‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 57 sur 146 · SERVANTE MAL PENDUE · texte numérisé non relu

SERVANTE MAL PENDUE

missaire^ et fit sa déposition en justice : à Fouverture de la cassette, on reconnut les effets qu'il a^ait réclames.

La pauvre servante emprisonnée n'avait que ses pleurs pour défense, et pour toute réponse aux interrogatoires, disait qu'elle était iDDocen le. On ne saurait trop accuser notre jurisprudence crimiDelle, quand on songe que les juges n'eurent aucun soupçon de la scélératesse de Taccusateur, et qu'ils suivirent la loi dans toute sa rigueur; rigueur excessive, et qui devrait disparaître de notre code^ pour faire place à un simple châtiment qui laisserait moins de vols impunis.

La fille innocente fut condamnée à être pendue. Elle le fut mal, parce que c'était le coup d'essai du fils de l'exécuteur des hautes œuvres. Un chirurgien avait acheté le corps. Il fut porté chez lui. Voulant le soir même y porter le scalpel, il sentit un reste de chaleur; l'acier tranchant lui tomba des mains^ et il prit dans son lit celle qu'il allait disséquer.

Ses soins pour la rappeler à la vie ne furent pas inutiles ; il manda en même temps un ecclésiastique dont il connaissait la discrétion et l'expérience^ tant pour le consulter sur cet étrange événement que pour être témoin de sa conduite.

Au moment que cette fille infortunée ouvrit les yeux, elle se crut dans l'autre monde, et apercevant la figure du prêtre, qui avait une grosse tête et une physionomie fortement prononcée (car je l'ai connu, et c'est de lui que je tiens ce fait], elle joignit les mains avec tremblement, et s'écria : Père éternel, vous savez mon innocence, ayez pitié de moi ; elle ne cessa d'invoquer cet ecclésiastique, croyant voir Dieu même. On fut longtemps à lui persuader qu'elle n'était pas décédée, tant l'idée du supplice et de la mort avait frappé son imagination. Rien n'était plus touchant et plus expressif que ce cri d'une âme innocente, qui s'élevait vers celui qu'elle regardait comme son juge suprême; et au défaut de sa beauté attendrissante, ce spectacle unique était fait pour intéresser vivement Thomme sensible et l'homme observateur. Quel tableau pour un peintre!

quel récit pour un philosophe! quellei instruction pour un homme de loi !

Le procès ne fut pas soumis à une nouvelle révision, ainsi qu'on l'a imprimé da|is le Journal de Paris. La servante, guérie de son effroi, revenue à la vie, ayant reconnu un homme dans celui qu'elle adorait, et qui lui fit reporter ses prières vers le seul Être adorable, quitta pendant la nuit la maison du chirurgien, doublement inquiet pour cette ûUe et pour lui. Elle alla se cacher dans un village éloigné, tremblante de rencontrer les juges, les satellites et TafPreux poteau qui poursuivaient ses regards.

L'horrible calomniateur demeura impuni, parce que son crime, manifeste aux yeui de témoins particuliers; tic l'était pas de même aux yeux des magistrats et des lois.

Le peuple eut connaissance de la résurrection dé cette fille ; il accabla d'injures, le scélérat^ auteur de cette infamie. Mais dans cette ville immense ce forfait fut bientôt ouUié, et le monstre respire peut-être encore : du moins il n*a pas porté devant les hommes la peine quMl méritait.

Un livre à faire serait \erecueil de tous les innocents condanmês, pour voir les causes de Terreur et l'éviter dans la suite. Ne se . trouvera-t-il point enfin un magistrat qui s'occupera de cet ouvrage important?

XLIY.

BMttlIe.

Prison d'État : c'est assez la qualifier. Cest un cftdtoau, dit Sainte-Foix, qui, sans être fort, est le plus redoutable de l'Europe.

Qui sait ce qui s'est fait à la BastiUe, ce qu'elle renferme, ce qu'elle a renfermé? Mais comment écrira*t-on l'histoire do Louis XllI, de Louis XIV et de Louis XY, si l'on ne sait pas l'histoire de la Bastille? Ce qu'il y a de plus intéressant, de plus

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