‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 123 sur 146 · TRIBUNAL DES MARÉCHAUX DE FRANCE · texte numérisé non relu

TRIBUNAL DES MARÉCHAUX DE FRANCE

On a mis en scène devant Leurs Majestés le dialogue incroyable du menteur intrépide, et des provinciaux crédules : rien de plus vrai que le fond de cette farce. La coutume qu'on a de s'entretenir partout de la cour de Versailles, a créé dans de certains endroits des traditions d'une extravagance si rare, qu'on ne sait ce qui a pu enfanter ces détails imaginaires, dont 0:1 aurait peine à désabuser les personnes qui les ont adoptés, quelques raisonnables qu'elles soient d'ailleurs.

Tribunal des maréehaox de France*

On voit dans l'histoire qu'ils avaient une juridiction souveraine et sans appel sur les gens de guerre et la noblesse. De nos jours, ils prennent encore connaissance de tout billet et engagement d'honneur.

Le tribunal des maréchaux de France est le seul qui soit redoutable aux égrefins; et il faut avouer que quelques militaires ne sont point assez délicats^ lorsqu'il s'agit d'emprunter pour ne pas rendre. Il serait à désirer que les citoyens portassent à ce tribunal toutes les affaires d'honneur sur lesquelles nos lois grossières sont muettes ou insuffisantes.

Les tribunaux n'écoutent nos demandes que lorsqu'il s'agit à'argent, et cette foule d'offenses qui chagrinent les âmes délicates et sensibles restent pour la plupart impunies, parce qu'il n'y a pas de juges faits pour venger cet honneur particulier, non moins précieux que la vie. Nos ancêtres étaient plus heureux que nous ; ils avaient des tribunaux ouverts pour tout ce qui choquait leur noble ûerté.

Les maréchaux de France ont deux juridictions: Tune volontaire, quoiqu'on partie contentieuse, concernant le point d'honneur entre la noblesse et les gens de guerre; l'autre, purement contentieuse et qui se régit par les formalités ordinaires aux

lois générales, instituées pour Fadministration de la justice. Les maréchaux de France exercent la première eux-mêmes dans leur tribunal; ils y terminent les différends qui tiennent à leur connaissance.

Le siège de la connétablie du palais est une juridiction sous Tautorité immédiate des maréchaux de France; on y juge toutes les affaires contentieuses de particuliers avec gentilshommes ou militaires, les rebellions envers la maréchaussée. Les jugements de ce siège se rendent toujours au nom des maréchaux de France.

A regard de la compétence des personnes qui peuvent être traduites devant les lieutenants des maréchaux de France^ il n'a pas encore été déterminé bien précisément Fextension que Ton y pourrait donner; c'est Tobjet d'un règlement auquel on travaille depuis longtemps.

Tout homme d'honneur devrait de, son propre mouvement se rendre justiciable de cet auguste tribunal, lui soumettre d'avance ses engagements, ses paroles et ses actions. S'il connaît de toutes les contestations concernant le point d'honneur entre les gentilshommes et les officiers, n'y a-t-il pas une nombreuse classe d'hommes qui, sans être militaires, vivent noblement, et qui ont aussi leur point d'honneur? Si l'engagement de tout homme libre était porté devant ce tribunal , s'il embrassait toutes les personnes qui ont reçu cette éducation distinguée^ laquelle établit une différence réelle entre les hommes, une foule de procédés honteux qui déshonorent la société disparaîtraient. On ne connaîtrait plus ces débats qui donnent un spectacle scandaleux et tendent à avilir des professions honorables : les engagements les plus sacrés ne seraient pas annullés par la lenteur des lois; le respect de soi-même, ce sentiment énergique^ connu de nos ancêtres, renaîtrait dans toute sa dignité, la parole deviendrait un contrat; toute injure serait effacée; toute accusation gratuite serait punie ; le fourbe, l'intrigant, le menteur n'ayant plus pour égide les formes tortueuses

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