‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 144 sur 146 · QUE DEVIENDRA PARIS · texte numérisé non relu

QUE DEVIENDRA PARIS

mépriser tout ce qui n*est pas selon les us de la capitale. Ils mentent aux autres et à eux-mêmes. Sont-ils obligés intérieurement de rabattre des idées qu'ils s'étaient formées? ils continuent à crier miracle, sans que leur cœur soit de la partie. Ils enflent les relations de Paris, qui ressemblent assez aux descriptions des fêtes publiques : ceux qui les lisent les trouvent toujours plus belles que ceux qui les ont vues.

9ae deviendra Paris.

Thèbes, Tyr, Persépolis, Carthage, Palmyre ne sont plus. Ces villes qui s'élevaient fièrement sur le globe, dont la grandeur^ la puissance et la solidité semblaient promettre une durée presque éternelle, ont laissé équivoques les traces même du lieu qu'elles ont occupé.

D'autres cités, jadis florissantes et peuplées, n'offrent plus aujourd'hui dans un effrayant désert, que quelques colonnes éparses^ quelques monuments brisés, tristes restes de leur magniflcence passée. Hélas I les grandes villes modernes éprouveront un jour la même révolution.

Cette rivière utilement resserrée dans des quais majestueux et formés de pierres, encombrée par des débris immenses, se débordera, et formera des étangs bourbeux et infects; les ruines des édifices boucheront ces rues alignées au cordeau, et dans ces places où un peuple nombreux s'agite, les animaux venimeux, enfants de la putréfaction, ramperont autour des colonnes renversées et à moitié ensevelies.

Est-ce la guerre, est-ce la peste, est-ce la famine, est-ce un tremblement de terre, est-ce une inondation, est-ce un incendie, est-ce une révolution politique, qui anéantira cette superbe

ville? Ou plutôt plusieurs causer réunies opéreront-elles cette vaste destruction (1)?

Elle est inévitable sous la mkin lente et terrible des siècles qui mine les empires les mieux affermis, efface les villes, et appelle des peuples nouveaux sur la poussière éteinte des peuples anciens.

Notons, à toute aventure, pour les siècles reculés (ce que tout le monde sait), que Paris est sous le 20" degré de longitude, et au 48* degré 50 minutes 10 secondes de latitude septentrionale.

Échappez, mon livre, échappez aux flammes ou aux barbares ; dites aux générations futures ce que Paris a été ; dites que j'ai rempli mon devoir de citoyen, que je n'ai pas passé sous silence les poisons secrets qui donnent aux cités les agitations de la maladie et bientôt les convulsions de la mort ! Quand l'épouvantable opulence, qui se concentre de plus en plus dans un plus petit nombre de mains, aura donné à l'inégalité des fortunes une disproportion plus effrayante encore, alors ce grand corps ne pourra plus se soutenir ; il s'affaissera sur lui-même et périra.

Il périra! Dieu, ahl quand le sol couvrira insensiblement ses débris, que le blé ci*oîtra au lieu élevé où j'écris, qu'il ne restera plus qu'une mémoire confuse du -royaume et de la capitale, l'instrument du cultivateur, en fendant la terre, viendra heurter peut-être la tête de la statue équestre de Louis XV ; les antiquaires assemblés feront des raisonnements à l'infini, comme nous en faisons aujourd'hui sur les débris de Palmyrc.

Mais de quel étonnement ne sera pas frappée la génération d'alors, si la curiosité la porte à fouiller les débris de cette

(1) Agésilas, Tainqueur de la Phrygie, 6ta les habits des prisonniers, et les expoi^a nus en vente, les vêtements d'un côté, les hommes de l'autre. Personne ne voulut acheter les hommes trop efféminés, trop délicats pour être de bons esclaves. On se jeta sur les dépouilles. Agésilas élevant la voix, dit à ses soldats : Voilà Us hommes que vous aurez à comballre^et le butin qui vous récompensera. Quand je lis ce trait historique, il me fait toujours frémir. {Noie de Mercier.)

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