‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 22 sur 146 · AUTEURS · texte numérisé non relu

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gent qui Jeur vient des provinces ne se consomme pas dans le sein des provinces mêmes.

Ils publient de temps en temps des mandements, ouvrages de leurs secrétaires. Le style et les idées en sont prescrits d'avance. Le meilleur mot de Piron est celui-ci : Âvez-vous lu mon man^ dément? lui dit un évêque. — Oui, monseigneur; et vous{\) ?

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A Paris sont ces écrivains qui moissonnent et qui vendangent avec leur plume, qui ont dans leur écritoire toutes leurs terres cl toutes leurs rentes: tels ont été les deux Corneille, leur neveu Fontenelle, Crébillon, les deux Rousseau (2), et presque tous les hommes illustres qu'a produits la France. Le plus grand des anciens poètes a été le plus pauvre.

Profanes, à genoux I ce pauvre, c'est Homère.

On met encensoirs et cassolettes sur leurs tombeaux : de leur vivant, on les laisse dans Tindigence; mais cette indigence est honorable, et ceux qui se conservent sans tache, au milieu de cet abandon général, sont les plus vertueux des hommes.

(1) Dans VÉpUre sur la bonne et la mauvaise plaisanterie, cette repartie a été rimée en quatre vers par le Brun :

Un jour, certain prélat d'ignorante mémoire, «Fier d'un beau mandement dont il payait la gloire, Aborda ce railleur si connu parmi nous :

u L'avez-vous lu, Piron ? — Oui, monseigneur ; et vous 7 ■

Vjc prélat était Christophe de Beaumont, auquel Jean-Jacques Rousseau adressa sa fameuse lettre à propos de VÉmile^ anathématisé par un mandement de cet archevêque de Paris . [Note ae Véditeur.)

(2) Il y a un troisième Rousseau fort riche ; il n'a fait ni Émile^ ni VOile à ta For. tvne : il fait exploiter un journal à son profit; il a gagné beaucoup d'argent à ce métier. 11 se nomme Pierre Rousseau. {Noie de Mercier.)

Les pensions que le gouvernement accorde aux gens de lettres ne se donnent ni aux plus pauvres, ni à ceux qui ont le plus utilement travaillé : les plus souples, les plus intrigants, les plus importuns, enlèvent ce que d'autres se contentent d'avoir mérité au fond de leur cabinet.

La pauvreté de l'homme de lettres est à coup sûr un titre de vertu, et une preuve du moins qu'il n'a jamais avili ni sa personne ni sa plume. Ceux qui ont sollicité et obtenu des pensions n'en peuvent pas dire autant devant leur conscience : leurs écrits peuvent être irréprochables; mais leur conduite ne l'a pas toujours été.

Brébeuf a dit :

Si les cieux m'étaient favorables , Et le destin moins rigoureux , Je voudrais faire des heureux Où je verrais des misérables.

Ce seraient mes plus doux plaisirs De prévenir jusqu'aux désirs De ceux où brille un haut mérite ; J'en ferais ma félicité; Et souvent mon esprit s'irrite De les voir dans l'adversité.

Ah ! si les gens de lettres riches venaient au secours des gens

de lettres pauvres! le beau rêve! Plusieurs ont dû leur

élévation à la culture des lettres, aux avis des gens de lettres, à la recommandation des gens de lettres ; et, ime fois dans les hautes places, ils ont oublié leurs amis, leurs confrères, leurs bienfaiteurs.

Les gens de lettres emploient ordinairement la matinée au travail, et ils ont tort : la composition du soir a beaucoup plus de feu; mais les spectacles et les dissipations journalières tuent le génie, et l'empêchent de suivre de grands travaux.

Un défaut assez commun aux gens d^esprit de la capitale, c'est de ne pas s'occuper assez de celui des autres ; c'est de ne pas faire attention à la réflexion lente de tel homme modeste

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