LE GUET
qu'il voulait que le pavé de Paris fût respecté comme le sanctuaire et le tabernacle : il a raison, et il a bien dit.
La civilisation est presque perfectionnée de ce côté-là ; on n'a rien à craindre de Tinsolence et de l'ivresse, pai'ce que la main- ^ forte n'est pas éloignée. On l'appelle à son secours, et on obtient ordinairement prompte justice.
Pierre le Cruel, qui passe pour avoir aimé la justice, en a donné une bonne preuve, à cequ*a dit un historien espagnol. H se plaisait à courir les rues la nuit. Une fois qu'il faisait tapage, un garde de nuit, croyant rencontrer un particulier, le battit vigoureusement; le roi le tua. La justice, le lendemain, fit des perquisitions contre l'auteur du meurtre. Une bonne femme^ qui avait reconnu le roi, l'accusa. Les magistrats en corps allèrent lui porter des plaintes : le roi, pour satisfaire la justice, fit couper la tête à son effigie. On voit encore cette statue tronquée au coin de la rue où le meurtre fut commis.
Cartouche a fait trembler la* ville de Paris, pendant un assez long espace de temps; un pareil chef de voleurs, eût-il encore plus d'audace et de ressources, n'aurait pas de nos jours un tel avantage.
Une correspondance non interrompue entre le magistrat et ses préposés opère la connaissance suivie de tout ce qui se passe; et l'on prévient des désordres autant qu'on en punit.
Les recherches, informations et vérifications aboutissent à un centre où se réunit tout ce qui intéresse la siireté publique.
Indépendamment de ces soins, les lanternes et réverbères, les différents corps de garde distribués , et, comme je Pal déjà dit, les falots errant de tous côtés, ont prévenu une infinité d'accidents.
On ne saurait trop multiplier les précautions, surtout à l'entrée des hivers. La machine est bien montée depuis cinquante ans; mais cette machine, comme 4oute autre, a ses moments de langueur. Si elle venait à s'arrêter, Paris serait en proie aux hoiTcui-s d'une ville prise d'assaut.
La garde monte à près de quinze cents hommes ; on peut s'enrôler et vieillir dans ce corps sans craindre les blessures; on peut y pousser sa carrière aussi loin qu'un moine qui boit, mange et digère; on en est quitte pour dormir le jour, au lieu de reposer la nuit.
Quelquefois les soldats du guet maltraitent sans sujet ceux qu'ils arrêtent, et leur mettent les menottes d'une manière cruelle ; on doit réprimer secrètement de pai*eils abus, et empêcher que les gardiens de la sûreté publique n'attentent impitoyablement au moindre citoyen, qui doit toujours être respecté, jusqu'à ce que les lois aient prononcé; car il peut être innocent avec toutes les apparences d'un homme coupable.
Kileu tenant do police*
Un lieutenant de police est devenu un ministre important, quoiqu'il n'en porte pas le nom ; il a une influence secrète et prodigieuse; il sait tant de choses, qu'il peut faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien , parce qu'il a en main une multitude de fils qu'il peut embrouiller ou débrouiller à son gré: il frappe ou il sauve, il répand les ténèbres ou la lumière ; son autorité est aussi délicate qu'étendue.
On connaît ses fonctions; mais on ne sait peut-être pas qu'il s'occupe encore à dérober à la justice ordinaire une foule de jeunes gens de famille, qui, dans l'effervescence des passions^ font des vols, des escroqueries ou des bassesses ; il les enlève à la flétrissure publique: la honte en rejaillirait sur une famille entière et innocente; il fait un acte d'humanité» en épargnant à des pères malheureux l'opprobre dont ils allaient être couverts : car nos préjugés, sous ce point de vue, sont bien injustes et bien cruels.
Le libertin est enfermé ou exilé, et ne passe point par la