‹ Tableau de ParisChapitre 249 sur 257 · CHAPITRE LXXVII. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVII. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite

500 francs, et sont spécialement affectées aux espèces bovine et ovine.

On ne peut pas s’éloigner de Poissy sans consacrer quelques lignes à son histoire.

Quelques débris de fortifications que l’on aperçoit encore çà et là au milieu de ses jardins et de ses maisons, prouvent qu’elle a joué un l’ôle important. Son origine est fort ancienne. Quand elle avait l’avantage de porter un nom latin, elle s'appelait Pinciacum. Charles le Chauve y tint, en 808 ou 869, une assemblée des prélats et des grands de son royaume. 11 y a eu, — peut-être y en a-t-il encore, — des savants qui ont affirmé que le bon roi Robert possédait un palais à Pinciacum. Le fait est douteux; mais une question plus controversée est celle de savoir si la reine Constance , sa femme, qui était si peu sociable, avait un palais à côté du sien.

Saint Louis naquit à Poissy en 1215, ou du moins il y fut baptisé, et il aimait à en prendre le nom. Les fonts baptismaux qui servirent à son baptême sont conservés dans l’église paroissiale, édifice du douzième ou du treizième siècle. On leur attribue, — soit dit en passant, — la vertu de guérir la fièvre. On dit encore que saint Louis fit construire le grand pont de 37 arches, et qu’il établit le marché aux bestiaux qui fournit de la viande à une partie de la population de Paris. Enfin, à ce que prétendent certains archéologues, le couvent des Dominicains, que Philippe le Hardi fit bâtir à Poissy, et sur les ruines duquel a été construite la maison centrale de détention, occupait l’emplacement du château où était né saint Louis, et le maître-autel s’élevait à la place même où se trouvait le lit de la reine Blanche lorsqu’elle était accouchée.

Poissy a donné son nom à un épisode célèbre des guerres de religion. En 1560, à l’époque où Catherine de Médicis, conseillée par L’Hôpital, se faisait reprocher son apostasie par Montmorency et par le peuple, et entrait de plain-pied dans le calvinisme, dit M. Lavallée, croyant faire acte de haute politique et rendre plus solide la couronne de ses enfants, elle s’imagina qu’elle parviendrait à concilier les deux communions, et elle convoqua à Poissy les protestants et les catholiques pour y discuter librement et solennellement leurs croyances. Cette conférence est connue dans l’histoire sous le nom de colloque de Poissy. Elle s’ouvrit le 9 septembre 1561, dans le chœur de l’église des Dominicains. Le légat du pape, six cardinaux, quarante évêques et un grand nombre de théologiens y représentaient le catholicisme. Le protestantisme y comptait trente à quarante défenseurs. Calvin avait refusé d’y venir, mais il avait envoyé à sa place Théodore de Bèze. Toute la cour assistait à ce tournoi théologique. La discussion fut d’abord courtoise. Théodore de Bèze exposa nettement sa profession de foi ; mais lorsqu’il vint à dire « que le Christ, dans l’Eucharistie, est autant éloigné du pain et de

l’eau comme la terre l’est du ciel, » tous les évêques se levèrent en criant au blasphème ; ils accusèrent le gouvernement « de vouloir innover en religion, et non apaiser les troubles. » Le général des jésuites, Lainès, qui accompagnait le légat, protesta contre le scan¬

dale que donnait la reine en établissant des conférences religieuses quand le souverain pontife avait indiqué un concile général. Le colloque dégénéra en disputes violentes, et, le 25 novembre, on fut obligé de le fermer.

Poissy.

La ville de Poissy avait été prise, incendiée, saccagée plusieurs fois sous les règnes de Charles VI et de Charles VII, soit par les Anglais, soit par les partis qui divisaient la France. Biron la prit et la pilla en 1589. En 1815, l’armée française, pour retarder la marche

Château de Rueil.

des ennemis, fit sauter trois des arches du pont, qui depuis ont été remplacées par des arches en bois. Quelques-uns font remonter au temps de la Ligue cette mutilation forcée, qu’ils attribuent au duc de Mayenne.

La Malmaison.

Poissy est beaucoup plus agréable à voir de loin que de près. Ses rues sont étroites, mal pavées et peu propres, presque toujours encombrées de voitures et de bestiaux; mais à une certaine distance, sa vieille église, ses maisons heureusement groupées, son vieux

pont aux moulins pittoresques, son beau fleuve qui serpente entre ses îles couvertes d’arbres, ses vastes prairies, ses coteaux, ses jardins, ses maisons de campagne d’aspect si varié, et enfin la vaste forêt de Saint-Germain qui la domine, offrent aux paysagistes un grand nombre de charmants tableaux.

Maintenant, si le lecteur veut bien, il nous suivra dans notre pèlerinage rétrospectif, et il reviendra avec nous- jusqu’à l’embranchement de Saint-Germain. Et d’abord, réparons une injustice dont cette voie de fer est coupable : elle a fait oublier ou tout au moins laisser de côté Rueil et la Malmaison, qui ne se trouvent pas sur son parcours, et qui ne sont accessibles que par l’ancienne route de Rouen. On sait que Rueil a appartenu au cardinal de Richelieu, qui y fit bâtir un magnifique château. Le parc, si l’on en croit la père Rapin, était une des sept merveilles du monde : mais on n’en peut plus juger, ni par la description emphatique qu’il a laissée, ni par les vestiges, qui sont réduits à rien.

Quoi qu’il en soit, Louis XIV devint un instant jaloux du château de Rueil. Il voulut l’acheter, et il fit prier madame la duchesse d’Aiguillon, nièce et héritière du cardinal, de le lui vendre. Il renonça toutefois à ce projet pour bâtir Versailles.

Vers la fin du siècle dernier, ce château qui avait excité l’envie de Louis XIV fut vendu à un homme d’atïaires et démoli en partie. Il ne resta alors des magnifiques jardins du cardinal qu’une grotte, quelques pièces d’eau et des allées de superbes marronniers, qu’on appelait les cardinaux. Après avoir passé successivement entre les mains de plusieurs acquéreurs, l’aile du château qui avait été laissée intacte devint la propriété du maréchal Masséna. L’Enfant chéri de la Victoire la fit réparer et embellir, et il y passa tous les moments de repos que lui laissait la guerre. Ses héritiers n’ont point conservé cette villa; elle a été démolie il y a environ huit ans. On coupa le parc, on abattit les cardinaux, on jeta à bas les murs d’enceinte, on vendit même à l’encan les caisses de lauriers que les villes du Nord avaient offertes à Masséna. De cette immense propriété de Richelieu, il ne reste plus aujourd’hui que deux pelites maisons de campagne,

bâties il y a trois ou quatre ans, et entourées de quelques arpents de jardin. Des fouilles faites par M. Bréant, un des propriétaires actuels du terrain , n’ont amené que des découvertes insignifiantes.

Parmi les épisodes de l’histoire du cardinal de Richelieu dont Rueil fut le théâtre, il en est trois qui méritent une mention particulière : la mort du père Joseph, le procès de Mari 1 lac et la signature des statuts de l’Académie française.

Tandis que la Révolution démolissait le château de ce grand ministre, bien qu elle continuât son œuvre, grandissait à l’extrémité ouest de Rueil une villa plus modeste, mais destinée à une célébrité plus grande encore : singulier caprice de la destinée. A son retour d’Égypte, le général Bonaparte vint s’établir dans cette Malmaison de mauvais augure, d’où l’empereur Napoléon devait partir pour Sainte-Hélène après la bataille de Waterloo.

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