‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 27 sur 146 · LA COURTILLE · texte numérisé non relu

LA COURTILLE

mais le père Elysée ne fut pas suivi comme Ramponeau. Le père Elysée est retombé dans robscuiité, et le nom de Ramponeau est vivant. Tant que le peuple aimera à boire du vin à six sous, il se souviendra avec une tendre reconnaissance que Ramponeau le donnait à trois et demi.

(Test à la Courtille que s'agite, le dimanche, un peuple qui consacre ce jour-là à la boisson et au libertinage, que dans un étage au-dessus on appelle galanterie : il est presque sans voile dans ces tavernes, où cette populace étourdit sa raison sur le profond sentiment de sa misère. C'est la brutalité de la passion, qui, dans ce qu'on appelle le bas peuple^ fait le grand nombre d'enfants ; et le philosophe, après s'être promené à la Courtille avec ses yeux observateurs, ne pourra s'empêcher de dire : C^est là oii la nature gagne, car elle perd avec les classes supé- Heures ; et ce sont les inférieures qui la dédommagent des pertes qu'elle fait ches les grands et chez le bourgeois trop aisé.

Tandis que Ramponeau augmentait en célébrité, celle d'un contrôleur général des finances, monté à cette place avec la plus haute réputation, tomba précipitamment. Il fit plusieurs écoles^ quoique doué d'esprit et de connaissances. Dès lors tout parut à la Silhouette^ et son nom ne tarda point à devenir ridicule. Les modes portèrent à dessein une empreinte de sécheresse et de mesquinerie. Les surtouts n'avaient point de plis, les culottes point de poches, les tabatières étaient de bois brut; les portraits furent des visages tirés de profil sur du papier noir, d'après l'ombre de la chandelle, sur une feuille de papier blanc. Ainsi se vengea la nation. Quelque temps auparavant était tombée de même une grande réputation , celle du maréchal de Belle-Islej grandpapera^seur, qui, par un ton hardi et une grande suffisance, avait (ait accroire à tout le monde qu'il était un homme d'État*

L'histoire du règne de Louis XIY et de Louis XY serait tout entière dans Thistoire des contrôleurs généraux. Fouquet, Colbei't, Desnaarets, Laws, Orry, Silhouette, Berlin, Laverdi, rabl)é Terray (sans parler des autres), fourniraient des observa-

lions exactes et curieuses Mais nous sommes loin de la

Courtille ; reniions dans noire sujet, malgré la pente qui nous porte incessamment à nous en écarter.

Les clcganls.

11 n'y a plus d'hommes à bonnes fortunes; c'est^^à-dire, de ces hommes qui se faisaient une gloire d'alarmer un père, un mari, de porter le trouble dans une famille, de se faire bannir d'une maison avec grand bmit, d'être toujours mêlés dans les nouvelles des femmes : ce ridicule est passé, nous n'avons plus même de petits-maitres ; mais nous avons Vélégant.

L'élégant n'exhale point Tambre ; son corps ne paraît pas dans un instant sous je ne sais combien d'attitudes ; son esprit ne s'évapore point dans les compliments à perte d'haleine ; sa fatuité est calme, tranquille, étudiée ; il sourit au lieu de répon*dre; il ne se contemple point dans un miroir ; il a les yeux incessamment fixés sur lui-même, comme pour faire admirer les proportions de sa taille et la précision de son habillement.

11 ne fait des visites que d'un quart d'heure. Il ne se dit plus Vami des dues, l^amant des duchesses, l'homme des soupers. 11 parle de la retraite où il vit^ de la chimie qu'il étudie, de l'ennui où il est du grand monde. Il laisse parler les autres ; la dérision Imperceptible réside sur ses lèvres ; il a l'air de rêver, et il vous écoute; il ne sort pas brusquement, il s'évade; il vous quitte^ et vous écrit un qiiart d'heure après, pour jouer l'homme distrait.

Les femmes, de leur côté, n'épuisent plus les superlatifs^ n'emploient plus les mots de délicieux, d'étonnant, d'incompréhensible; elles parlent avec une simplicité affectée et n'expriment plus sur aucune chose ni leur admiration ni leurs transports : les événements les plus tragiques ne leur aiTachent qu'une légère exclamation ; les nouvelles du jour, narrées sans ré-

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