‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 146 · MESSE DE LA PIE · texte numérisé non relu

MESSE DE LA PIE

Le 3 août 1670, le nommé François Sarrazin, natif de Caen en Normandie, âgé de vingt-deux ans, d'abord huguenot, puis catholique, mais toujours ennemi de la présence réelle, attaqua rhostie, répée à la main, au moment que le prêtre la levait, dans l'église Notre-Dame, à Tautel de la Sainte- Vierge. En voulant percer ladite hostie immédiatement après la consécration, il blessa de deux coups le prêtre, qui prit la fuite ; mais ses blessures ne furent pas dangereuses.

Aussitôt toutes les messes cessèrent, on dépouilla les autels de leurs ornements, Téglise fut fermée jusqu*au jour de la réconoiliation.

Le 5 août François Sarrazin fit amende honorable, ayant un écriteau devant et derrière, portant ces mots : sacrilège impie. On lui coupa le poing, et il fut brûlé vif en place de Grève; il ne donna aucun témoignage de repentir ni de reti^ret de mourir.

Le 12 se fit la réparation solennelle du sacrilège commis. Il y eut une procession générale, où assistèrent toutes les cours souveraines. Toutes les boutiques, tant de la ville que des faubourgs, furent fermées par ordre du sieur de la Reynie, lieutenant de police. Voyez la Gazette de France 1670, page 771 jusqu'à la page 796.

Aucun sacrilège de cette espèce, grâces à Dieu, n'a été commis dans notre siècle, malgré les écrits, les discours et le grand nombre d'incrédules. L'on n'a pas troublé la moindre aspersion d'eau bénite, et jusque dans les processions publiques du jubilé, le culte, toujours extérieurement respecté, n'a reçu aucune atteinte.

On dira que de la Barre d'Âbbeville a donné un scandale public. 11 n'y a rien de moins prouvé que la mutilation de ce cntcifiœ sur un pont. Ce crucifix de plâtre était à portée d'être renversé à chaque minute par les charrettes, et le chevalier de la Barre n'était pas homme à tirer l'épée contre un crucifix ; il avait de la raison et de la philosophie; il mourut avec une fermeté tranquille. Le parlement, uniquement pour prouver aux Jc-

suites son attachement à la foi, rendit un arrêt semblable à ceux de rinquisition ; il s'en est repenti lorsqu'il n'était .plus temps.

L'on peut assurer qu'il ne sévira désormais d'une manière aussi violente que contre un nouveau François Sarrazin^ si un pareil insensé se représentait, ce dont on doute très-fort.

On a l'air d'un sot écolier qui n'a rien vu et rien entendu quand on se met à déclamer contre les mystères et les dogmes. 11 n'y a plus que les garçons perruquiers qui fassent des [)laisanteries sur la messe. La dit qui veut, l'entend qui veut, on ne parle plus de cela.

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HeMio de la pie*

Un bourgeois avait perdu plusieurs fourchettes d'argent; il en accusa sa servante, porta sa plainte et la livra à la justice. La justice la pendit. Les fourchettes se retrouvèrent six mois après sur un vieux toit, derrière un amas de tuiles, ou une pie les avait cachées. On sait que cet oiseau^ par un institict inexplicable, dérobe et amasse des matières d'or et d'argent. On fonda à Sain t-Jean-en-G rêve une messe annuelle pour le repos de l'âme innocente. L'âme des juges en avait un plus grand besoin.

C'est fort bien fait que de dire une messe : mais il fallait ensuite rendre l'instruction plus scrupuleuse^ abolir cette peine disproportionnée au délit; car la sévérité excessive de la loi Tannulle entièrement ; et le vol domestique^ très-fréquent parmi nous, est presque impuni de nos jours, parce que le maitre et le juge détestent intérieurement son extrême rigueur.

Une punition modérée, mais inévitable, rétablirait l'ordre bien puissamment.Sur dix servantes, quatre sont de voleuses. Personne ne veut se charger de l'accusation, à cause des suites.On les renvoie, elles volent chez le voisin, et s'accoutument à l'impunité.

11 est triste d'être obligé d'avoir incessamment l'œil ouvert sur ses domestiques, et l'on peut dire qu'à Paris il ne règne au-

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cane confiance entre le maître et le serviteur. La maîtresse de la maison a une poche remplie de clefs différentes ; elle tient sous le pêne le vin, le sucre, Teau-de-vie^ les macarons, Thuile elles confitures. Les femmes de procureur enferment le pain et les restes du souper, échappés à la voracité des clercs. L'une d'elles étant allée dîner en ville^ et ayant oublié de donner à la servante la clef de la miche, le troisième clerc, qui ne s'embarrassait pas d^avoir son congé, chargea le buffet sur les épaules d'un robuste porte-faix, et entrant dans la salle à manger, dit tout haut : La olef^ madame, voici l'armoire,

I<a Féle*Dleii*

La Fête-Dieu est la fête la plus pompeuse du catholicisme. Paris ce jour-là est propre^ sûr, magnifique et riant; on voit que les églises possèdent beaucoup d'argenterie, sans compter Toretles diamants, que les ornements sont d'une richesse peu commune^ et que le culte enfin coûte et a coûté excessivement au peuple; car tous ces trésors stagnants ont été pris sur lui.

On dit qu'on a vu^ il y a quelques années, à la procession de Saint-Sulpice, deux chevaliers de Saint-Louis caresser l'orgueil et le faste des cardinaux en portant rextréiiiiié de leurs longs manteaux rouges, à peu près comme des laquais portent la queue à une duchesse. Serait-il possible que des guerriers décorés, à l'appât d'une médiocre ou forte récompense, eussent pu se résoudre à faire la fonction des plus vils de tous les hommes, et cela aux yeux de la nation (1) !

M.deConflaos plaisaDtant, uo jour, le cardinal de Loynes sur la reteodieation d'DQ pareil privilège, M. de Luyoes lui dit avec hauteur que tel était son droit, et qae, s'il avait bonne mémoire, un Cooflaos avait exercé cet emploi près de lui. — Gelsoe me surprend pas, répondit M. de Cuoflans, dans notre famille il n'y a pas mal (IcpittVfw lèrea habitués à tirer le diable par la queue. {Noté de Véiiieur.)

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Qui De croirait, en voyant la pompe de cette fête^ que la ville ne renferme aucun incrédule dans son sein ? Tous les ordres de rËtat environnent le Saint-Sacrement, toutes les portes sont tapissées, tous les genoux fléchissent; les prêtres semblent les dominateurs de la ville, les soldats sont à leurs ordres, les surplis commandent aux habits uniformes, et les fusils, mesurant leurs pas, marchent* à côté des bannières. Les canons tirent sur leur passage; la pompe la plus solennelle accompagne le cortège; les fleurs, Fencens, la musique, les fronts prosternés,, tout ferait croire que le catholicisme n'a pas un seul adversaire, un seul contradicteur, qu'il règne, qu'il commande à tous lesespnts.... Eh bien ! Ton a admiré la marche et Tordre de la procession, le dais, le soleil, les coups d'encensoir, qui jaillissent à temps égaux, la beauté des ornements ; Ton a entendu la musique militaire entrecoupée de fréquentes et majestueuses déchaînes; Ton a compté les cardinaux, les cordons bleus, les évêqnes, les présidents en robe rouge, qui ont assisté à cette solennité; l'on a comparé les chasubles et les chappes des différentes paroisses; Ton a parlé des reposoirs. Voilà ce qui a frappé tous les esprits ; voilà ce qui a attiré leur respect et leurs hommages. »

Le soir les enfants font des reposoirs dans les rues. Ils ont des chandeliers de bois, des chasubles de papier, des encensoirs de ferblanc, un dais de carton, un petit soleil d'étain. L'un fait le curé, Tautre le sous-diacre. Ils promènent l'hostie en chantant, disent la messe, donnent la bénédiction, et obligent leurs camarades à se mettre à genoux. Un petit bedeau fait le furieux dès que Ton commet la moindre irrévérence. Les ,grands enfants qui le matin ont fait à peu près les mêmes cérémonies, lèvent les épaules, et se moquent de la procession des petits quand ils la rencontrent.

Le marquis de Brunoy, fils du banquier Montmartel, riche de vingt-six millions, dépensait à Brunoy cent mille écus pour le reposoir et la procession de cette fête annuelle. Jaloux d'imprimer le plus grand éclat aux cérémonies de l'Église, il ras-

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