‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 67 sur 146 · GLUCK · texte numérisé non relu

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teui*s d'ariettes que le sont pour les enthousiastes de tableaux Carrachc, Michel Ange, Paul Yéronèse, le Corrège et Raphaël.

Ces virtuoses des deux sexes, dont la voix a fait les délices des oreilles sensibles, roraement des théâtres italiens, doivent nous causer de justes regrets, surtout lorsque nous comparons ces modèles à la plupart des nôtres. Ces êtres privilégiés nous manquent; une école de musique devient nécessaire à la perfection des chanteurs^ plus livrés à la routine qu*au véritable sentiment de Tart.

Pourquoi le caractère des voix^ leur expression, leurs nuances uc peuvent- ils se reproduire sur le papier comme le pinceau transmet sur la toile les images^ les passions, les sentiments, le goût et la manière du peintre ? Quelles sources de jouissances pour nos cœurs si, dans le sein paisible de nos cabinets, nous pouvions entendre, après leur mort, ces enchanteurs adorés, dont le souvenir fait encore palpiter de plaisir ceux qui les admirèrent autrefois ! Un Porpora, dont la voix était si suave, le goût si exquis, Tart si parfait, qu'il reprenait son souffle sans que jamais on pût s'en apercevoir ; un Ferri, qui montait et descendait tout d'une haleine deux octaves par un trill continu^ marquant tous les degrés chromatiques avec la plus grande justesse; une Tesi, dont Taction vive, l'humeur enjouée, la prononciation nette, l'accent voluptueux et Taimable abandon savaient rendre toutes les nuances de la folie et de la gaieté; et cette Cuzzoni, surnommée la voix angélîque, parce qu'elle avait par excellence le secret si rare de conduire son chant^ de le renforcer, de le soutenir, de réteindre en quelque sorte et le varier par des trills, des mordants, des ondulations, par ces petits groupes fugaces et ces mouvements passionnés qui mettaient en vibration toutes les fibres dePamour et du plaisir!

Ce sont les écoles d'Italie qui ont formé tous ces chefsd'œuvre. Pourquoi donc n'avons-nous pas tenté de les imiter, nous qui depuis si longtemps avons des écoles d'équitation, d'armes et de dessein?

Une école de chant remplirait mieux son objet que Tacadémie royale de musique, établissement qui n'eut jamais rien de royal que son titre, rien d'académique que la morgue et la jalousie de ses chefs, rien de musical qu'une routine aveugle et barbare, que Ton inculquait ci-devant à de misérables doublures, et de plus misérables filles de chœurs; espèce d'automates, dont tout le savoir consistait à pousser en commun d'harmonieux hurlements, au signal, non de la mesure, mais du bâton.

Lorsqu'il s'agit de former des chanteurs, les principes ne suffisent point; il faut y joindre l'exemple. Qu'un peintre, qu'un architecte, un poëte, négligent ceux dont l'instruction leur est confiée, cela peut-être sans conséquence, parce que leurs disciples ayant sous les yeux les chefs-d'œuvre de tous les grands maîtres en peinture, en poésie, en architecture, ils peuvent par eux-même atteindre à la perfection. Mais le jeune musicien est dans une position toute différente : il n'a aucun monument pour lui servir de modèle ; car un chanteur célèbre ne laisse à la postérité ni ses grâces, ni son enthousiasme, ni sa qualité de voix, ni aucun des agréments qui faisaient la magie de son art. On pourrait comparer une ariette écrite à ces squelettes humains qu'on trouve dans les cabinets des naturalistes. Ces masses hideuses sont bien une partie essentielle de Thomme, mais Tœil ne peut les contempler sans dégoût, dépouillés de lefft peau, de leur coloris, de ces moelleux contours et de ces formes ravissantes qui constituent la beauté.

Il en est de même à l'égard d'une ariette chantée par nos voix ordinaires. Ce sont des squelettes qu'on présente au sens de l'ouïe. On ne doit point s'étonner si le peuple refuse de s'extasier devant ces sortes de cadavres; ils ne sauraient intéresser que les connaisseurs, dont l'imagination supplée à tout ce que le chanteur est dans l'impuissance de représenter.

On peut faire quelques reproches aux chanteurs Italiens; on peut les reprendre assez vivement de ce que dessus le théâtre

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