‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 56 sur 146 · PLACE DE GRÈVE · texte numérisé non relu

PLACE DE GRÈVE

assassin^ et le peuple dit et dira toujours assassineur ^ cela lui semble plus énergique.

11 y a quelques aimées qu'un fils, ayant fait assassiner son père^ fut rompu à la place Dauphine avec son complice, exécuteur du crime. Le parricide qui avait entraîné dans rabîme un homme faible, par Tappas du plus mince intérêt, se montra sur réchafaud si dur, si hautain, si peu repentant, tandis que son compagnon priait et se résignait, qu'au premier cri qu'il jeta sous le premier conp de barre, un battement universel partit de toutes les mains.

J'ai cru que ce trait, peut-^tre unique, devait appartenir au tableau des mœurs du peuple de la capitale.

On ne coupe plus de têtes; ce qui prouve queJes no6^ et les grands ne prévainquent point. Le sabre qui coupe les têtes nobles, est rouillé dans le fourreau, et l'exécuteur a oublié cette partie de son métier, il ne sait plus que pendre et rouer : son bras inexpérimenté a manqué le général Lally.

Chaque année offre une race nouvelle de voleurs et de scélérats qui ont un caractère différent. L'an passé c'étaient des empoisonneurs, connus sous le nom d'endormeursy qui mêlaient dans le tabac et dans les boissons un venin assoupissant, dangereux et mortel : cette année, ce sont des voleurs dH église^ des sacrilèges, qui pendant les nuits enfoncent, pillent les sacristies, emportent ciboires, calices, croix, chandeliers, etc. On a dépouillé, tant sur la route de Flandre qu'aux environs de Paris, près de quarante églises.

On a vu, dit^n, de ces sacrilèges qui avaient volé un ciboire, en renvoyer les hosties au curé du lieu dans une lettre, après avoir employé une de ces mêmes hosties comme pain à cacheter.

On a révoqué en doute les exécutions nocturnes faites aux flambeaux. Il parait constaté que rien n'est moins imaginaire. On ne conçoit pas comment la loi se plait à un meurtre clandestin» L'interprétation la plus forcée n'a jamais pu lui donner

cet horrible caractère. La peine de mort ne saurait être considérée que comme un exempleyet jamais comme une punition ; or, qu'est-ce que d'étrangler un homme dans les ténèbi-es, à rinsu des citoyens qui dorment? si vous lui faites grâce de la publicité, faites-lui grâce de la vie. Ce n'est qu'au nom de la société qu'il doit la perdre, et Totre arrêt est un crime^ si elle ignore tout à la fois le délit et le supplice.

Les Anglais et les Suisses ont une jurisprudence criminelle que la justice, la raison et Thumanité peuvent avouer; et nous avons encore à rougir de nos formes lamentables et barbares : nous n'avons pas encore appris à garantir notre liberté, notre vie et notre honneur des invasions du pouvoir aveugle et de la scélératesse réfléchie. La loi reste indécise entre le crime audacieux et l'innocence timide : elle a peine à les distinguer ; et tandis que l'instruction s'est passée dans Tombre, loin de l'œil et de l'oreille des citoyens, le supplice vient épouvanter leurs regards ; et en voyant ses abominables instruments dressés dans la place publique, il faut qu'ils demandent quel est le coupable et quel est son délit.

0erT«ile mal pendae*

11 y a dix-sept ans environ qu'une jeune paysanne, d'une figure très-agréable, s'était mise en service chez un homme qui avait tous les vices qu'entraîne la corruption des grandes villes. Epris de ses charmes, il tenta tous les moyens de la séduire. Elle était honnête; elle résista. La sagesse de cette fille ne fit qu'irriter la passion du maître, qui, ne pouvant la soumettre à ses désirs, imagina la vengeance la plus noire et la plus abominable. Il enferma furtivement dans la cassette où cette fille mettait ses bardes, plusieurs effets à lui appartenant et marqués à son nom ; puis il cria qu'il était volé, appela un com-

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