‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 92 sur 146 · ORGUES · texte numérisé non relu

ORGUES

que rhomme singulier, qui venait de tromper si victorieusement œux même qui fabriquent l'instrument.

L'orgue une fois réparé et augmenté de bombardes , on annoDce dans les papiers publics la fête de Saint-Paul : nous y étions; prodigieuse affluence! Il faut ici des détails : tout était plein à ne pouvoir se remuer: chœur, nef, bas-côtés, chapelles latérales , chapelles éloignées , les deux sacristies , les galeries d'en haut, Tescalier de l'orgue, les passages, le devant du portail. Les carrosses tenaient toute la rue Saint-Antoine jusqu'aux Gélestins. Ce fut ce jour-là que Daquin, plus sublime que jamais* tonna dans le Judex crederiSy qui porta dans les cœurs des impressions si vives et si profondes , que tout le monde pâlit et frissonna.

M. Dauvergne, actuellement à la tête de Topera, fut si vivement frappé, qu'il sortit des premiers, et courut vite confier au papier les traits sublimes qu'il venait d'entendre. 11 les a tous placés dans son beau Te Deum à grand chœur.

11 y a eu des organistes; mais Daquin est Daquin. Nous rendons cet hommage à ce célèbre artiste, pour mieux encourager ses successeurs. Il a laissé un fils qui cultive les lettres honorablement.

L'orgue, a dit Gresset^ attire l'impie étonné dans nos temples. L'archevêque de Paris a défendu les Te Deum du soir et les messes de minuit en musique, dans deux églises de Paris, Saint-Roch et l'abbaye Saint-Germain , à cause de la multitude qui venait pour entendre l'organiste, et qui ne conservait pas le respect dû à la sainteté du lieu. Il est bien inconcevable que des catholiques se portent à des profanations aussi scandaleuses, tandis que les réformés sont si respectueux dans leurs églises. Les premiers cependant admettent encore plus positivement que les seconds la présence réelle de la Divinité; mais les fêtes nocturnes sont toujours un peu licencie'ises, c'est Yeiïet des ténèbres. Il se passera toujours bien moins de désordres en plein jour.

Mystifier^ mystiflealion.

Mots nouveaux parmi nous , et qu'on ne saurait expliquer que par des exemples. On doit leur création au caractère du petit Poinsinet, qui, après avoir fait des opéras comiques â Paris, se noya par accident dans le Guadalquivir. Versificateur, belesprit, et d'une crédulité inconcevable, il alliait à du talent une singulière ignorance des choses les plus communes. Personnage remarquable par les contrastes qu'il offrait, il était doué de saillies heureuses, fines, épigrammatiques, et la simplicité de son caractère était sans bornes.

Une société de persifïleurs, qui avaient peu de charité, abusèrent de sa pleine confiance, qui se mêlait d'ailleurs à beaucoup de vanité ; toutes les femmes étaient amoureuses de lui, parce qu'il avait eu les faveurs de quelques actrices ; on partit de là pour lui assigner de faux rendez-vous, où on lui persuada qu'il était invisible et métamorphosé en cuvette. Plus on le maltraitait, plus il pensait qu'on ne pouvait faire de tels outrages à sa personne, qu'à raison de son invisibilité. On raconte qu'on lui proposa d'acheter la charge à*écràn chez le roi, et pendant quinze jours il accoutuma ses jambes à pouvoir soutenir l'ardeur d'un brasier; qu'on lui offrit la place de gouverneur du fils du roi de Prusse, et qu'on lui fit signer qu'il n'adoptait aucune religion. •

On lui annonça un jour qu'il devait être reçu membre de Tacadéraie de Pétersbourg, pour avoir part aux bienfaits de l'impératrice ; mais qu'il fallait préalablement apprendre le russe, parce qu'il pourrait fort bien être mandé à la cour, il crut étudier le russe, et il se trouva au bout de six mois, qu'il avait appris le bas-breton.

On lui fit accroire qu'il avait tué un homme en duel, lorsqu'à

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