LK PONT NEUF
vers a disparu sans qu'aucun des enrôlés sous ccHc devise Peut peut-être compris.
Autrefois le gros Thomas, le coryphée des opérateurs, tenait
ses séances sur le pont Neuf. Voici son portrait fidèlement tracé,
pour la satisfaction de ceux qui ne Pont pas vu.
tt II était reconnaissablc de loin par sa taille gigantesque et tt l'ampleur de ses habits. Monté sur un char d'acier, sa tête a élevée et coiffée d'un panache éclatant, figurait avec la tête « royale de Henri IV; sa voix mâle se faisait entendre aux deux a extrémités du pont, aux deux bords de la Seine. La confiance « publique l'environnait, et la rage de dents semblait venir extt pirer à ses pieds. La foule empressée de ses admirateurs, tt comme un torrent qui toujours s'écoule et reste toujours égal, ne pouvait se lasser de le contempler; des mains sans « cesse élevées imploraient ses remèdes, et Ton voyait fuir le
. « long des trottoirs les médecins consternés et jaloux de ses « succès. Enfin, pour achever le dernier trait de Péloge de « ce grand homme , il est mort sans avoir reconnu la Fa- « culte. ))
Un Anglais, dit-on, fit la gageure il y a cinq ans, qu'il se promènerait le long du pont Neuf pendant deux heures, offrant au public des écus neufs de six livres, à vingt-quatre sous pièce, et qu'il n'épuiserait pas de cette manière un sac de douze cents francs qu'il tiendrait sous son bras. 11 se promena criant à haute voix : Qtà veut des écus de six francs tout neufs, à vingt-quatre sous? Je les donne à ce prix. Plusieurs passants touchèrent, palpèrent les écus, et, continuant leur chemin, levèrent les épaules en disant : Ils sont faux, ils sont faux. Les autres, souriant comme supérieurs à la ruse, ne se donnaient pas la peine de s'an^êter ni de regarder. Enfin une femme du peuple en prit trois en riant, les examina longtemps, et dit aux spectateurs : y4llons, je risque trois pièces de vingt-quatre sous par curiosité. L'homme au sac n'en vendit pas davantage, pendant une promenade de deux heures ; il gagna amplement la gageure contre
celui qui avait moins bien étudié que lui, ou moins bien connu Tesprit du peuple.
Les marches du pont Neuf s'usent visiblement vers le milieu, et en peu d'années, sous les pieds des innombrables passants. Elles deviennent glissantes, et l'on est obligé de les renouveler.
Des marchands d'oranges et de citrons ont, au milieu du pont^ des boutiques qui forment un coup d'œil agréable : car ce fruit est aussi sain qu'il est beau.
Le guot*
La sûreté de Paris^ pendant la nuit^ est Touyrage du guet et de deux ou trois cents mouchards qui battent le pavé, qui reconnaissent et qui suivent les gens suspects ; c*est pendant la nuit que se font tous les enlèvements de police.
Les falots, répandus çà et là, ne laissent pas que d'intimider les brigands; de sorte que les rues de Paris sont sûres la nuit comme le jour, à quelques accidents près ; accidents inévitables, quand on songe à la foule des hommes désespérés qui n'ont plus rien à perdre.
On rossait autrefois le guet, et c'était même un amusement que se procuraient les jeunes gens de famille et les mousquetaires; en cassait les lanternes, on frappait aux portes, on faisait tapage dans les mauvais lieux, on enlevait le souper qui sortait du four, et l'on claquait la servante; on déchirait ensuite la robe du commissaire. On a réprimé ces excès avec tant de sévérité, qu'il n'est plus question de pareils jeux : la jeunesse n'est plus réputée indisciplinable, et rien n'excuserait aujourd'hui la violente incartade d'une tête écervelée.
Ce n'est pas là un des petits avantages de la capitale. L'âge mûr n'a rien à craindre de l'âge bouillant. Un magistrat a dit