‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 26 sur 146 · FEMMES AUTEURS · texte numérisé non relu

FEMMES AUTEURS

pai'donne pas la tourbe médiocre des esprits, qui voudrait exiger des femmes un perpétuel aveu d'infëriorité.

Mais n'aurions-nous pas perdu, si nous avions été prives des écrits delà disciple fidèle du malheureux Abailard? Ayons du moins quelque reconnaissance pour rillustrc Isaure, la belle maîtresse de Pétrarque, l'ingénieuse Scudéri , Tépicurienne et galante Ninon, la fameuse Christine, la charmante la Suze, la séduisante Mancini, rinimitable et tendre Sévigné, la généreuse Rambouillet, la maligne de la Sablière, la voluptueuse Ville- Dieu, la verlueuse Chéron, la sage et sensée Lambert, Tamusanté d'Aulnoy, la célèbre Dacier, la modeste Bernard, Tenjouée et vive Louvancourt, la savante Lussan, Taimable Staal, et rimmortelle Deshoulicres.

Et notre littérature ne s'est- elle pas enrichie des lettres sur ritalie par madame du Boccage ; des romans de madame Ricco- ])oni, écrits d*un style si pur; des ouvrages de madame la marquise de Sillery, où Tinstruction raisonnée est à chaque page de son théâtre moral, qui remplit si parfaitement son titre; des compositions originales de madame la comtesse de Bcauharnais, où Tesprit, le sentiment et la connaissance du monde sont si bien fondus ensemble ; du pinceau mâle et historique de mademoiselle Kéralio ; des imitations embellies de madame la baronne de Vase et de miss Wouters, sa sœur? N*al-on pas lu avec plaisir les vers de madame d'Antrcmont, de Laurcnçin, de mademoiselle Gaudin ? Madame Benoit, madame d*Aubanton, madame Monet, madame d'Ormoy, madame de Gouges, qui doit tout à la nature, nous ont donné des écrits où l'on trouve de l'intérêt, de Timagination, des tableaux fidèles de nos mœurs. Et s'il faut un luxe aux grandes sociétés, quel luxe plus heureux et plus agréable que les ouvrages d'un sexe où nous aimons à aller chercher les idées et les sentiments qui reposent au fond de leur âme, et qui se développent peut-étrii avec plus de franchise dans leurs écrits que dans leurs regards et dans leurs paroles I

La Courillle*

On ne sait ici-bas à qui la renommée promet ses faveurs éclatantes. Elle tire de la plus profonde obscurité des noms qu'elle proclame tout à coup, et rend illustres. Ces noms passent dans toutes les bouches, s'attachent à la langue nationale, et deviennent immortels. Tel est le fameux nom de Ramponeau, plus connu mille fois de la multitude que celui de Voltaire et de Buffon, 11 a mérité de devenir célèbre aux yeux du peuple, et le peuple n'est jamais ingrat. Il abreuvait la populace altérée de tous les faubourgs^ à trois sous et demi la pinte : modération étonnante dans un cabaretier, et qu'on n'avait point encore vue jusqu'alors !

Sa réputation fut aussi rapide qu'étendue. Une affluence extraordinaire rendit son cabaret trop étroit ; et remplacement s'élargit bientôt avec sa fortune. Je ne parlerai point ici des princes qui le visitèrent. Le sourire du peuple^ a dit Marmontel, vaut mieux que la faveur des rois*

Il fut question de le faire monter sur un théâtre, pour le livrer tout entier aux avides regards du public, qui ne voulait voir que lui. 11 avait signé un engagement avec Tentrepreneur d'un spectacle ; mais il se rétracta, alléguant sa conscience, qui lui reprochait d'avoir voulu monter sur un théâtre. Il en naquit un procès ; mais Ramponeau triompha, et ses avocats adverses furent verteinent chapitrés par leur ordre, tant le génie prédominant de ses heureux destins terrassait tous ses ennemis.

La fortune vint à la suite de la renommée : il enrichit la Idngue d'un mot nouveau, et, comme c'est le peuple qui failles langues, ce mot restera ; on dit rartiponèry pour dire boii-e à la guihgUette hors de la ville, et un peu plus qu'il ne faut;

La i*éputation du père Elysée (depuis prédicateur du roi) Commença veis le même tempà, comnie il le dit lui-même;

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