‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 101 sur 146 · LES PETITS CHIENS · texte numérisé non relu

LES PETITS CHIENS

plus yive et plus touchante ; ses yeux brillent d'un rayon plus animé; son sourire enfin est plus doux. Je ne sais quelle grâce accomplie se répand insensiblement sur toute sa personne. Quel éclat ! quelle fraîcheur ! »

Et que n'eût point dit Pope, s'il eût vu cette toilette d'or, qui n'était cependant pas destinée à une reine ; ce miroir célèbre, surmonté de deux petits amours tenant une courpnne qui figurait celle du pouvoir ! Le fini, le précieux de tous ces ornements aurait été digne de ses vers; mais auraient-ils pu atteindre à la description de tant de richesses? Pope eût été aussi embarrassé que l'auteur qui voudrait décrire le nouveau pavillon de Lticienne, où tout ce qu'a pu imaginer la fantaisie raffinée du luxe est rassemblé au premier degré.

Ah, si ron pouvait devenir un des sylphes dont parle le poëte anglais^ et assister invisible à telle toilette ! on en saurait plus en une heure que n'en disent toutes les anecdotes, que n'en font entrevoir toutes les conjectures.

Un seul témoin vaut mieux que cent gazettes.

Dieux ! faitea parler les toilettes , Et nous saurons le secret des États.

l«ea petite ehieiuu

La folie des fenmies est poussée au dernier période sur cet article. Elles sont devenues gouvernantes de roquets, et ont pour eux des soins inconcevables. Marchez sur la patte d'un petit chien, vous êtes perdu dans l'esprit d'une femme ; elle pourra dissimuler, mais elle ne vous le pardonnera jamais : vous avez blessé son manitou.

Les mets les plus exquis leur sont prodigués : on les régale de poulets gras, et l'on ne donne pas un bouillon au malade qui gît dans le grenier.

Mais ce qu'on ne voit qu'à Paris, ce sont de grands imbéciles qui, pour faire leur cour à des femmes, portent leur chien publiquement sous le bras dans les promenades et dans les rues ; ce qui leur donne un air si niais et si bête, qu'on est tenté de leur rire au nez, pour leur apprendre à être hommes.

Quand je vois une belle profaner sa bouche en couvrant de baisers un chien qui souvent est laid et hideux, et qui, fût-il beau, ne mérite pas des affections si vives^ je trouve ses yeux moins beaux ; ses bras en recevant cet animal, paraissent avoir moins de grâces. J'attache moins de prix à ses caresses, elle perd à mes yeux une grande partie de sa beauté et de ses agréments. Quand la moi'tde son épagneul la met au désespoir, qu'il faut le partager, pleurer avec elle et attendre en silence que le temps amène l'oubli d'un si grand désastre, cette extravagance anéanti ce qui lui reste de charmes.

Jamais une femme ne sera cartésienne : jamais elle ne consentira à croire que son petit chien n'est ni sensible ni raisonnable quand il la caresse. Elle dévisagerait Descartes en personne, s'il osait lui tenir un pareil langage ; la seule fidélité de son chien vaut mieux selon elle, que la raison de tous les hommes ensemble.

J'ai vu une jolie femme se fâcher sérieusement et fermer la porte à un homme qui avait adopté cette ridicule et impertinente opinion. Comment a-t-on pu refuser la sensibilité aux animaux? Croyons-les très-sensibles ; et loin de justifier la barbarie des hommes à leur égard, ne leur faisons que le moindre mal possible : mais^ en nourrissant de la chair des bœufs^ des moutons et des dindons, n'accablons pas de folles caresses un petit chien que nous ne mangeons pas.

La femme d'un médecin avait son petit chien malade : son mari avait promis de le guérir ; il n'en faisait rien, ou n'en était pas venu à bout : impatientée, elle fit venir Lyonnais (i), qui

(I) Fameux méJeciu Te chiens. [NoU de Mercier.)

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