‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 24 sur 146 · DEMI-AUTEURS, QUAKTS D'AUTEURS, ETC · texte numérisé non relu

DEMI-AUTEURS, QUAKTS D'AUTEURS, ETC

niais, oades critiques sans lumière et sans sel, et qui s'arrogent ensuite, dans les sociétés, le titre d'hommes de lettres : Fun a fait quatre héroides, et l'autre deux opéras-comiques. Tantôt ils disent quMIs ne sont pas auteurs, et ils ont la rage de faire imprimer, tous les mois, leurs petites rapsodies ; tantôt ils vous disent qu'ils n'écrivent que pour s'amuser : mais le public ne s'amuse pas de leurs amusements.

Leur amour-propre est encore plus plaisant que celui des auteurs de profession, parce qu'ils sont tout prétention, des pieds à la tête, à raison de leur profonde nullité.

L'un se fait comte au bas d'un madrigal, celui-ci marquis dans un alinanach ; tous déclament fort haut contre la médiocrité orgueilleuse, et tous sont orgueilleitx et médiocres. Plusieurs font parade de leur naissance, non moins équivoque que leurs talents; ils allongent tant qu'ils peuvent les syllabes de leur nom, et prennent un journal pour le Nobiliaire de France. Ils soutiennent encore, qu'ils n'impriment pas pour de l'argent; ce qu'ils prouvent si bien à chaque ligne qu'ils écrivent, qu'on voit assez qu'ils n'en auraient jamais pu faire leur métier. Mais, s'ils ne prétendent pas au titre d'auteur, pourquoi se faire imprimer ? Ce n'est point une excuse de dire qu'on ne travaille que pour son plaisir, disait Rpusseau le poète.

On pourrait les comparer à ces guêpes qui tournent à l'entrée d'une ruche sans pouvoir y entrer : jamais ils ne feront de miel, et ils ne parlent que de la fabrique du miel. C'est bien pis encore quand ils se donnent les tons de protecteurs, quand ils arborent le drapeau de tel parti contre tel autre : loueurs impertinents ou censeurs téméraires, voilà leur devise.

Ensuite viennent les maîtres journalistes, feuillistes, folliculaires, compagnons, apprentis satiriques, qui attendent pour écrire qu'un autre ait écrit, sans quoi leur plume serait à jamais oisive. Us forgent ce tas d'inepties périodiques dont nous sommes inondés, dans les arsenaux de la haine, de l'ignorance et de Tenvie; ils sentent par instinct que le métier dejugeur est le

plus aisé de tous, et ils soulagent à la fois le double sentiment de leur impuissance et de leur jalousie.

Au nom du goût ils mordent ou déchirent; tous frappent et sont frappés ; on croit voir des écoliers qui ont dérobé une •lourde férule, qu'ils s'arrachent tour à tour, et dont ils se donnent des coups violents. Des écrivains imberbes font la leçon aux anciens, et ne se la font jamais à eux-mêmes.

Quand ils ont démontré le vice d'une période, décomposé un hémistiche et souligné quatre à cinq mots, ils se croient les restaurateurs de la poésie et de l'éloquence ; ils vont d'une injustice à une injustice plus grande, d'une méchanceté à une méchanceté plus injurieuse. Voués au journalisme, ce mélange absurde du pédantisme et de la tyrannie, ils ne seront bientôt, plus que satiriques, et ils perdront, avec l'image de l'honnête, le moral des idées saines.

Cette tourbe subalterne donne seule au public ce scandale renaissant dont il s'amuse, et qu'il voudrait malignement rejeter sur les gens de lettres honnêtes et silencieux ; mais le public sait bien qu'il y a autant de distance entre ces aboyeurs et les écrivains qu'entre des recors et des juges assis sur leur tribunal. Tout ce tapage littéraire fournit néanmoins un aliment à l'insatiable voracité de ce public pour tout ce qui respire la critique, la satire et la dérision. II n'y a des auteurs méchants que parce qu'il aime cette guerre intestine et qu'il s'ennuie de la paix.

Femmes auteurs*

Les femmes en tout temps ont été jalouses parmi nous de faire l'agrément des sociétés. Eh 1 pourquoi serait-il défendu à l'esprit de passer par une belle bouche? De là à la culture des lettres^ il n'y avait qu'un pas. Les conversations roulant sur les

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