‹ Tableau de ParisChapitre 248 sur 257 · LXXYII. — LES ENVIRONS DE · texte numérisé non relu

LXXYII. — LES ENVIRONS DE

PARIS (SmKj.

des élèves doit paraître souvent bien étroit lors des visites des parents, qui ont lieu les dimanches et les jeudis, de 2 à 5 heures. C’est certainement la seule salle, dans tout ce vaste établissement, à laquelle on puisse reprocher sa petitesse.

Revenons maintenant au parcours du chemin de fer. En sortant de la station, les trains décrivent une courbe insensible, longent la forêt de la Briche, et entrent dans la vallée de Montmorency. Les bois de Deuil, de Saint-Gatien, d’Enghien, et l’étang de Montmorency, sont peut-être les sites les mieux connus des environs de Paris : ils servent de but, chaque dimanche, à des émigrations immenses de citadins, jaloux de se livrer aux plaisirs de la villégiature ; et on ne parle pas ici de la population qui s’y fixe durant la belle saison, sous le prétexte de prendre les eaux. D’ailleurs cette préférence est méritée : rien de frais, d’agréable, de varié, de pittoresque, comme tout ce paysage que l’on domine des hauteurs de Montmorency; l’établissement d’Enghien, où se trouve la station du chemin de fer, peut être considéré comme la perle de toute la vallée : mais, arrêté là, le voyageur ne sait où diriger ses pas, tant sont nombreuses et diverses les séductions qui l’appellent. Dans l'impossibilité de donner la liste complète et de décrire tous les sites charmants qui se trouvent dans le voisinage, il faut se borner à dire tout sèchement quelques noms : Eaubonne, Épinay, Groslay ; puis, sur la rive gauche du chemin de fer, Sannois, Saint-Gatien, Franconville; et, sur la rive droite, Saint-Leu-Taverny, Ermont, le Plessis-Bouchard. Mais, répétons-le, Enghien, son parc, son établissement de bains, méritent la première place. C’est bien aussi un établissement ouvert à la danse et au bonheur à grand orchestre ; la pyrotechnie y déploie ses feux comme ailleurs, et, pour les badauds, des balançoires, des escamoteurs, et des coups de poing qui tiennent du phénomène ; mais ce qu’on y trouve de plus rare, d’exquis même et d'incomparable, c’est ce charme d’un site imprévu, d’un lac délicieux, d'ombrages inattendus, de détails féeriques. Parc d’agrément, lieu de plaisance, sous quelque aspect qu’on l’envisage, l’établissement d’Enghien mérite l’éclatante protection du monde élégant. Il ne manque à ses eaux thermales que d’être à cent lieues de Paris, pour rivaliser avec Spa et Hombourg. Mais le beau plaisir d’aller chercher le bonheur et la santé à trois lieues, et d’arriver en un quart d’heure !

Cette vallée si agréable reçoit son nom de la petite ville de Montmorency, dont la fondation remonte au dixième siècle de notre ère. A cette époque, un seigneur nommé Burchard le Barbu possédait dans file Saint-Denis une forteresse en bois, d’où il sortait pour dévaster les terres de l’abbaye. Le roi Robert, pressé par les moines, lui proposa un échange, et, à la place de l’île Saint-Denis, qui fut annexée au territoire de l’abbaye, Burchard reçut un lieu nommé Montmorency et le titre de baron. On sait que l’histoire de la famille de Montmorency se rattache étroitement depuis cette époque à l'histoire de France : il n’est pas possible ici d’insister davantage sur un sujet si vaste. La cité actuelle montre encore quelques vestiges de son ancienne splendeur, et surtout sa belle église gothique du quatorzième siècle ; mais un de ses plus beaux titres de gloire, c’est d’avoir été la retraite favorite de deux hommes de caractère bien différent, J. J. Rousseau et Grétry. 11 est impossible de parcourir ces beaux lieux sans penser à cette charmante dame d’Épinay, type d’une des plus heureuses créations littéraires du dix-huitième siècle; et ce bon maréchal de Luxembourg , cet excellent Catinat , si heureux au milieu de ses arbres, l’aimable Saint-Lambert, le chansonnier Laujon , le savant d’Alembert, toutes ces gloires du dernier siècle, tous ont parcouru ces lieux : ils sont pleins de leur souvenir, et, tant qu’on lira en France, ce souvenir ne s’effacera pas.

En sortant de Montmorency, le chemin de fer passe à Pierrelaie ; puis, décrivant une grande courbe à travers d’énormes tranchées taillées dans la pierre dure et sur des remblais élevés, il entre dans la vallée

15 Cent. LA LIVRAISON. — 197e ET 198e Livr

de 1 Oise, en traversant l’ancien enclos de l’abbaye de Maubuisson , dont on voit quelques tourelles en ruines. On connaît les divers titres de gloire de cette antique abbaye : fondée par Blanche de Castille, mère de saint Louis , elle servit de résidence à Marguerite de Bourgogneet aux autres héroïnes du fameux drame de la Tour de Nesle; on y remarquait les tombeaux de la fondatrice, de Bonne de Luxembourg, femme du roi Jean, de la princesse d’Antioche, de Gabrielle d’Estrées, etc. Non loin de là se trouve un village appelé Saint-Ouen, comme celui que nous avons déjà décrit avant d’arriver à Saint-Denis : on y remarque une assez belle église, avec un portail du douzième siècle, et un château dont la bâtisse est moderne, mais dont le parc et les jardins ont été dessinés par le Nôtre.

Un arrive ensuite à Pontoise. Cette ville, située en partie sur une falaise escarpée, se trouve baignée par deux rivières, l’Oise et la Viosne, qui alimentent une foule de moulins. Pontoise estgénéralement mal bâtie, composée de rues étroites et très-montueuscs : autant la basse ville est arrosée, autant il était difficile d’apporter de l’eau dans la partie supérieure, qui est la plus habitée; l’administration municipale a pourvu à cet inconvénient au moyen d’une pompe à vapeur d’une grande force, qui distribue ce liquide de première nécessité avec la plus grande abondance. En fait de monuments, le plus important est certainement l’église de Saint-Maclou, située au sommet du rocher sur lequel est bâtie la ville. Cette église a été plusieurs fois retouchée et restaurée ; quelques beaux restes du quatorzième et du quinzième siècle lui assignent cependant une assez grande antiquité. Puis vient l’église Notre-Dame, de fondation plus ancienne que Saint-Maclou ; mais, ayant été détruite pendant le siège qu’Henri 111 fit souffrir à la ville, elle a été rebâtie avec la plus grande pauvreté, et n’est certainement pas digne d’une ville. On ne peut pas en dire autant de l’Hôtel-Dieu, et beaucoup de villes de second ordre pourraient s’enorgueillir de ce bel établissement, bâti dans toutes les conditions possibles de salubrité pour la ville et pour les malades.

L’histoire ancienne de Pontoise est celle de toutes les villes fortes : des sièges et toujours des sièges. Prise par les Anglais pendant l’année désastreuse de 1437, elle resta quatre ans en leur pouvoir, jusqu’à ce que, en 1441, Charles 'Villes en chassa définitivement, après un siège de trois mois. Il était dans la destinée de Pontoise d’être assiégée par les rois de France.* Pendant les guerres de la Ligue, elle tomba au pouvoir de Henri 111 et de Henri IV. Quelques restes de fortifications qui subsistent encore montrent que la place n’était pas facile à emporter.

Pontoise était un des lieux que saint Louis affectionnait le plus : c’est là qu’il rendit la fameuse ordonnance pour la répression du duel judiciaire.

Pontoise est la patrie de plusieurs hommes célèbres à divers titres : l’alchimiste Nicolas Flamel, qui a fourni quelques pages si éloquentes à Victor Hugo, y est né en 1360; André Blanchard, lieutenant général des armées du roi, premier gouverneur des Invalides, y a également vu le jour. Tronçon Dueoudray, le général Leclerc, beau-frère de Napoléon, sont tous deux enfants de Pontoise.

Nous nous arrêterons à file-Adam, que l’on peut considérer comme une dépendance de Montmorency, car ce lieu a toujours été la propriété de la famille qui porte ce nom : parmi les titulaires du fief qui n’étaient pas des Montmorency, nous ne devons pas oublier cependant Philippe de file-Adam, qui défendit Rhodes, dont il était grand-maître , contre les Turcs, et qui, chassé de cette île, vint établir à Malte le siège de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. L’Ile- Adam possédait, avant la Révolution, un château magnifique, remarquable surtout par ses belles écuries, à tel point que l’on disait, en parlant de ces dernières, que le propriétaire croyait sans doute à la métempsycose, puisqu’il s’était préparé un si bel asile. Aujourd’hui il ne reste du parc, du château et de l’orangerie, que deux pavillons et les bâtiments dits la

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60

conciergerie et le prieuré. C’est encore cependant un site fort agréable, et les bois de file-Adam comptent parmi les plus pittoresques des environs de Paris.

L’intervalle compris entre les deux chemins de fer du Nord et de Strasbourg renferme plusieurs localités intéressantes: nous citerons seulement Écouen, Sarcelles, Luzarches, Gonesse et Dammartin.

Sarcelles est assez remarquable par son église, qui renferme des échantillons de l’architecture de plusieurs siècles différents , et par ses fabriques de dentelles. Non loin de là est Écouen, avec son château bâti par Bullant, élève de Pierre Lescot. Le. plan de ce château est carré, et composé de quatre corps de bâtiments, qui laissent au centre une vaste cour ; quatre pavillons s’élèvent au-dessus des angles, et des fossés entourent tout l'édifice. La révolution a fait disparaître les colonnes qui ornaient les diverses façades, et la fameuse table prise dans un cep de vigne de trois pieds de diamètre. On lui a enlevé également les vitraux peints en camaïeu d’après les dessins de Raphaël, qui se trouvent maintenant au Musée, et le rétable de sa chapelle, qui orne celle de Chantilly. Enfin madame Campan fit passer une couche de grisaille sur les peintures à fresque , un peu profanes, qui avaient été exécutées dans l’intérieur par les premiers artistes de la Renaissance. Mais les curieux peuvent encore admirer la chapelle, d’une élégance inimitable, avec ses boiseries sculptées et ses statues des Pères de l’Église : il s’y trouve encore de belles salles pavées en faïence peinte, et des vitraux curieux représentant le connétable de Montmorency et sa famille.

Luzarches n’a pas de pareils attraits pour engager les curieux à la visiter. C’est une petite ville, avec justice de paix, brigade de gendarmerie et bureau do poste; on y fabrique des dentelles, et on y vend beaucoup de bestiaux, voilà tout. Pourtant les touristes infatigables pourraient trouver quelque plaisir à reconnaître les ruines du vieux château de Luzarches et de l’abbaye d'Hérivaux : les vestiges de cette dernière se trouvent au fond d’une solitaire et fraîche vallée, à une lieue de la ville.

Gonesse n’a guère plus d’importance que Luzarches , aujourd’hui du moins : mais, durant tout le moyen âge, ce fut une ville importante, appartenant au roi et non à la couronne. Les drapiers de Gonesse avaient, à Paris, une halle particulière : les boulangers de Gonesse approvisionnaient Paris de pain blanc. Il ne reste, en souvenir de ces temps reculés, qu’un Hôtel-Dieu et une jolie église : ajoutons que, lors de l’invasion de 1815, Wellington avait son quartier général à Gonesse.

Quant à Dammartin, c’est aussi une grandeur déchue. Chacun a entendu parler des hauts faits de ses anciens seigneurs, les sires de Chabannes et de Dammartin : un proverbe atteste encore combien le souvenir de son formidable château est resté dans la mémoire du peuple. On y remarque toujours l’église de Notre-Dame, d’une architecture singulière, avec le tombeau d’Antoine de Chabannes. Près de Dammartin se trouve Ermenonville, fameux par la mort de J. J. Rousseau. Ce philosophe repose dans une petite île, formée par une rivière qui arrose la propriété de M. de Girardin, fameux par l’hospitalité qu’il donna à Y homme de la nature et de la vérité.

Le dernier des chemins de fer dont nous ayons à nous occuper, c’est le chemin de Paris à Rouen, qui passe par Saint-Germain, et qui se bifurque par un embranchement que nous avons déjà suivi jusqu’à Versailles. Partons de la station de Colombes, où le chemin de la rive droite devient distinct de la ligne qui conduit jusqu a Rouen et au Ha\re. Ce petit tiajet que nous avons réservé pour le dernier de nos pèlerinages, est sans aucun doute celui qui résume le plus d’agréments variés dans le plus court espace de temps. On en jugera.

Dans l’étroit intervalle que mesure la voie de fer entre l’embarcadère situé à la place du Havre et les embranchements de Versailles et de Saint-Gei main,

pARIS. TVP. DE FIRMIN DIDOT , 66, RUE MCOB. 20 C. par la poste.

on remarque à droite et à gauche une foule de localités, ou plutôt de faubourgs de Paris, qui tous mériteraient une histoire : Clichy-la-Garenne , \illiers, Sablonville, Neuilly, le mont Valérien , les Ternes , que sais-je? Le temps nous presse; il faut glisser sur tous ces passages si curieux : d’ailleurs les chemins de fer n’attendent pas.

Sablonville est remarquable par la chapelle funéraire élevée au lieu même oii le duc d’Orléans fut emporté par ses chevaux et rendit le dernier soupir.

L’édifice, formant une croix grecque, s’élève au milieu d’un enclos planté d’arbres. Il est d’un style byzantin, mitigé par quelques détails d’architecture antique; une croix en pierre domine le point d’intersection des nefs. Le bras droit est occupé par une chapelle dédiée à saint Ferdinand, le bras gauche par un cénotaphe, et le cœur par l’autel de Notre-Dame de Compassion, dont la statue décore une niche extérieure pratiquée dans l’abside. Les trois portails s’arrondissent à plein cintre et sont ornés de rosaces, où sont peintes la Foi, la Charité et l’Espérance. Dix fenêtres cintrées, qui répandent dans l’enceinte un jour mystérieux , sont enrichies de vitraux fabriqués à la manufacture de Sèvres, d’après les compositions de M. Ingres. Ils représentent sai it Philippe, saint Louis, saint Robert, saint Charles Borromée, saint Antoine de Padoue, sainte Rosalie, saint Clément d’Alexandrie , sainte Amélie , saint Ferdinand, sainte Hélène, saint Henri, saint François, sainte Adélaïde , saint Raphaël.

La sacristie est derrière le chœur, en dehors de la croix. Devant le portail principal, on a réservé un hémicycle à la circulation des voitures; en face sont les salles destinées au service de l’église et le logement du desservant.

Le cénotaphe élevé au duc d’Orléans a été exécuté dans les ateliers du Louvre, par M. Triquetti, d’après les dessins de M. Ary Scheffer. Un piédestal de marbre noir porte la figure du prince, étendu sur un matelas, et revêtu du costume d’officier général; sur un socle qui forme le prolongement du piédestal, à droite, est un ange en prières, l’une des dernières œuvres de la princesse Marie. Qui eût dit à cette royale artiste, si prématurément moissonnée, que son frère lui survivrait si peu de temps, et qu’elle travaillait à lui compléter un mausolée !

Les deux statues sont en marbre blanc de Carrare. Un enfoncement semi-circulaire, ménagé dans le piédestal, renferme un bas-relief d’un beau caractère : la France, sous la forme d’un ange, étreint du bras gauche une urne qu’elle arrose de larmes, et tient de la main droite un drapeau tricolore renversé.

Le souvenir du déplorable accident qui coûta la vie à ce prince nous fait songer à Neuilly, où le roi Henri IV et Marie de Médicis furent, d’une manière analogue, entraînés par les chevaux de leur voiture, précipités dans la Seine, et ne durent leur salut qu'au courage de deux seigneurs qui se trouvaient auprès du roi. Par suite de cet événement, Henri IV fit construire un pont, aujourd’hui remplacé. On trouve, outre ce pont moderne, qui est assez remarquable, plusieurs belles maisons de campagne, qui font de Neuilly un séjour très-agréable. Il suffit de citer le parc et le château qui ont appartenu au roi Louis-Philippe, et celui qui fut bâti pour la princesse Borghèse.

C’est au-dessus d’Asnières, comme nous l’avons déjà dit, que commencent les deux bifurcations du chemin de fer, l’une se dirigeant sur Versailles, et sur laquelle nous avons déjà fait voyager le lecteur, l’autre aboutissant à Saint-Germain. Mais, quitte à revenir sur nos pas, suivons d’abord la ligne directe.

En sortant de la station de Colombes, vous passez la Seine sur un pont en biais, de deux arches de 30 mètres, le pont de Bezons, au delà duquel commence le département de Seine-et-Oise. Après le pont on entre dans une tranchée d’où l’on a extrait 200,000 mètres cubes de terre, et qui se continue jusqu’à Houilles. Nous laissons alors Houilles à droite, Sartrouville et la Frette à gauche, et un remblai fort élevé nous conduit au pont de Maisons- Laffitte. La vue est charmante des deux côtés ; mais l’attention se porte exclusivement sur le magnifique château bâti par Mansart pour René de Longueil, surintendant des finances. Voltaire l’habita plusieurs fois lorsqu’il appartenait à l’arrière-petit-fils de son fondateur, le président de Maisons. Le comte d’Artois le posséda jusqu’à la révolution; Napoléon le donna au maréchal Lannes. Plus tard , il devint la propriété de Jacques Laffitte, dont il porte maintenant le nom. Après la mort de l’illustre banquier, il a été vendu , et les acquéreurs

Chapelle Saint-I'erdinand, à Sablonville.

ont coupé en morceaux son beau parc de mille arpents. Chaque année de nouveaux lots se vendent, de nouvelles maisons de campagne se bâti ssent, de nouveaux jardins se créent, et tous les dimanches et jours de fête le chemin de fer amène à Maisons le matin, et ramène le soir a Paris, outre de nombreux promeneurs, les heureux possesseurs de ces petites villas.

Au sortir de Maisons-Laffitte, le chemin de ferentre dans la forêt de Saint-Germain, qu’il traverse en grande partie en tranchées. Quelques convois s’arrêtent a la station de (ion flans, établie au milieu de celte belle forêt pour desservir Conflans et les autres villages situés près du confluent de la Seine et de l'Oise La forêt vient d è re coupée. Nous apercevons à gauche Achères, et plus loin Andresis, avant d’arriver à Poissy.

Poissy est une ville de 2,880 habitants; elle doit sa réputation actuelle à sa maison de détention, établie dans 1 ancien couvent des Ursulines, et qui contient 0 à 700 condamnés des départements de la Seine et Seine-et-Oise, a sa caisse d’escompte, instituée pour payer aux marchands de bestiaux le prix des boeufs que leur achètent les bouchers de Paris, jusqu'à concurrence du crédit ouvert à ces derniers par le préfet de la Seine, et plus encore à scs marchés du jeudi,

où il se vend annuellement, en moyenne, 80,000 bœufs, 13,000 vaches, 330,000 moutons et 42,000 veaux.

On se ferait difficilement une idée de l’animation, du mouvement qui régnait autrefois dans cette petite ville pendant une partie de la semaine. Dès le mercredi déjà, c’était, une longue file de voitures, de carioles, de tapccus, qui amenaient la majeure partie des bouchers de la capitale et du département de Seine-et-Oise. Le jeudi , l’affiuence était encore plus considérable, et, le vendredi , une grande partie de cette multitude regagnait ses foyers au moyen des mêmes véhicules qui les avaient amenés deux jours auparavant.

Aujourd’hui les chemins de fer ont changé toutes ces habitudes. Poissy ne voit plus ces hôtes périodiques venir séjourner dans ses murs avec leurs voitures et leurs chevaux, et y faire, pendant près de deux jours, une consommation nécessaire qui réagissait d’une manière heureuse tant sur les recettes de l’octroi que sur la valeur des immeubles et le bien-être de sa population. Si le marché du jeudi n’a pas cessé d’être également fréquenté, si peut-être l’affiuence y est plus considérable que par le passé, les chemins de fer qui amènent en quelques minutes toute cette | foule, l’enlèvent, une fois ses affaires terminées, avec

une égale rapidité. Les uns prennent le chemin de Rouen, qui, d’un seul trait, et en un peu moins de trois quarts d’heure, les dépose au sein de la ville même, à quelques pas du marché. Les autres , peu sensibles à l'inconvénient de changer de voiture , ont conservé leurs anciennes habitudes. Ils se rendent, par le chemin de Saint- Germain au Pecq, où les attendent des omnibus qui les conduisent à Poissy.

Les deux chemins de fer qui, par des voies différentes, aboutissent aujourd’hui à Poissy, ont donc exercé sur cette ville une double influence et dans un sens contraire. Si leur établissement a été favorable à son marché en y facilitant et en y régularisant la présence d’un immense concours de vendeurs et d’acheteurs, on ne peut se dissimuler qu’ils ont nui aux recettes de la ville , en la privant du séjour forcé de tous ces habitués hebdomadaires. Sous ce rapport, ils ont été peu favorables à la prospérité de la ville, qui, délaissée tous les autres jours de la semaine, ne fait plus qu’assister au passage des voyageurs de la route de Normandie.

Disons aussi que Poissy a dans sa position topographique un désavantage réel. Bornée d’un côté par la Seine, et de l’autre par la commune d’Achères et la forêt de Saint-Germain, elle n’a, à proprement parler, point de territoire. Elle n'a donc aucune production à elle, et, confinée pour ainsi dire dans ses murailles, d'autres ressources que son marché et sa consommation locale.

Aux termes d’un arrêté en date du 31 mars 1843,

« afin de développer, dans l’intérêt des consommateurs et dans celui de l’agricultuie, la production des races qui, par la perfection de leurs formes ou leur développement précoce, fournissent le plus abondamment à la consommation , » le ministre a décidé <pie chaque année il serait distribué à Poissy des primes et des médailles d encouragement aux propriétaires des animaux les plus parfaits de conformation et de graisse. Ces primes varient, suivant les classes, depuis 1,200 francs et 1,000 francs jusqu’à 000 et

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