INFLUENCE DE U CAPITALE, ETC
serait beaucoup le Parisien^ remettrait tous les citoyens de niveau pour ce jour-là, les ferait rire, et servirait à corriger nombre de ridicules. Une autre année Londres aurait son tour : ritalien, le Batave, l'Espagnol, ]e Polonais, le Russe, FAUemand, viendraient figurer successivement.
Le Palais-Royal, plus que tout autre édifice de la ville, pourrait servir, je crois, à donner au peuple une fête piquante, et du genre de celle que j'indique ici.
Le vainqueur de Tigrane et de Mithridate, le conquérant du Pont et de TArménie, Timilateur de Sardanapale, le sectateur d'Épicure, LucuUus enfin, lorsqu'avec un luxe asiatique il donnait des fêtes dans le salon d'Apollon, en Thonneur de Cicéron et de Pompée, ne pouvait procurer à ses illustres hôtes, quoiqu'il eût mis à contribution la terre et les mers, ne pouvait, dis-je, procurer à ceux qu'il traitait, les jouissances que goûte de nos jours un jeune prodigue, qui, retranché au Palais- Royal, réunit à sa table splendide plus de sensations qu'on n'en avait dans les plus beaux jours de la grandeur romaine.
De l'inllaeneo do la eapftelo sur les provinces.
Elle est trop considérable, relativement à l'influence politique, pour qu'on puisse en détailler les effets. Je ne veux la considérer ici que par l'attrait qui séduit tant de jeunes têles, et qui leur représente Paris comme l'asile de la liberté, des plaisirs et des jouissances les plus exquises.
Que ces jeunes gens sont détrompés, quand ils sont sur les lieux ! Autrefois les routes entre la capitale et les provinces n'étaient ni ouvertes, ni battues. Chaque ville retenait la génération de ses enfants, qui vivaient dans les murs qui les avaient vu naître, et qui prêtaient un appui à la vieillesse de leurs parents : aujourd'hui le jeune homme vend la portion de son
héritai^e, pour venir ]a dépenser loin de Tœil de sa famille ; 11 la pompe, la dessèche^ pour briller un instant dans le séjour de la licence.
La jeune fille soupire et gémit de ne pouvoir accompagner son frère. Elle accuse son sexe et la nature. Elle se déplaît dans la maison paternelle. Elle se peint avec feu les plaisirs de la capitale et la splendeur de la cour. Elle y rêve toute la nuit. Elle voit Topera ; elle est sur les remparts, elle se promène dans un char superbe : on Tadore ; tous les yeux sont fixés sur elle.
On lui a dit que toutes les femmes y reçoivent un culte perpétuel ; qu'il ne faut que de la beauté pour y être adorée ; qu'elles choisissent à leur gré, dans la foule de leui*s esclaves, le plus fait pour leur plaire ; que les maris y sont ridicules, sitôt qu'ils veulent parler de leur empire. Elle compare cette vie libre et voluptueuse, à celle qu'elle mène dans l'économie d'une maison rangée, et son imagination est trop ardente pour pouvoir s'arrêter : elle n'accorde plus que de Testime à son amant honnête.
Sa mère la nourrit dans ces trompeuses illusions. Elle est avide des nouvelles de cette ville. Elle est la première à dire avec exclamation : Il vient de Paris ! il arrive de la cour ! Elle ne trouve plus autour d'elle ni grâces, ni esprit, ni opulence.
Les adolescents^ écoutant ces récits, se figurent avec des traits exagérés ce que l'expérience doit cruellement démentir un jour ; ils ne tardent pas à obéir à cette maladie générale qui précipite toute la jeunesse de province vers Tabîme de corruption. Heureux encore celui qui ne perd qu'une partie de sa fortune, et qui apprend à être sage pour le reste de ses jours ! II n'appartient qu'à l'indigence absolue et au génie transcendant de visiter cette ca(>itale. Ceux qui vivent dans une heureuse médiocrité, tant du côté des talents que du côté de la fortune, ne sauraient qu'y perdre.
Ceux qui reviennent dans leur patrie, se croient. en droit d'y