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CHAPITRE LXXVil. — LES ENVIRONS DE PARIS Sims

reuses qui , sous le nom de Société maternelle de l'asile-école Fénelon , apporte à l’œuvre commune sa part de dévouement et de bienfaisance.

Nous ne tardons pas, en revenant de la sorte sur nos traces, à nous retrouver aux portes de Paris ; un spectacle tout différent nous y est réservé celui de Mont faucon.

Les villages compris entre les fortifications et l’enceinte de l’octroi , sur le parcours du chemin de fer du Nord, ou tout au moins dans le voisinage immédiat de la gare, méritent, comme toute la banlieue de Paris, une mention particulière. On entend plus d’une fois parler de la Yillette, de la Chapelle Saint-Denis, de Montmartre, de Saint-Ouen , etc., pour peu que l’on séjourne dans notre capitale.

La Yillette est le port de Paris : c’est là, comme nous avons vu, que se trouve le principal bassin du canal de l’Ourcq. 11 s’y fait un commerce assez im- .portant, surtout en objets de première nécessité, approvisionnements, combustibles, etc. On y remarque également de grands chantiers de bois à brûler et de bois de charpente. C’est la patrie, ou le quartier général, si l’on aime mieux, des scieurs de long et des menuisiers pour le bâtiment. La Yillette, jadis maison de

campagne de Saint-Lazare, puis village distinct de Paris, est aujourd’hui contiguë au mur d’octroi : elle s’est rendue célèbre par sa belle défense contre les Prussiens, lors de la première invasion.

D’ailleurs on peut presque dire qu’aujourd’hui Relleville , la Yillette, la Chapelle, Clignaiicourt Montmartre et Batignolles, qui formaient autant rie localités distinctes, il y a trente ans, ne sont plus aujourd'hui qu’une seule cité, subdivisée administrativement, mais composée de quartiers contigus les uns aux autres, et suivant sans interruption les contours que décrit l’enceinte de Paris. Si nous leur consacrons séparément quelques lignes, c’est plutôt grâce aux souvenirs d’autrefois qu’à l’état actuel des choses.

La Chapelle, Clignaiicourt et Montmartre occupent le débouché de la plaine Saint-Denis, que traverse le chemin de fer du Nord, en sortant de Paris. La première de ces localités tire son nom de l’existence d’une ancienne chapelle, consacrée à sainte Geneviève, autour de laquelle étaient venues se grouper quelques maisons, qui furent le noyau du village actuel. C’est sur son territoire que se tenait la fameuse foire du Lendit, fondée en 629 par le roi Dagobert. Cette foire subsiste encore, quoiqu’elle ait cessé de

recevoir le tribut de quatre-vingts villes de France et de Flandre, qui venaient à cette foire, « la plus royale foire du monde. » On remarque encore à la Chapelle un autre reste du moyen âge : c’est le Cercle des carabiniers . Le cercle vies carabiniers a succédé à l’une de ces compagnies de l’arbalète et de l’arquebuse qui étaient organisées sur tout le sol de la France, et qui rendirent, comme milices nationales, de signalés services dans bien des circonstances. Nous ne pouvons pas entrer ici dans de grands détails sur l’organisation de ces anciennes compagnies , dont le chef prenait le titre de roi du Papegaut , parce qu’il fallait, pour l’obtenir, avoir touché la cible, qui représentait un perroquet : Bertrand du Guesclin et Louis XIII comptent parmi les rois du Papegaut.

11 y avait autant de compagnies d’arquebuse qu’il existe aujourd’hui de bataillons bien organisés de garde nationale. Il y en avait 33 dans le gouvernement de la Bretagne; l’ile de France, la Brie et la Champagne en comptaient 54, etc.; et cescompagnies ne formaient pas, comme on pourrait le croire, de petites corporations isolées autour de chaque clocher. Les 54 compagnies de l’Ile-de-France et Champagne étaient réunies en une association unique, ou concordat conclu

Cercle des carabiniers à la chapelle Saint -Denis. — Salle du tir.

en 1439 (après le siège de Montereau, où elles se signalèrent contre les Anglais), et renouvelé en 1775. Les conditions d’admission pour les chevaliers d’arquebuse étaient sévères. L’arrêt du 26 janvier 1715 porte qu’ils ne peuvent être choisis que parmi l’élite des bourgeois, et les arrêts du conseil des 27 juillet 1671 et 21 août 1677 obligent chaque chevalier à s’exercer au tir au moins une fois par mois. Indépendamment de ces exercices particuliers, chaque compagnie instituait, à son tour, un prix auquel concouraient toutes les autres. C’était une réunion générale des compagnies associées, une fête publique à laquelle toute la population prenait part.

Ces concours excitaient une vive émulation nonseulement entre les chevaliers, mais encore entre les compagnies. Chacune avait un emblème , un surnom, qu’elle cherchait nécessairement à illustrer. Ces emblèmes, ces surnoms, qui remontaient à une haute antiquité, étaient devenus souvent inintelligibles ou ridicules.

La petite noblesse de campagne et la riche bourgeoisie des villes recrutaient principalement les compagnies, à en juger par les contrôles matricules qui nous ont été conservés. On conçoit tout ce qu’il devait y avoir d’émulation dans ces fêtes militaires oit

ces notabilités de canton venaient se heurter. Aussi les réunions étaient-elles fort brillantes. C’est sans doute pour consacrer la mémoire de l’une d’elles donnée à Troyes, et à laquelle Louis XIII , protecteur de l'arquebuse de cette ville, avait assisté, que l’on édifia les vitraux qui représentent ce monarque en costume de chevalier de l’arquebuse tirant le prix. A la révolution, les arquebusiers existaient encore. Mais un décret de l’Assemblée constituante les réunit à la garde nationale.

Cependant quelques compagnies ont survécu. Celle de Paris a eu jusqu’en 1829 son établissement de tir dans l’enclos des Récollets. Les travaux du canal la forcèrent de se transporter à la barrière des Amandiers. Et enfin, depuis 1840, elle a établi son cheflien, comme nous venons de le dire, à la Chapelle- Saint-Denis, rue des Tournelles, 21, sous la dénomination de Cercle des carabiniers de Paris.

L’établissement se composait d’abord d’un petit bâtiment servant de lieu de réunion et de salle pour le tir, avec un terrain à la suite, de 1 31 mètres de long pour la cible. En 1842, la société s’étant accrue, il fut ajouté à ces premières constructions une nouvelle salle avec, trois cibles, deux pour les fusils-carabines, l’autre pour les petites carabines.

Elle a aujourd’hui des statuts et un règlement par. ticuliers ; elle se soutient par les cotisations de ses membres. Son président et ses commissaires sont nommés au scrutin. La royauté se tire chaque année, et le vainqueur obtient une médaille d’or. En outre, chaque mois, on tire un prix consistant en une médaille d’argent, par chaque section de tireurs, divisés par quart du nombre total des sociétaires inscrits. Dans la deuxième quinzaine d’avril, un grand prix est offert par la compagnie aux tireurs étrangers.

Ce cercle, qui est le véritable descendant de la compagnie d’arquebuse parisienne, et qui a même affiché dans sa salle de tir l’original de l’autorisation délivrée à cette compagnie par le prince de Conti, offre toutefois avec elle une notable différence dans l’armement. Elle n’admet pour le tir que les grosses carabines rayées, de moyen calibre , dites carabines suisses, et nous voyons dans les statuts des compagnies associées d Ile-de-F rance et de Champagne en 1 775, que les canons rages en dedans étaient exclus du concours.

Au reste, en 1775, cette condition n’était probablement (prune mesure de justice et d économie. Les armes rayées étaient rares alors, chaque chevalier d arquebuse n’aurait pu s’en procurer, et on rétablissait

l’égalité entre les tireurs en les proscrivant. Aujourd’hui on ne saurait invoquer le môme motif, puisque Devismes, Lepage, Caron et tous nos bons arquebusiers fabriquent d’une manière supérieure cette espèce d’armes.

Le hameau de Clignancourt, qui est contigu à Montmartre et à la Chapelle, ne se distingue par aucun souvenir digne de fixer l’attention : il est composé de maisons de campagne, de guinguettes et d’entrepôts de vins.

Le nom de Montmartre a exercé la patience des savants, qui tour à tour ont décidé qu’il devait jadis y avoir eu un temple dédié à Mars sur le sommet de cette éminence, d’où son nom de Mons- Martis; deux anciens écrivains prétendent que ce monticule était dédié à Mercure, Mons-Mercurii; puis les écrivains catholiques ont tranché la question, et maintenant il est hors de doute que le patron de Paris, saint Denis et ses compagnons y avaient été décapités, et que Montmartre venait indubitablement de Mons-Martyrum. Quoi qu’il en soit, l'histoire de Montmartre est liée à celle de tous les sièges de Paris, depuis celui des Normands, en 886, jusqu’à celui des armées alliées en 1814. On peut y voir encore les restes d’une ancienne abbaye, fondée en 4 1 33 par Louis le Gros. Ce qui a survécu de ce monument sert maintenant de base au télégraphe communiquant avec les départements du Nord. Ce monticule, les Alpes des Parisiens, est assez pittoresque; un bourg populeux est établi à son sommet et couvrira bientôt ses flancs : sa population est de plus de cinq mille habitants. La belle position de Montmartre fut remarquée de tous temps : l’auteur du roman de Berthe aux grans pies, le roi Adenès, qui vivait au treizième siècle, place sur la hauteur une de ses héroïnes, et parle en ces termes :

La dame est à Montmartre : s’esgarda la vallée,

Vist la cit de Paris, qui est et longue et léè ,

Mainte tour, mainte salle et mainte cheminée,

Vist de Mûntlehéri la grant tour crénelée,

La rivière de Seine vist qui moult est loée,

Et d’une part et d’antre mainte vigne plantée.

Vist Pontoise et Passi et Meulan en l’estrée ,

Marli, Montmorenci et Contiens en la prée,

Dampmartin en Goële, qui moult est bien fermée,

Et mainte antre grant ville, que je n’ai pas nommée.

Montmartre eut autrefois un monastère d’hommes et un autre de filles, tous deux trèsconsidérables. L’église abbatiale, qui subsiste encore, est très -remarquable, quoique mutilée et restaurée à diverses reprises.

On y remarque l’abside, datant du treizième siècle, avec ses colonnettcs et des archivoltes à dent de scie, et les trois nefs, exécutées dans un style de transition entre le roman et le gothique. La disposition intérieure est celle des basiliques latines , trois nefs parallèles, terminées par trois absides, et formant le sanctuaire et deux chapelles latérales. A l’entrée de la grande nef se trouvent plusieurs chapiteaux de marbre blanc, d’un style corinthien corrompu, antérieurs au vc siècle et appartenant, selon toute apparence, à l’ancien temple païen de Mercure ; à l’extrémité se dresse une tour surmontée d’un télégraphe.

Le village actuel est, comme Batignolles, dont nous avons déjà suffisamment parlé, une résidence d’été des Parisiens : de charmantes maisons de campagne embellissent le versant nord; autant le côté opposé est aride, autant celui-ci est frais et ombragé; la vue embrasse la plaine Saint-Denis et se perd à l’horizon dans les collines qui forment la vallée de Montmorency; de loin en loin la Seine apparaît dans la plaine. Ce qu’on voit n’est déjà plus la ville, mais ce n’est pas encore la campagne. Quelque jour cependant la gloire d'être une des plus grandes élévations des environs de Paris sera ravie à Montmartre, et cette élévation même causera sa chute. Précieuse ressource pour la bâtisse de notre capitale, cette

montagne, de formation entièrement gypseuse, fournit à elle seule plus des trois quarts du plâtre qui s’emploie à Paris, mais aussi, est -elle perforée en tous sens, et quelque jour l’administration, dans un but de sûreté publique, sera obligée de faire écrouler sur elles-mêmes ces anciennes carrières.

Avant d’arriver à Saint-Denis, on aperçoit, à la gauche du chemin, de frais ombrages, c’est le parc du château de Saint-Ouen, dans lequel Louis XVIII signa, le 2 mai 1814, la déclaration qui a précédé de quelques jours la charte constitutionnelle. Ce fut, en quelque façon, pour lui , la messe de Henri IV. Le village, 'situé au bord de la Seine et peuplé de mille habitants environ, ne manque pas d’une certaine importance : on y a construit une gare qui, pendant l’hiver, donne refuge à une grande quantité de ba¬

teaux et en fait comme un port de rivière. On remarque à Saint-Ouen le château de madame du Cayla et la maison de campagne de M. Ternaux, où ont été parquées les premières chèvres du Thibet introduites en France.

Près de là se trouvé Aubervilliers, qui fut le quartier général de Henri IV quand ce prince assiégeait Paris.

La plaine Saint-Denis est un des points les plus découverts de Paris ville de guerre : aussi, lors des deux invasions, les efforts des assiégeants se sont-ils également portés sur Montmartre et sur Bellevillè, qui peuvent être considérés comme les clefs de la capitale. A la première invasion, Montmartre fut défendu pendant plusieurs heures contre toute une armée par 400 dragons, qui avaient été abandonnés après la capi¬

tulation de Belleville; à la seconde, Montmartre céda par surprise; mais Aubervilliers, qui fit une plus longue résistance, fut brûlé et pillé.

Après avoir franchi de nombreux ouvrages d’art , le chemin de fer arrive enfin à la station de Saint-Denis, d’où l’on embrasse, grâce à son élévation comparative, la majeure partie des environs de Paris : au sud, les hauteurs de Montmartre, Batignolles, Saint- Chaumont; à l’ouest, l’ilc Saint-Denis, étendant son tapis de verdure émaillé de charmantes habitations, puis la grande péninsule formée par la Seine et renfermée entre Surênes, le mont Valérien et Bougival ; les belles collines de Marly et de Saint-Germain bornent 1 horizon de ce côté; il semble s’abaisser aux environs de Maisons-Laffitte, mais bientôt le terrain s’é¬

lève, et les hauteurs de Sannois et d’Argenteuil présentent à la vue leurs vignobles si heureusement situés; c’est là que commence la vallée de Montmorency, dont la partie nord est abritée par une chaîne de coteaux élevés, couronnés par la belle forêt de Montmorency. Du côté de l’est, c’est la ville de Saint-Denis qui fait tous les frais de la vue; mais le plus beau fleuron de sa couronne est abattu , cl c’est de souvenir seulement que l’on peut admirer la superbe flèche de la basilique, dernière demeure de nos rois.

Les ouvrages d’art sont multipliés à Saint-Denis. C’est d'abord un pont sur la route qui met cette ville en communication avec Batignolles; puis, le terrain s’abaissant brusquement vers la Seine, on a dû pratiquer un énorme remblai, interrompu par quatre ponts dans l’espace de moins d’un kilomètre. Le premier passe au-dessus de la route traversant, sur deux ponts suspendus, les bras de la Seine entourant Pile Saint-Denis, et réunit Saint-Denis à Gennevilliers; le second , d’une seule arche en fer d’une grande portée, traverse le canal Saint-Denis à peu de distance de l’endroit où celui-ci se perd dans la Seine ; puis vient un autre de moindre importance jeté sur leMerderet, petit cours d’eau qui entoure la partie nord de Saint-Denis et donne la vie à quelques usines, notamment à un moulin qui s’appuie sur une des berges du chemin de fer; le quatrième est établi sur une route de grande communication.

L’entrée de Saint-Denis du côté du chemin de fer ne présente pas encore une grande animation, malgré le voisinage de la nouvelle voie de communication ; il faut pénétrer plus avant dans la ville pour trouver le mouvement résultant des approches de Paris. C’est que Saint-Denis est le point où les routes de Rouen, Beauvais et Amiens viennent se réunir; puis les environs peuplés de riches villages et de charmantes maisons de campagne, donnent à cette ville une activité que ne possèdent pas beaucoup de villes plus importantes.

Chef-lieu d’une des deux sous-préfectures du département de la Seine, peuplé de plus de dix mille habitants, Saint-Denis doit fixer l’attention du voyageur. Plusieurs faits importants dans l’histoire de France ont été accomplis dans cette ville; prise par les Orléanais en 1411, sous le règne de Charles VI, pendant que ce roi assiégeait Paris, elle tomba l’année suivante au pouvoir des Anglais. Une bataille sanglante fut livrée sous ses murs entre les catholiques et les huguenots en 1567; qui ne sait que ce fut à Saint-Denis que Henri IV fit son abjuration ? ce qui lui ouvrit les portes de Paris; enfin, une des premières violences de la révolution française y fut accomplie le 1er octobre 1789. Le maire de la ville fut massacré dans une insurrection causée par la cherté du pain.

Saint-Denis possède un dépôt de mendicité, fondé antérieurement à la Révolution par un intendant de Paris. Pendant longtemps , cet établissement manquait d’eau, mais un puits artésien, foré par M. Mullot, lui en fournit maintenant en abondance.

La bibliothèque publique n’est pas nombreuse; cependant une circonstance la rend digne d’intérêt, c’est que les livres qui la composent sont presque tous ceux de la bibliothèque de l’ancienne abbaye qui ont échappé au pillage.

Un hôpital, sous le nom d’Hôtel-Dieu , deux casernes , une salle de spectacle, et l’église de l’ancien couvent des Carmélites, sont les seuls monuments dignes de ce nom que l’on trouve à Saint-Denis. On doit cependant remarquer la belle fontaine <pii se trouve près de la poste aux chevaux, et qui est alimentée par un puits artésien d’une grande abondance.

Ce qui doit attirer particulièrement les regards du voyageur savant, 'antiquaire ou artiste, etexciter au plus haut point son admiration, c’est la magnifique basilique

Maisons-Lalïltte.

Coteau et aqueduc de Marly.

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