MESSES
 la porte des spectacles se trouve toujours un aboyeur à la voii de Stentor, qui crie: Le carrosse de M, le marqxus! le carrosse de madame la comtesse! le carrosse de M,. le présiderU! Sa Toii terrible retentit jusqu'au fond des tavernes où boivent les laquais, jusqu'au fond des billardâ où les cochers se querellent et se disputent. Cette voix qui remplit un quartier couvie tout, absorbe tout, le bruit confus des hommes et des chevaux. Laquais et cochers, à ce signal retentissant, abandonnent les pintes et les queues, et courent reprendre la bride des chevaux et ouvrir la portière.
Cet aboyeur, pour donner à sa poitrine une force plus qu'humaine, renonce au vin et ne boit que de Teau-de-vie. Il est toujours enroué, mais cet enrouement même imprime à sa voix un son rauque et épouvantable, qui ressemble à un tocsin. Il crève bientôt à ce métier. Un autre le remplace ; il hurle de même, boit de même, et meurt comme son prédécesseur, à force d'avoir avalé de Teau-de-vie d'épicier.
On dit par jour à Paris six à sept mille messes, à quinze sous pièce. Les capucins font grâce de trois sous. Toutes ces messes ont été fondées par nos bons aïeux, qui pour un rêve, commandaient le sacrifice non sanglant. Point de testament sans une fondation de messes; c'eût été une impiété, et les prêtres auraient refusé la sépulture à quiconque eût oublié cet article, ainsi que les faits anciens le prouvent.
Entrez dans une église, à droite, à gauche, en face, en arrière, de côté : un prêtre ou consacie ou élève l'hostie, ou la mange, ou prononce Vite missa est.
Des prêtres irlandais se sont quelquefois avisés de dire deux messes par jour; et vu Timmensité de la ville, le hasard seul
a fait reconnaître la supercherie. Un double appétit les forçait à cette double célébration.
Dans le siècle passé, un prêtre du Petit-Saint-Antoine était marié secrètement, et tenait son ménage près de la place Maubert. Il se pai-tageait avec la même ferveur entre Tautel et son épouse. Bon prêtre, bon mari^ père de cinq enfants^ il s'habillait deux fois par jour, pour tromper les regards et remplir ses doubles fonctions, qui lui étaient également chères. Sa félicité fut travei^e par un cruel délateur ; le parlement cassa son mariage, et il fut exilé à perpétuité : heureux de ne pas subir une peine plus grave.
L'abbé Pellegrin n'était pas marié ; mais il faisait des opéras tout en disant la messe. Le démon ne piésidait pas à ses compositions; car elles étaient extrêmement froides. On fit sur lui ces vers :
Le matin eatholique et le goir idolâtre, 11 diae de Tautel et soupe du théâtre.
Un prince ayant nommé pour son aumônier Tabbé P***, connu par ses nombreuses et intéressantes productions, lui dit à sa première audience : Monsieur l'abbé, vous voulez donc être mon aumônier? mais sachez que je n'entends point de messes. — Et moi, monseigneur, je n'en dis point (i).
On appelait messe musquée une messe tardive qui se disait, il y a quelques années, au Saint-Esprit, à deux heures; le beau monde paresseux s'y rendait en foule avant le dîner. On donnait trois livres au prêtre, parce qu'il était -obligé de jeûner jusqu'à cette heure; la loueuse de chaises y gagnait encore. L'archevêque a défendu la messe et l'on a pris depuis la méthode de s'en passer. Il aurait mieux valu ne point abolir la messe musquée.
Depuis dix ans le beau monde ne va plus à la messe; on n'y va que le dimanche, pour ne pas scandaliser les laquais, et les laquais savent qu'on n'y va que pour eux.
(1) Le prince de Conti et l'auteur de Manon Lescaut, l'abbé Prévôt.
{Noté de Vidileur,)