‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 15 sur 146 · LE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LE BOURGEOIS

sur une feuille volante Thistoire récente et fugitive des quatre parties du monde ; on y parle du conclave et d'une bataille , d'un vizir étranglé, et d'un nouvel académicien ; enfin jusqu'au singe et au perroquet de la noaison, tout vous rappelle les miracles de la navigation et Tardente Industrie de Thommc.

En mettant la tête à la fenêtre , on considère Thomme qui fait des souliers pour avoir du pain, et Thomme qui fait un habit pour avoir des souliers^ et Thomme qui, ayant des habits et des souliers^ se tourmente encore pour avoir de quoi acheter un tableau. On voit le boulanger et Tapothicaire, Taccoucheur et celui qui enterre, le forgeron et le joaillier, qui travaillent pour aller successivement chez le boulanger,. Tapothicaire, raccoucheur et le marchand de vin. .

Le bourgeois*

Par la même raison que Ton ne donne à la Haye que le nom de bourg, parce que cette ville n'est point murée, on pourrait appeler ainsi Paris, qui n'a point de murailles.

C'est le pays de tout le monde : le Parisien natif n'y a pas plus de privilèges que le Chinois qui viendrait s'y établir ; si je disais mon droit de citoyen, je ferais rire jusqu'aux officiers municipaux.

Le Parisien s'échauffe d'abord avec une espèce de frénésie ; le lendemain il tourne tout en ridicule, parce qu'il ne cherche que l'amusement.

Il est tombé, depuis près de cent ans, dans une espèce d'insouciance sur ses intérêts politiques; poison moral qui gâte les cœurs, énerve les entendements, atténue et fait trouver trop fort tout ce qui est énergique : on y a peur de tout ce qui est sublime en tout genre.

On se borne au persiflage superficiel des ridicules, et l'on a rendu odieuse la censure utile des vices.

Le régent, ayant bouleversé toutes les fortunes il y a soixante ans, a produit le même bouleversement dans les mœurs : c'est à cette époque qu'a commencé l'oubli des vertus domestiques.

Le bourgeois est marchand, mais il n'est pas négociant : livré à une conduite mercantile, les spéculations grandes et généreuses lui échappent; il fait des affaires de tout. Il est vrai que la douane obstrue et fatigue horriblement le commerce.

Dès qu'on est sur le pavé de Paris, on voit bien que le peuple n'y fait pas les lois : aucune commodité pour les gens de pied, point de trottoirs. Le peuple semble un corps séparé des autres ordres de l'État ; les riches et les grands, qui ont équipage, ont le droit barbare de l'écraser ou de le mutiler dans les rues; cent victimes expirent par année sous les roues des voitures. L'indifférence cruelle pour ces sortes d'accidents fait voir que Ton croit que tout doit servir le faste des grands. Louis XV disait : Si j'étais lieutenant de police, je défendrais les cabriolets. Il regardait cette défense comme au-dessous de sa grandeur.

Que l'on dise à un tranquiUe habitant des Alpes, qu'il y a une ville oïl des citoyens poussent leurs chevaux à toute bride sur le corps de leurs concitoyens , qu'ils en sont quittes pour payer une légère somme, et qu'ils peuvent recommencer le lendemain ; il taxera le Parisien de mensonge, et n'osera faire entrer dans sa mémoire Fimage de cette'barbarie.

Le peuple est mou, pâle, petit, rabougri; on voit bien au premier coup d'oeil que ce ne sont pas là des républicains : à ceuxci appartient un autre caractère qu'au sujet d'un monarque. Que celui-ci soit poli, sybarite, sans mœurs fortes: il n'a d'autre consolation que les jouissances trompeuses du luxe. Ce n'est que le républicain qui déploie celte rudesse, ce geste tranchant, cet œil animé, qui conservent l'énergie des âmes et soutiennent le patriotisme.

Si le citoyen ne marche point sur le pavé, la tête haute, prêt

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