‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 10 sur 146 · XXX MERCIER · texte numérisé non relu

XXX MERCIER

tout Touvrage, vers la fin de 1788 : « Je comptais avoir lout dit, du moins tout ce que je savais, sur cette ville qui fixe élernellement les regards du monde entier; et je comp* tais bien n'y plus revenir, lorsqu'une révolution dont le souvenir ne périra jamais, et influera sur les destinées futures de l'espèce humaine, vint bouleverser les mœurs â*un peuple paisible, changer ses habitudes, ses lois, ses usages, sa police, son gouvernement, ses autels, et lui inspirer tour à tour le courage le plus héroïque et la férocité la plus lâche. » Mercier trouva la guerre déclarée, et la révolution en bon train de se faire, si elle n'était pas faite au moins dans les esprits. Il ne faut pas demander de quel côté se tourna Tauteur de VAn deux mille quatre cent quarante; il était bien plus sincèrement, bien plus logiquement républicain que tous ces discoureurs de l'Encyclopédie, qui étaient encore les privilégiés dans cette société de privilèges. On a pu douter du patriotisme de Chamfort, dont les instincts, l'éducation, les antécédents devaient le garer contre l'envahissement des idées nouvelles -, mais Mercier obéissait purement et simplement à sa nature, et pouvait se proclamer républicain sans ingratitude et sans apostasie. Tant de choses se sont passées depuis lors, et ces événements, refoulés par le torrent des événements qui leur a succédé, nous ont tellement éloignés de cette époque si récente en réalité, que tout cela pour nous n'est plus que de l'histoire. Aussi Mercier trouvera-t-il en nous un juge moins sévère, moins rigoureux, plus juste que ne le fut l'auteur de la Correspondance philosophique de Caillot Duval (4). Si l'on considère ces temps critiques, si l'on compare

(1) ForUa de Piles, dans ses six lettres sur le Nouveau Paris,

SA VIE ET SES OEUVRES. xxxi

Mercier aux autres acteurs, et nous entendons parler des plus honnêtes, de ce drame terrible, nous ne doutons pas que ses adversaires ne lui pardonnent et ses déclamations démagogiques et ses insultes ampoulées contre la royauté en faveur du courage de résistance dont il fit preuve à une époque où la modération était un crime de lèseuatlon. 11 faut convenir, toutefois, que rien n'est plus étrange que les pages où Mercier se fait le chroniqueur des scènes les plus palpitantes de la révolution. Pour y voir juste, l'on a bon besoin de s'isoler de la foule et des intérêts de la foute, et c'est ce qu'il n'était pas à même de faire; il écrit avec les passions du premier venu jouant son rôle dans celte comédie funèbre, dont le dénoùment obligé, pour les bourreaux aussi bien que pour les victimes, devait se passer sur la place Louis XV; il applaudit aux premières atteintes contre le pouvoir, il applaudit à son avilissement, il battit des mains à sa ruine.

Il rédigea seul, pendant dix -huit mois, en 1789, les Annales patriotiques. Au bout de ce temps , il se vit dépos* sédé par Carra et le libraire , qui, selon son expression , lui arrachèrent la plume des mains. Plus tard, il devint le collaborateur assidu de la Chronique du mois , journal constitutionnel. 11 ne pouvait faire longtemps cause commune avec les Jacobins, dont les fureurs et les brutalités sanguinaires le' révoltèrent. Envoyé à la Convention par le département de Seine-et-Oisc, il prit place parmi les Girondins; la modération de ces derniers cadrait au moins avec ses principes et l'aménité réelle de ses mœurs. Il se lia avec Condorcet, Louvet, Brissot, à l'égard desquels il s'exprime toujours avec une sorte de vénération et de respect. Quoique bien tranchés, les deux partis , réunis contre l'ennemi com-

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