LÉGÈRES OBSERVATIONS. J
vider son magasin ; il vend un peu plus cher, et passe en compte tout ce qu'il a perdu.
On n'est point humilié à Paris par un Monsieur Vintendant, par son subdélégué, par le gouverneur, par le commandant de la province, etc. On ne rencontre point monsieur le président, monsieur le procureur du roi à la mine rogue et fière; les hommes y sont plus égaux qu'ailleurs.
Quatre hommes sont toujours en simarre , mais on ne les rencontre nulle part ; le chancelier, le premier président, le lieutenant civil et le lieutenant criminel.
Quand on se rencontre face à face avec un prince du sang, on le regarde fixement sans le saluer, et on lui fait place par politesse : c'est un plus grand seigneur que les seigneurs ordinaires ; voilà tout. 11 n'est pas fâché qu'on le regarde ; cela veut dire qu'on le connaît.
Les événements les plus extraordinaires n'occupent la capitale que pendant huit jours. Les gens à talents, qui abondent, ne sont fêtés que dans un moment d'effervescence : le lendemain on passe à un autre heureux qui met à profit l'éclair de cet enthousiasme. Et quel est le suprême talent ? Celui d'amuser.
Quiconque a un suisse^ refuse le payement à qui bon lui sem« ble : on publie avec ostentation que l'on est ruiné.
Il y a des amis de table, qui enlèvent leurs promesses avec la nappe; quand ils vous ont régalé, ils se croient dispensés d'acquitter leurs paroles.
Les femmes ne tiennent plus en main ni l'aiguille à coudre,
ni Taiguille à tricoter; elles font du filet ou brodent au tambour.
Tout l'argent des provinces refiue dans la capitale, et presque
tout l'argent de la capitale passe par les mains des courtisanes.
Les jolies femmes s'associent à quelques personnes laides,
afin qu'elles leur servent d'ombre.
Les meubles sont devenus le plus grand objet de luxe ou de dépense : tous les six ans on change son ameublement, pour se procurer tout ce que l'élégance du jour a imaginé de plus beau.
Il faut que les lits soient superbes ^ que tous les appartements soient boisés avec un vemis précieux et des baguettes en or. Et le stuc est venu pour imiter les colonnes de marbre, à s'y méprendre.
On foule des tapis de trente mille livres^ dont Tusage n'était autrefois que pour le marche-pied des autels.
On ne voit plus de poutres dans les maisons ; ce serait une indécence affreuse. Tous les appartements sont percés pour le conduit des sonnettes; c'est une science à part : telle femme sonne quand son mouchoir est tombé , afin qu'on le ramasse.
Un salon n'est pas habitable ^ s'il n'a seize ou vingt pieds de hauteur : les bourgeois sont mieux logés que n'étaient les monarques il y a deux cents ans. Il n'y a plus de tabourets que chez le roi et la reine, les metteurs en œuvre et les cordonniers.
Le laquais d'un seigneur porte la montre d'or ciselée, des dentelles, des boucles à brillants, et entretient une petite marchande de modes.
L'honneur d'une fille est à elle ; elle y regarde à deux fois : l'honneur d'une femme est à son mari ; elle y regarde moins.
Je crois que Tinvcntaire de notre mobilier étonnerait fort un ancien, s'il revenait au monde. La langue des huissiers-priseurs, qui savent le nom de cette foule immense de superfluités, est une langue très-détaillée, très -riche, et très-inconnue au pauvre.
Les femmes ne se mêlent plus du ménage, à moins qu'elles ne soient femmes d'artisans.
Etre malade à Paris est un état ; les femmes le choisissent de préférence, comme le plus intéressant.
Le ton du siècle a fort abrégé les cérémonies, et il n'y a plus guère qu'un provincial qui soit un homme cérémonieux.
De toutes les coutumes antiques et triviales , celle de saluer lorsqu'on éternue, est la seule qui subsiste encore de nos jours.
On ose presque se vanter d'avoir un bon estomac , ce qu'on n'aurait pas osé faire il y a vingt ans. Les laquais ne s'en vont plus au dessert j et restent jusqu'à la fin du repas. On ne