AUTEURS
(t simple, qur, n'ayant pas la langue agile et souple^ a tardé quelquefois à donner son aperçu ; c'est encore de n*être pas assez indulgents^ et de placer le mérite unique dans la facture d'un livre; c'est enfin de ne pas savoir écouter : mais Thomme qui écoule à Paris est un être très-rare.
C'est par les gens de lettres que Fesprit de la capitale est devenu diamétralement opposé à Tesprit de la cour : le premier, cherchant à rétablir les droits de Thomme, ne veut plus laisser qu'un faible empire à Topinion des grands, qui jadis humiliaient le peuple en tous sens; les gens de lettres font aujourd'hui tous leurs efforts pour rabaisser la vanité des titres à son néant réel, et pour élever à leur place les travaux utiles et recommandables de rhomme célèbre en tout genre. (laîtres de l'opinion, ils en font une arme offensive et défensive. Aussi la guerre la plus vive est-elle déclarée entre les gens de lettres et les grands; mais ceux-ci, à coup sûr, perdront la bataille.
On a attribué à la liberté d'écrire les vices que le luxe a enfantés^ tandis que les écrivains ont combattu de toutes leurs forces les excessifs abus du pouvoir. On a voulu les rendre responsables des mœurs des grands, qui ne se lisent point, ou qui sont ennemis nés des écrivains. On a voulu rejeter sur eux tous les désastres qu'ils avaient, pour ainsi dire, prévus et annoncés, et auxquels ils s'étaient opposés. Leurs adversaires ne se sont jamais piqués de logique.
La ruine de la morale a pris naissance dans les cours et non dans les livres. Le crime des gens de lettres est d'avoir répandu la lumière sur cette foule de délits qui voulaient s'envelopper de ténèbres. Les puissants n'ont pas vu, sans frémir, tous ces secrets honteux, à jamais dévoilés; ils ont détesté le flambeau^ et celui qui le portait.
On connaît le mot de Duclos : Les brigands n'aiment point les réverbères, La nation elle-même ne fait pas tout ce qu'elle doit aux gens de lettres. Quoique peu unis entre eux, ils sont d'accord sur les principes essentiels. Ils flétrissent tous les suppôts
du pouvoir arbitraire, les reconnaissent sous leurs enveloppes, les dénoncent et les punissent. Ils devinent Tadministrateur inepte et le ridiculisent. Ils intimident, par une censure vigilante et exacte, jusqu'aux oppresseurs subalternes qui, dans l'ombre, se croient à l'abri de leur justice. Ils savent la rendre à tous les hommes publics, excepté à leurs rivaux. Ils forment très-souvent un cri unanime, qui devient Texpression de la raison universelle. Que sera l'autorité contre cette voix puissante qui; au défaut de l'impression, parle et subjugue par la force de l'évidence? Rien. Elle n'a plus d'autre parti à prendre que d'être juste et modérée, sans quoi toutes ses fautes seront gravées d'un burin fidèle. Elle fait tout pour diviser ce corps qui, sans un point de ralliement, a cependant un même esprit. Elle soudoie des mercenaires pour souffler le feu de la discorde, pour mettre en mouvement l'amour-propre irascible ; mais, au milieu de ces débats, leurs armes se tournent subitement contre l'ennemi de la liberté et des lois. Ils savent très-bien distinguer une querelle littéraire d'une guerre patriotique, et tous leurs traits se confondent sur le fauteur de la tyrannie, comme s'ils étaient tous d'accord et amis.
C'est par euxenfin que chaque caractère est connu aujourd'hui et mis à sa place. L'arrêt qu'ils rendent en première instance est ordinairement proclamé par la voix des nations. On ne peut ni séduire ce corps ni l'anéantir ; on briserait toutes les presses, qu'il n'aurait besoin que de son silence pour décider encore l'opinion publique.
Des demi-auteurs 9 quarts d'autours; enfin 9 métis ^
quarterons . ete«
Tels sont ceux qui versent dans les Mercures et dans les journaux ou de petits vers innocents, ou des morceaux de prose