LÉGÈRES OBSERVATIONS
rallonge plus , il est plus court ; et ce n'est plus & table que Ton discourt en liberté , ni que Ton fait des contes amusants.
Je ne conseille pas à Thonnête homme qui n*a point de. laquais , d'aller dîner dans une grande maison. Là , on ne boit qu'à la discrétion des domestiques. A votre modeste comman* dément, ils feront une pirouette sur le talon, et courront au buffet chercher à boire pour un autre. Bientôt la sécheresse du gosier vous empêchera d'élever la voix : on n'interprélera pas mieux vos regards suppliants que vos ilemandes. Vous sentirez le feu prendre à votre palais , et vous ne pourrez plus goûter aucun des mets qui seront sur la table. 11 faudra attendre la un du repas pour vous humecter enfin d'un grand verre d'eau. Cette méthode a été imaginée pour donner une sorte d'exclusion aux personnes qui n'ont pas de domestiques : c'est ainsi que les riches préservent leur table d'une trop grande afflaence.
La plupart des femmes ne commencent à dîner qu'à Tentreraets.
L'air de cour est d'avoir, comme les gens de lettres, une épaule plus élevée que l'autre.
Les hommes portent maintenant un très-gros diamant au cou, et n'en ont plus à leur montre.
Il n'y a qu'un homme absolument délaissé, qui doive passer tout l'été à Paris.
11 n'y a plus d*bommes rustiques, mais le fat est encore commun.
Les femmes du rang le plus distingué trichent quelquefois au jeu avec une tranquille audace : elles ont en même temps Teffronterie de dire à celui dont elles ont placé l'argent sur une carte qui gagne , qu'elles n'ont pas mis. Comme cela arrive au jeu des princes, on ne peut se venger d'elles^ qu'en publiant le fait le lendemain dans tout Paris. Elles font semblant d'ignorer le bruit qui court (i).
(1) Mercier n'exagère point. Voici ce qu'on lit, à la date du (8 notembre 1778, dans les Mimoirtt iecret* : « Tout le monde a tu VéTénement arrÏTé au jeu de
Le ton des femmes de qualité est devenu extrêmement fier , tandis que le ton des seigneurs est honnête.
Les Parisiennes achètent quatre ajustements contre une chemise. On a de la toile en province^ et des blondes dans la capi* taie.
Un ouyrage en plusieurs tomes n'est jamais lu à Paris, que quand la province et Tétranger ont décidé son mérite.
U n'y a rien de si rare que de trouver parmi nos moines un visage de pénitent; et les jeunes gens ont un air pâle et livide qui ne vient pas toujours de la débauche, mais du peu d'exercice.
Nos pensées deviennent si subtiles, qu'elles s'exhalent de manière qu^il ne reste rien : la chimie est la science que Ton étudie le plus.
Tel journaliste est quelquefois^ conformément à ses intérêts différents, le plus vil des ûalteurs et le plus insolent des critiques.
Les grands, en général, ont aujourd'hui Tesprit aussi vulgaire que le peuple même : ils dédaignent comme lui ce qu'ils ne
Marly, de ce rouleau de louis faux substitué à un véritable. C'est un mousquetaire nommé Dulugues qui était l'auteur de cette fraude, il a été arrêté et enfermé : on assdre qu'il a^ait été présenté le matin. Cette police, est, sans doute, très bien faite ; mais il serait à désirer qu'on retendît aux duchesses, qui journellement esero> quent les joueurs crédules leur confiant leur argent. Cette filouterie se pratiquait dès le temps du feu roi, qui en avait pris plusieurs en flagrant délit et les a^ait averties ; mais comme il n'y a rien de si impudent qu'une femme de cour, au moyen de l'impunité elles continuent. Dernièrement Madame disait à messieurs de Chalabre et Poioçot, les banquiers du jeu de la reine : t On vous friponne bien, messieurs. — Madame, nous ne nous en apercevons pas », lui répondirent-ils par décence : mais ils s'en aperçoivent très-bien et n'osent le manifester.
Et quelques pages plus loin : c Les banquiers du jeu de la reine, pour obvier aux escroqueries et filouteries des femmes de la cour qui les trompent journellement, ont obtenu de S. M qu*aYant de commencer, la table serait bordée d'un ruban dans son pourtour, et que l'on ne regarderait comme engagé pour chaque coup que l'argent mis sur les cartes au delà du ruban. Cette précaution préviendra quelques friponneries, mais non celles exercées envers les pontes crédules qui confient leur argent aux duchesses, et que plusieurs nient avoir reçu lorsque leur carte ga^ne. »
[Note de l'éditeur).