‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 51 sur 146 · DE L'IDOLE DE PARIS, LE JOLL · texte numérisé non relu

DE L'IDOLE DE PARIS, LE JOLL

Hors de là, Hottentots, Gaffres, Esquimaux, peuplades barbares et sans goût, je vous le certifie.

Que répondre à ces admirables objections? Rien. Continuons.

96 ItdQle do Paru, le Joli.

J'entreprends de prouver quele jolt, dans tous les genres, es la perfection du beau et même du sublime , que Tavantage d'être aimable l'emporte sur tous les autres, et que le peuple qui peut se dire la plus jolie nation, doit passer, sans contredit, pour le premier peuple de la terre. J'écris pour les bommesfemmes de Paris.

On a eu jusqu'ici une fausse opinion de ce qui méiitait Tbom* mage universel des hommes. La nature a.besoin d'être corrigée et embellie par l'art. Si on la mutile, c^est, comme on sait, pour la rendre plus gracieuse. L'agrément est le dernier trait que Ton puisse donner aux belles choses. Finit-on un édifice^ un tableau, un instrument? On lui prête des ornements qui seuls le font valoir. 11 en est de même des mœurs ; on ne commence à jouir que lorsqu'on commence à raffiner.

Lorsqu'une nation est encore barbare^ elle peut facilement rencontrer le sublime. C'est ainsi que l'œil avide de TArabe découvre Tombre d'un arbuste au milieu des déserts brûlants où il s'égare. On fait alors de grandes choses, mais c'est sans le savoir : on n*agit que par instinct. Qu'est-ce, en effet, que le sublime, sinon une exagération perpétuelle, un colosse que Tignorance construit et admire? Le génie, dans ses bonds impétueux, extravague en nous étonnant. Les peuples mêmes les plus sauvages ont créé sans effort ce sublime. tant admiré : la rudesse des passions sufQt pour .l'enfanter.

C'est une nature brute qui n'a pas besoin de culture. Alors on peint les tableaux communs du lever et du coucher du soleil;

m TABLEAU DE PARIS.

on s'extasie à la vue d*an ciel étoile; on se promène à pas lenU sur le bord de la mer, et Ton admire^ ces flots mugissants qui battent majestueusement ses rives.

On idolâtre le fantôme de la liberté, et Ton a la sottise de combattre et de mourir pour elle. On rejette un riant esclavage qui n*en mérite pas le nom, et qui doit vous créer une foule de plaisirs enchanteurs : état délicieux, oti des chaînes d'or et de soie ne vous captivent que pour vous faire parcourir un cercle d'amusements variés , où Ton vous ôte une force dangereuse, pour vous laisser une faiblesse fortunée ! On refuse dans ces temps grossiers d'élever des rois sur sa tête, et Pon se prive stupidement de Vaspect d'une cour brillante, qui réunit et les galanteries les plus ingénieuses^ et les chefs-d'œuvre heureux des arts et du goût. On vit sans peintres, sans statuaires, sans musiciens, sans coiffeurs, sans cuisiniers, sans confiseurSi 11 règne dans les mœurs un courage gigantesque, une vertu sévère et pédante : tout est grand et ennuyeux. Les maisons sont vastes comme des cloîtres ; tous les divertissements publics et particuliers portent avec eux l'empreiate d'un caractère mâle. Les femmes sont séquestrées de la société, et n'allument le feu de l'amour que dans le cœur de leurs époux. Elles ne se disputent point les hommes, elles se bornent à donner des citoyens, à les élever, à gouverner un ménage. L'autorité paternelle, rautorité maritale (noms si judicieusement devenus ridicules parmi nous), jouissent de tous leurs tristes droits. Les mariages sont féconds; et une manière de vivre uniforme et sérieuse est le caractère dominant de ce peuple, qui ne diffère guère des ours. Mais dès qu'un rayon vient l'éclairer, dès qu'il sort de cette gravité imposante et taciturne, il commence d'abord à entrevoir le beau ; il taille, il façonne, il se crée des règles : le goût et la délicatesse viennent et eufantent le joli mille fois plus séduisant. On ne voit plus sur les tables le dos énorme d'un bœuf, d'un sanglier ou d'un cerf. On ne voit plus des héros grossiers dévorer des moutons, des princesses filer ou faire la lessive. On

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