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CHAPITRE XL1I. LES CIMETIÈRES ET LES CATACOMBES

J. Delille.

Héloïse et Abéli rd.

Bcniardin’dejSaint-Pierre.

Géricault.

Talma.

15 Cent. LA LIVRAISON.

20 C. par la poste.

dame de Démidoff est un de ceux qui attirent le plus l’attention, avec celui qui a été élevé au général boy, vis-à-vis la modeste pierre de Benjamin Constant.

Le Père-Lachaise a reçu un grand nombre de dépouilles d’hommes aussi célèbres que ceux-là , mais rpii reposent sous des monuments moins somptueux. La simple boîte de marbre sous laquelle reposent côte à côte Molière et la Fontaine parle bien plus à l’imagination et aux souvenirs que tous ces ornements et. ces inutilités.

Géricault, Talma, Gros, Delille, Chénier,

Boufllers, Parny, Ginguené, Suard, etc., reposent de même sous des monuments dont ne voudrait pas l’ombre d’un riche commerçant, d’un banquier ou d’un avocat renommé.

Quel contraste en effet entre la tombe d’un Cuvier, d’un Dupuytren, d’un Bernardin de Saint-Pierre, ou de tout autre tombe n'ayant d’autre ornement que le nom glorieux qui y est gravé, et le monument funéraire d’un Aguado, où resplendit encore tout le luxe d’une vie maintenant éteinte !

Il ne faut pas oublier ici le tombeau d’Abélard, qui repose au Père-Lachaise, ainsi que son inséparable Héloïse, depuis le 6 novembre 1816. Ce monument se trouve dans un endroit écarté, et forme une enceinte entourée de colonnes dans le goût du temps, qui supportent une toiture sous laquelle se trouvent les deux cercueils et les figures des deux amants.

Il fut construit par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, ami d’Abélard. Les deux figures couchées ne sont pas du temps, et paraissent avoir été rétablies au seizième siècle.

Il faut espérer que les restes du philosophe et de l’abbesse trouveront enfin un asile éternel dans ce champ de repos, où ils ne sont arrivés qu’après bien des vicissitudes : qu’on en juge.

Abélard, inhumé au prieuré de Saint-Marcel de Châlons-sur-Saône, fut ensuite furtivement transféré au Paraclet, où, quelques années plus tard, on l’enferma avec Héloïse dans le tombeau dont nous parlons. En 1497, on transféra ce monument de la chapelle du Petit-Moutier dans la grande église; on sépara les ossements des deux personnes et on les ensevelit à part. Les deux tombeaux furent placés de chaque côté du chœur. En 1030, l’abbesse du Paraclet les fit transporter dans la chapelle de la Trinité.

Au commencement de la Révolution, les deux corps furent placés dans un caveau particulier de l’église de Nogent-sur-Seine el déposés dans un même cercueil, avec une lame de plomb qui les séparait : de là, ils vinrent figurer dans le jardin du musée des monuments Français. En 1814, ils servirent à orner la seconde cour de ce musée; en 1813, ils passèrent dans l’église de Saint- Germain des Prés; de là, dans la maison du Père-Lachaise, et enfin, dans le cimetière oii on les voit encore.

Telles sont les curiosités funèbres que font voiries ciceroni officiels de la capitale des morts; mais ils se taisent si on les interroge sur la sépulture des pauvres. C’est qu’il y a là, en effet, une grande iniquité : la fosse commune.

Quiconque a visité l’un des trois cimetières de Paris s’est arrêté, saisi de tristesse et d’effroi, sur le bord d’un immense goufre toujours béant , d’une tranchée de 80 mètres de long sur l de large, que la mort travaille sans cesse à combler. C'est la fosse commune! c’est là que les cercueils des malheureux

morts sans ressources sont juxtaposés, c’est jetés, c’est empilés qu’il faudrait dire, sans un pouce de tterre entre eux, sans une autre séparation que quel-

Monument Aguado.

ques planches h peine jointes. Là, le vieillard, l’enfant, le débauché, la vierge, sont accumulés pêle-mêle, et, chose horrible à dire, à penser plus encore, quand

La tombe du pau\re.

les frêles ais de sapin s’entr’ouvrent, sous la double action de l’humidité et des gaz méphitiques qui les repoussent, les chairs se mêlent et les ossements se con¬

fondent ! Là, enfin, il faut dire un éternel adieu à tout ce que l’on a aimé. Quand le lit de cadavres a rempli toute la longueur de la funèbre tranchée, la terre, recouvrant le tout, laisse indéterminée la place oii nous avons vu disparaître ce que nous avions de plus cher, et ce n’est que par à peu près, au juger, qu’une main amie peut entreprendre de planter une croix de bois, un arbuste sur la demeure dernière de ceux qu’a dévorés cette effroyable sarcophage.

Voilà où nous en sommes après plus de quinze siècles de civilisation ascendante et de christianisme ! Le pauvre, à Paris, n’a pas de tombe, et notre dureté renouvelle pour lui le mythe de l’obole antique en le réalisant : nous sommes plus païens que les païens eux-mêmes, qui, du moins plaçaient dans la bouche du mort, en leurs décentes funérailles, la drachme du péage exigé au Ténare pour le repos définitif.

Est-ce à dire pourtant que les affeciions et les regrets soient moins vifs, le besoin de se souvenir et de s’épancher moins pressant parmi les pauvres que dans les classes élevées? Il p’en est rien ! Demandez aux marchands d’emblèmes funéraires lequel se vend le plus des modestes couronnes, des humbles brins d’immortelles, ou des fastueuses guirlandes !

En 1830, il y a eu à Paris, dans les trois cimetières de l’Est, du Nord et du Sud, 22,306 inhumations; sur ce nombre, la fosse commune a reçu 13,792 corps!

Paris, qui, à lui seul, renferme le trentecinquième de la population totale du territoire, qui supporte à lui seul le quatorzième de l’impôt ; Paris, dont la population, admirable d’intelligence et d’activité, produit tant et travaille tonte sa vie; Paris, dis-je, par une exception unique et inique, est exclu, dans ses habitants, du droit de tombe, du droit aux prières de l’Église, assurés du moins à tons les habitants, riches ou pauvres, de nos plus petites agglomérations rurales. Car il convient de dire que les inhumés en fosse commune le sont sans assistance religieuse, et que l’inconcevable barbarie de l’usage leur refuse tout, jusqu'à un prêtre.

Nous sommes moins chrétiens que lesmahométans, qui aiment mieux entourer de toutes parts leurs villes d’une banlieue funéraire et vivre au milieu de la mort que de troubler jamais, fùt-ce au bout d’un siècle, la paix des décédés par une exhumation impie; nous le sommes moins que les juifs, qui, par un singulier privilège, ont jusqu’à ce jour évité la fosse commune, et dont chaque défunt a sa tombe séparée dans les portions de nos cimetières afférentes à la religion mosaïque. A nous frères par l’Évangile, à nous seuls cette déplorable et barbare promiscuité, cet outrage de toutes les lois religieuses et morales, qui transforme un cimetière en voirie, et qui réserve à tous les pauvres le supplice posthume que l’antiquité réservait aux plus grands criminels.

Pourtant, il n’y a aucune loi qui justifie cet excès de profanation. Si cette loi existait, il faudrait que tout homme de cœur n’eût qu’un seul cri pour provoquer son abolition; et pourtant, que doit-on penser, quand on songe que non -seulement il n’existe pas de loi pareille, mais qu’il en existe une qui proscrit formellement cet ordre de choses si fâcheux?

Le décret de Napoléon, premier consul, paru le 23

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