‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 52 sur 146 · DE L'IDOLE DE PARIS, LE JOLL · texte numérisé non relu

DE L'IDOLE DE PARIS, LE JOLL

s'honore d'une noble oisiveté; et des mets dëlicats, remplis de sucs quintessenciés, se succèdent pour réveiller un appétit sans cesse éteint et renouvelé.

Les guerriers (si toutefois ils mangent) effleurent Taile d'un faisaa ou celle d'une perdrix; qudques-uns d'entre eux ne vivent même que de chocolat ou de sucreries. On ne vide plus des outres, on goûte des liqueurs fines , poison délectable et chéri. Les hommes au poignet de fer, à Testomac d'autruche, aux muscles nerveux, ne se montrent qu'à la foire.

C'est l'heureux siècle où l'on répand plus d'aisance dans le commerce de la vie, où Von brillante tous les objets, où l'on imagine chaque jour de nouveaux divertissements pour chasser Timmortel ennui.

On voit naître enfin la bonne compagnie, terme parfait de la succession graduelle des choses ; et la coifiure devient l'affaire importante et capitale.

L'amour n'est plus aussi cette flamme consumante qui faisait pleurer les Achilles, qui poussait les paladins à travers les monts et les forêts ; c'est une affaire de vanité : et telle femme s'imagine l'emporter en mérite sur les autres femmes, à proportion de ses amants. Elles ont le cœur assez bon pour se croire obligées de faire un grand nombre d'heureux. Tout change^ mais c'est pour le mieux. Fils ! vous ne dépendrez plus servilement d'un père'qui pensait bonnement que la nature lui avait donné quelque empire sur vous. Femmes ! vous vous moquerez de votre époux; plus de liens gênants, chaque individu est libre, et n'est soumis qu'au joug politique

comme tout devient facile et naturel I Ce qui enflammait l'imagination de nos aïeux mélancoliques est à peine un sujet de plaisanterie. Ces idées sublimes, qui avaient égaré des têtes ardentes, qui leur avaient inspiré ce fanatisme opiniâtre qui tient à de fortes pensées et qui fait peut-être les grands hommes, ne paraissent plus que sur un stérile papier où elles sont jugées, non sur lenr degré d'élévation et de force, mais sur l'cx-

pression qui les habille et les décore. M. de la Harpe vous dira que MiltoD ,Dante, Shakespeare etc., sont des écnvains monstrueux : il est vrai que M. racadémicien est éloigné de cette monstrtion'té.

Ce beau même qui, comme une statue inanimée et polie, n^avait parlé qu'à l'âme^ ne semble plus qu'une image intellectuelle faite pour les rêveries des philosophes. Mais le jolf est venu à son tour; le joli a touché tous lés sens; le joUe&i toujours charmant, jusque dans ses caprices. Il prête en effet des attraits à la volupté, il est Torateur des cercles, il attache la curiosité, il orne les talents de tous leurs avantages : toujoui*s léger et différent de lui-même, il voit dans toutes ses attitudes le goût présider à sa structure délicate.

11 fallait toute l'étendue de nos lumières pour donner une forme à cet enchanteur qui revêt des couleurs les plus riantes les objets de la nature qu*il imite ou phitôt qu'il surpasse.

Qu'est-ce que la beauté? Un rapport, une juste proportion, une harmonie très-souvent froide et dénuée de grâces. Le joli n'a pas besoin d'être examiné ; il inspire l'ivres^ dès qu'il est aperçu : un soupir involontaire rend hommage à sa perfection. Voyez ces petits chefs-d'œuvre gracieux^ ces miniatures exquises, ces merveilles fragiles : elles en sont plus précieuses, l'œil s'y fixe avec complaisance^ l'œil admire^ et l'imagination, toute active qu'elle est, se trouve satisfaite, et ne conçoit rien au delà.

Transportons en idée dans nos villes un de ces hommes qui peuplaient jadis les forêts de la Germanie, et qui reparaissent encore sur notre globe sous les noms de Tartares, de . Hongrois, etc. : vous apercevrez une haute stature, une large et forte poitrine^ un menton qui nourrit une barbe rude et épaisse, des bras charnus, une jambe fortement tendue, qui à chaque pas fait jouer un faisceau de muscles élastiques et souples. Cet homme est aussi agile que robuste. Il supporte la faim, la soif; il couche sur la terre, il brave l'ennemi, les saisons et la mort. Plaçons à ses côtés cet élégant que les grâces ont semblé caresser en le formant ; il exhale au loin une odeur d'ambi*e; son sou-

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