artillerie. 11 logeait dans les appartements d’Anne d’Autriche. Un régiment d’infanterie est logé dans celui de droite.
Pour sortir, l’on peut passer par la porte qui correspond à celle par laquelle on est entré, et qui se trouve au milieu de la face méridionale; elle conduira sur le polygone où se font les différentes manœuvres du régiment d'artillerie.
Une troisième issue passe sous une tour située en face du donjon. Cette porte est restaurée nouvellement; on lui a assez bien conservé son caractère gothique. Le visiteur franchit sur un pont-levis le fossé oriental, et par un talus assez roide, après avoir dépassé une triple allée d’arbres magnifiques, il descend au milieu des nouvelles constructions. Ces constructions consistent jusqu’à présent en 12 bâtiments assez spacieux : 10 sont destinés à servir d’écuries, 2 seulement sont élevés d’un étage avec comble, les 8 autres n’ont qu’un grenier à fourrage. Il restait encore un immense espace vide, qui se trouve aujourd’hui rempli par tout ce qui est nécessaire au casernement de deux régiments d’artillerie; car Vincennes est une école de première classe. C’est là que s’élève l’école de pyrotechnie.
Toute cette étendue se trouve reliée au fort par une enceinte bastionnée entourée de fossés, protégée par un chemin couvert et un glacis ; mais cette enceinte ne ressemble pas dans tous ses détails à celle des autres forts. Ainsi le front oriental seul est terrassé ; au centre de ses deux bastions s’élèvent deux magasins à poudre; aumilieude sa courtine, une porte et un pontlevis établissent la communication avec l’extérieur. Les deux grandes branches, au contraire, ne sont pas terrassées; la banquette, recouverte en bitume, le parapet, sont en maçonnerie; sous cette banquette sont pratiqués des créneaux séparés de trois en trois par les pieds droits des voûtes qui la soutiennent. Les petits bastions n’ont pas ces créneaux; leur terre-plein est terrassé, mais leur parapet est en maçonnerie; à leurs lianes des embrasures permettent l’emploi de l’artillerie. Sur le milieu de chacune des deux courtines les plus rapprochées du fort , s’ouvrent deux portes à double arcade; à leurs côtés sont deux corps de
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garde destinés aux postes de police et aux portiersconsignes.
Ajoutons à ces détails relatifs au fort et au château de Vincennes que les ornements intérieurs de la chapelle- et des appartements royaux ont été presque entièrement détruits. On remarque cependant encore quelques arabesques du seizième siècle bien conservées; à la voûte de la chapelle, les vitraux, transportés à Paris, sont également très-curieux. Enfin, une partie des boiseries se trouve au Musée du Louvre.
Le village n’a rien d’intéressant par lui-même; le parc ou le bois consiste en une futaie d’environ 1,500 arpents, mêlée de chênes, de charmes et d’ormes. Cette plantation remonte à 1731, comme l’indique l’obélisque, surmonté d’un globe et d’une aiguille dorée, qui s’élève au centre d’une étoile, oii aboutissent neuf routes différentes. Le parc a été le théâtre de plusieurs fêtes splendides, et Paris, cette ville qui est témoin de tant de pompes officielles, n’a pas oublié encore les splendeurs du mariage du duc de Montpensier, dont Vincennes fut le théâtre.
A un quart de lieue de là se trouve Montreuil, fameux depuis longtemps par ses pêches.
Ajoutons que les poires de crassane de Montreuil n’ont pas moins de réputation que ses pêches, et que le village est peuplé de près de cinq mille habitants industrieux et riches, possédant tous une maison et un jardin plus ou moins grand, où se trouvent les plus beaux espaliers qu’on puisse voir.
Saint-Mandé se trouve également aux portes de Paris et de Vincennes. Ce village, dont la physionomie est insignifiante, possède un hospice, une chapelle avec quelques bons tableaux, et un beau cimetière. L’hospice porte le nom de son fondateur, Boulard, ancien tapissier de la cour, qui l’institua pour servir d’asile aux tapissiers vieux et sans ressources. 11 est d’une structure assez élégante, et bien distribué à l’intérieur. Quant au cimetière, nous en faisons mention à cause de la tombe élevée à Armand Carrel, qui repose non loin du lieu où il fut mortellement atteint.
Rien de particulier sur Charonne et Bagnolet. En nous rapprochant davantage de la ligne du chemin de fer de Strasbourg, nous rencontrons successivement les villages de Belleville, les prés Saint-Gervais, Romainville et Pantin, illustrés tous au même titre par divers épisodes du siège de Paris, lors des deux invasions, en 1814 et 1815.
Belleville se rattache à Paris sans solution de continuité.
On y entre, dès qu’on a franchi la barrière de la Courtille, à l’extrémité du faubourg du Temple. La partie la plus ancienne avoisine l’église; c’est la Grand’-Rue, qui mène à Romainville, et où se trouve la fameuse guinguette appelée l’Ile-d’Amour. Cette rue est traversée par des rues et des ruelles, bordées de belles maisons, de jardins, et qui aboutissent à des vignes, à des champs couverts de groseilles, de lilas, de rosiers, etc. On sait qu’aux approches du printemps, tout Parisien pur sang se fait un devoir d’aller cueillir des lilas à Romainville, et les méchantes langues ajoutent même que, quand la floraison est tardive, les restaurateurs de la localité vont s’approvisionner d’avance au quai aux Fleurs. La vue est magnifique, du plateau de Belleville : elle embrasse Paris, le bassin de la Villette, la plaine et le canal Saint-Denis, outre une infinité de maisons de campagne, de villages et même de villes.
Aux prés Saint-Gervais, on montre une maison ornée d’un buste d’Henri IV, et qui, dit-on, a appartenu à Gabrielle d’Estrées.
A l’extrémité du bois de Vincennes, sur le plateau d’une colline dominant la Marne, s’élève Nogent-sur- Marne. Ce village considérable, qui compte en France plusieurs homonymes, date de la domination romaine. Nogent, en latin ISovigentum, de TSovi gentiles, nouveaux étrangers, était le nom commun des colonies composées de prisonniers barbares, que 1 on établissait dans l’intérieur des terres. D’après l’itinéraire d’Antonin, il paraîtrait que le Nogent qui nous oe-
Aux bureaux de l’Illustration, rue de RicheUeu, 60.
cupe était habité par des captifs sarmates. Du reste nous voyons, dès 581, Chilpéric II habitant une maison royale à Nogent-sur-Marne, et y recevant les députés et les présents de Tibère, surnommé Absimare, empereur de Constantinople. Plus tard, Nogent, déjà village important, se trouve partagé entre le roi, qui possédait les châteaux de Plaisana et de Beauté, les moines de Saint-Maur des Fossés, propriétaires de dix-huit maisons, et plusieurs seigneurs maîtres des fiefs de Garlandes, des Moineaux , etc. L’église actuelle a été bâtie sur le fief des Moineaux.
Nogent est aujourd’hui assez bien bâti et assez agréable. Quelques personnages du dernier siècle y ont vécu : entre autres la marquise de Lambert, amie de Fontenelle, et le peintre Watteau. L’on raconte que ce dernier était fort lié avec le curé de Nogent, homme d’humeur gaie et doué d’une physionomie joviale, et qu’il le représenta dans plusieurs de ses tableaux sous les costumes et les traits peu canoniques de Gilles, de Pantalon ou de Pierrot.
Romainville possède un château élégant et situé d’une manière très-pittoresque : à côté de Romainville, est Pantin. Ces deux hameaux, villages, banlieues, quel que soit le nom qu’on veuille leur donner, se ressemblent d’ailleurs et ressemblent à tous ceux que nous venons d’énumérer : maisons de campagnes, jardins soigneusement clos de murs, guinguettes et restaurants, fêtes à diverses époques de l’année, c’est toujours la même répétition. Noisyle-Sec et les cinq ou six Noisy qui avoisinent Paris sont dans le même cas ; et Bondy, que nous mettrions de côté, sans les souvenirs qu’a laissés sa terrible forêt. Grâce au fameux drame de M. Pixérécourt, chacun sait que l’assassinat d’Aubry de Mondidier, l’infortuné possesseur de ce fameux chien de Montargis, eût lieu sous les ombrages redoutés de la forêt de Bondy. Cette même forêt était célèbre par une cérémonie qui s’y est pratiquée jusqu’à la Révolution. Chaque année, au mois de mai, la Basoche s’y transportait en corps, .au pied d’un orme qu’on appelait l’orme aux harangues. Le procureur général de cette confrérie prononçait un discours d'apparat, puis requérait les officiers des eaux et forêts de faire marquer deux arbres, dont l’un devait être posé le dernier samedi du même mois dans la cour du palais, au son des timbales, des trompettes et des hautbois, et l’autre dans le lieu où la Basoche tenait ses séances.
En 1814, Bondy était le quartier général de l’Empereur de Russie et du roi de Prusse ; c’est là qu’ils reçurent les parlementaires chargés de négocier la capitulation de Paris.
Les diverses localités dont les noms précèdent sont situées sur le parcours du canal de l’Ourcq; il est donc à propos de parler ici de ce canal, et des canaux Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Maur, qu’on peut considérer comme ses divers embranchements.
Le canal de l’Ourcq, commencé en 1802 et suspendu de 181 i à 1818, a été terminé vers le milieu de la Restauration. Il part de Mareuil, dans le département de l’Oise, où il reçoit les eaux de la rivière d’Ourcq, passe à Meaux, traverse la forêt de Bondy et Pantin, et arrive à la Villette. Son principal objet est d’alimenter les canaux Saint-Denis et Saint-Martin, et d’amener les eaux nécessaires aux besoins et à l’embellissement de Paris; la distribution intérieure de ses eaux s’effectue au moyen d’un aqueduc de ceinture, commençant à la Villette, où viennent s’embrancher des galeries souterraines, qui se ramifient elles-mêmes en tuyaux secondaires destinés à alimenter les fontaines, les services publics et les concessions particulières. A sa naissance, l’aqueduc de ceinture se trouve élevé de quatre-vingt-trois pieds audessus du niveau des plus basses eaux de la Seine. Le canal de l’Ourcq sert aussi au transport des bois de la forêt de Villers-Cottcrets et des légumes que produisent les pays environnants : ses bords sont très-fréquentés, et constituent, en été, une promenade trèsfraîche et très-agréable.
paris, tvp. de firmin didot, &6, rue jacob. 20 C. par la porte.
TABLEAU DE PAIUS.
Ce canal s’embranche avec le canal de la Seine à la Seine, desliné à faire éviter aux bateaux qui descendent le fleuve la navigation dangereuse de Saint- Denis à Paris, ainsi que le passage des ponts. Ce canal se divise en deux branches : canal Saint-Denis et canal Saint-Martin. Le point commun des deux branches est au bassin de la Villette : la première débouche près de Saint-Denis, et la seconde à côté de l’Arsenal. Le canal de l’Ourcq communique avec le canal Saint-Denis tout près du bassin de la Villette. Le canal Saint-Martin est très-important pour le commerce ; il sert principalement à approvisionner Paris d’une foule d'objets de première nécessité : bois, pierres, marbres, ardoises, charbons, grains, fourrages, farines et comestibles. Onze ponts tixes et cinq ponts mobiles sont établis sur le canal pour faciliter les communications entre les deux rives ; l’entrepôt principal des marchandises à embarquer se trouve entre la rue Grange-aux-Belles et le faubourg du Temple.
Nous avons déjà dit quelques mots relatifs au canal de Saint-Maur ; ajoutons ici qu’il est remarquable à cause de sa partie souterraine, qui n’a pas moins de 600 mètres de long. Elle est presque entièrement creusée dans le roc vif, qui forme les parois intérieures. La voûte est en pierres meulières. Un chemin de balage est ménagé des deux côtés du canal. Sur le dessus de la voûte règne une promenade formée de quatre rangées d’arbres, d’où l’œil s’étend sur un paysage vaste et pittoresque.
Voilà de bien nombreuses escapades à droite et à gauche de la ligne inflexible des rails : qu’on ne s’imagine pas pourtant que le chemin de fer de Strasbourg ne traverse que des localités insignifiantes. En effet, nous rencontrons Chelles, Lagny et Meaux, trois villes dont l’histoire ne tiendrait pas dans un seul volume.
Chelles, célèbre dès les temps mérovingiens, fut le théâtre de l’assassinat de Cliilpéric II par les émissaires de Frédégonde et de Landry son amant. Sainte Glotilde y avait fondé un monastère de filles : cette fondation reçut de grands accroissements, et, presque jusqu’à la Révolution, les abbesses de Chelles furent des princesses du sang royal. On peut citer parmi les plus remarquables sainte Bathilde, fille d un roi saxon d’Angleterre et veuve de Clovis II, Gisèle, sœur de Charlemagne, Hégilwie, belle-mère de Louis le Débonnaire, et une fille de Charlemagne. Les guerres féodales, les guerres civiles et l’invasion des Anglais ruinèrent l’abbaye de Chelles : le feu du ciel vint joindre ses ravages à ceux que faisait la main des hommes, et cette antique abbaye ne se releva que sous Henri IV, qui mit à la tête des religieuses de Chelles sa propre fille, Marie-Henriette de Bourbon. Le pilori de l’abbaye, emblème du droit rie justice qu’avaient les abbesses de Chelles, a subsisté jusqu’en
On remarque dans l’église actuelle, dédiée à saint André, quelques statuettes provenant de l’abbaye : c’est à peu près tout ce qui reste de l’ancienne splendeur de Chelles, oii ont résidé tant de princesses, de princes et même de rois. Aujourd’hui la ville n’offre aux visiteurs d’autre spectacle que celui de ses prairies et de ses coteaux chargés de vignobles.
Lagny, qui possédait aussi une abbaye célèbre, de l’ordre de Saint-Benoît, joua un rôle important durant la guerre de Cent-Ans. Conquise dès 1418 par le dauphin Charles VII, elle lui resta toujours fidèle et sa garnison ne cessa de tenir en échec Paris, alors au pouvoir des Anglais : le duc de Bedfort ne put, malgré plusieurs tentatives , s’emparer de cette place.
Plus tard , Lagny s’étant révoltée contre François 1er, ce prince envoya pour la réduire le capitaine de Loi'ges, père du fameux Gabriel de Montgommery. Les habitants se défendirent avec vigueur, et poussèrent l’aveuglement jusqu’à insulter au général, en lui jetant du haut des murs des sacs d’orge pour lui et pour sa troupe. Le capitaine de Lorges, ayant pris
Lagny d’assaut, livra la ville au pillage et à la destruction. Tous les hommes furent massacrés, et Lagny dut sa nouvelle population uniquement à l’incontinence des vainqueurs. Ce triste souvenir est resté dans l’esprit des habitants, et tout méchant plaisant qui demanderait à l’un d’eux : Combien vaut l'orge? pour faire allusion au capitaine de Lorges et à ses cruautés, s’exposerait à être jeté dans la fontaine de la ville.
Les défenses du parlement n’ont pu prévaloir contre cet usage, et peut-être que des exemples récents ne manqueraient pas pour prouver qu’il subsiste toujours. La fontaine qui servait à la vengeance de cette insulte s’élève encore, à l’endroit même où l’on prétend que saint Furcy, patron de Lagny, fit sortir une source abondante de terre : mais on a effacé l’inscription qui rappelait, en vers latins, l’usage de condamner ;i un bain forcé les curieux qui s’informaient méchamment du prix de l’orge.
La distance est grande de Lagny à Meaux ; mais rien n’est digne d’arrêter le voyageur sur la route.
Meaux, le point extrême de notre itinéraire sur la route de Strasbourg, est une ville aussi remarquable par son antiquité que par son importance actuelle. Il faut renoncer à retracer ici même les principaux épisodes de l’histoire de cette ville, qui commence à une époque antérieure à la domination romaine, et qui, depuis, grâce à sa proximité de Paris, n’a pas cessé de jouer un grand rôle dans nos annales. Avant la Révolution, Meaux possédait, comme témoignages vivants de son histoire, sept paroisses, deux chapitres, deux abbayes d’hommes, une abbaye de chanoinesses, et un prieuré de bénédictines : plus trois couvents de trinitaires, de Cordeliers et de capucins, et de visitandines et d’ursulines. Ajoutons à cela un hôpital pour les pauvres, une maladrerie pour les lépreux, et des fortifications importantes, non-seulement à l’extérieur, mais encore à l’intérieur de la ville. Ces fortifications sont célèbres par les sièges nombreux qu’elles ont subis, lors des invasions des Normands, sous la féodalité, lors de la révolte de Jacques Bonhomme , sous l’occupation anglaise, sous la Ligue et sous la Fronde. Elles sont aujourd’hui détruites : et des monuments, des institutions religieuses, il ne reste que la cathédrale avec deux succursales, l’Hôtel-Dieu, l’évêché et le temple des calvinistes. La cathédrale seule mérite une description rapide. Elevée du treizième au seizième siècle, elle est dans un état de conservation assez satisfaisant : du haut de la tour, à deux cents pieds au-dessus du sol , on peut voir, par un temps clair, Paris et le mont Valérien. Le sanctuaire est un des plus beaux que présentent nos églises gothiques; dix-huit piliers en faisceaux ou colonnes rondes soutiennent les voûtes de la nef, et quatorze celles du chœur. On remarque îi l’intérieur de très-bonnes copies des fresques du Vatican et plusieurs tombeaux d’évêques, parmi lesquels se trouve celui de Bossuet, si souvent désigné par cette périphrase banale de l 'aigle de Meaux.
Meaux, ancienne capitale de la Brie, est aujourd’hui un simple chef-lieu de sous- préfecture du département de Seine-et-Marne, au centre d’une contrée agricole. Cette ville fait un commerce assez important en grains, bestiaux, laines et foui’rages.
Dans les environs, il faut citer Juilly, village fameux par son collège, fondé par les oratoriens en 1638. Ce collège est aujourd’hui encore très-florissant, et , parmi ses disciples vivant de nos jours, on citerait une foule de personnages politiques fort connus, entre autres M. Berryer. Nommons encore Nantouillet et Montyon, notables, le premier par son château bâti par le chancelier Duprat; le second, par le souvenir de son dernier seigneur, M. de Montyon, le célèbre philanthrope, le fondateur d’une foule de prix bien connus.
Nous avons maintenant à revenir sur nos pas pour examiner quelques localités intéressantes du bassin du canal de l’Ourcq ; localités que dessert indirectement, le chemin de fer de Strasbourg, et au besoin le chemin de fer du Nord, dont il sera bientôt question.
Montfermeil, Livry et le Raincy, sont les trois sites les plus beaux de cette campagne pittoresque, qui s’étend entre la forêt de Bondy et les bois d’Enghien. Rien ne saurait être comparé, sous le point de vue de l’agrément, de la fraîcheur, de la variété, a cette contrée couverte de beaux villages, d’élégantes maisons de campagne, de châteaux, de parcs, de lieux de plaisance, avec de l’eau, des solitudes riantes et des espaces découverts jouissant de vues admirables.
La nature est si belle dans cette partie du territoire Parisien , qu’on n’accorde plus qu’une médiocre attention aux ouvrages humains. Livry seul triomphe de la comparaison, parce que le Raincy est sur son territoire. Le château du Raincy, situé à quatre lieues seulement de Paris, occupe l’emplacement d’une abbaye de bénédictins; il fut construit, vers 1650, par Jacques Bordier, conseiller et secrétaire du roi, puis devint la possession de la princesse palatine, et, après avoir passé par les mains d’un riche traitant, il finit par appartenir au régent. Celui-ci transforma totalement sa nouvelle propriété, dont il ne laissa subsister que la longue et majestueuse avenue de peupliers. Il multiplia dans l’intérieur d’un parc de 700 arpents les divers accidents pittoresques, rochers, îles, cascades, ponts, fourrés épais, sentiers tortueux, capables de diversifier le paysage. C’est en parlant du Raincy que Delille a peint en ces termes l’heureux assemblage des arbres et des eaux :
... Là j’aime à voir dans l’onde Se renverser leur cime, et leurs feuillages verts Trembler du mouvement et des eaux et des airs, ici le Ilot bruni fuit sous leur voûte obscure:
Là, le jour, par filets, pénètre leur verdure ;
Tantôt dans le courant ils trempent leurs rameaux,
Et tantôt leur racine embarrasse les (lots.
Souvent, d’un bord à l’autre étendant leur feuillage Ils semblent s’élancer et changer de rivage.
Ainsi l’arbre et les eaux se prêtent leurs secours,
L’onde rajeunit l’arbre, et l’arbre orne son cours,
Et tous deux, s’alliant sous des formes sans nombre,
Font un échange aimable et de fraîcheur et d’ombre.
Quoique la Révolution eût compris le château du Raincy parmi les habitations royales destinées a être entretenues, afin de servir à des institutions d utilité publique, il ne reste de l’ancien édifice qu’un seul pavillon. Le dernier possesseur, avant la famille d’Orléans, qui fut réintégré dans l’héritage du régent était le marquis de Livry, qui rendit son château célèbre par les fêtes qu’il y offrit aux déesses du Directoire, mesdames Tallien et Récamier.
Non loin de là se trouve aussi Vaujours, avec un château bâti pour mademoiselle de Lavallière, revêtue du titre de duchesse de Vaujours. Dans l’église de Vaujours repose un obscur inventeur d’un système d’enseignement primaire, intitulé le Bureau typographique; il se nommait Louis Dumas. Comme si ce village eût été de tout temps destiné aux établissements d’instruction primaire, nous voyons aujourd’hui s’y élever l’asile Fénelon, ouvert aux enfants pauvres dont les parents ont été victimes du choléra. Cette institution charitable a été reconnue établissement d’utilité publique. La ville de Paris lui confie ces malheureux orphelins, qui sont des enfants d’adoption. Des renseignements les plus récents que nous possédons sur cette école, il résulte que la Société Fénelon a recueilli dans son asile plus de quatre cents enfants qu’elle élève et nourrit à ses frais, et dont la pieuse tutelle fera un jour d’honnêtes travailleurs et des hommes utiles. L’école Fénelon n’est pas, comme Mettray et Petit-Bourg, une colonie de jeunes pénitentiaires que la charité a rendus à la morale et qu’elle ramène au bien parle chemin du travail; c’est un asile ouvert à de pauvres enfants, orphelins ou abandonnés, dont la misère est restée pure et n'a point failli.
Les jeunes habitants de cette colonie reçoivent une instruction primaire complète, et sont préparés aux travaux professionnels qu’ils exerceront un jour. Aux hommes de bien dont la charité subventionne l’établissement, s’est adjointe une élite de dames géné-