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DE LA COUR

IL n'est pas de sujet qui, de près ou de loin, ne veuille avoir des nouvelles de la cour, et qui ne tourne incessamment les yeux vers le roi. Il se dit : Quel est donc cet homme qui commande à vingt-quatre millions d'hommes, et au nom duquel tout "se fait ? Tous les plaisirs de l'opulence l'environnent ; on imagine des sensations nouvelles pour les lui apporter ; il a toutes les jouissances, point de besoin qui ne soit satisfait ; on lui épargne jusqu'aux désirs : quelle idée, dans ce rang élevé, a-t-il de tout ce qui l'environne ?

Tout sujet donc qui est à portée de voir le roi, fait le voyage de Versailles ; il entre dans le château magnifique ; il voit défiler toute la cour : mais il la verrait tous les jours pendant cent années de suite, il foulerait pendant un siècle et demi le parquet des longs appartements, que ses connaissances resteraient précisément au même point.

L'air de cour s'imprime dans un garçon de la chambre, dans un petit contrôleur. Celui qui met un soulier à un prince, (soulier qu'il n'a pas su faire) s'estime au-dessus du cordonnier ; car c'est une charge.

Autant le grand seigneur affecte une contenance modeste, devenu souple, de fier et de superbe qu'il était la veille, autant les valets prennent un ton qui, partout ailleurs, serait l'excès du ridicule.

On marche des épaules, à la cour ; le courtisan salue

légèrement, interroge sans regarder, glisse sur le parquet avec une légèreté incomparable, parle d'un ton élevé, préside aux cercles, jusqu'à ce qu'il paraisse quelques syllabes, quelque nom qui le réduise au ton général.

La politesse de la cour est-elle si renommée, parce qu'elle vient du centre de la puissance, ou parce qu'elle provient d'un goût plus raffiné ? Le langage y est plus élégant, le maintien plus noble et plus simple, les manières plus aisées ; le ton et la plaisanterie ont quelque chose de fin et de particulier : mais le jugement y a peu de justesse, les sentiments du côiïrFy-sont nuls ; c'est une ambition oisive," un désir immodéré de la fortune sans travail.

Dans la foule des courtisans se mêlent des aventuriers, qui vont, viennent, sont partout, publient les nouvelles apocryphes ou indifférentes ; voyez leur course précipitée : que font-ils là ? on n'en sait rien, et personne ne le leur demande.

Celui qui vous a salué dans la rue, ne vous connaît pas au lever ou à la messe ; suivez-le : comme il implore un huissier de la chambre ! Le médecin, le militaire, le magistrat, le pontife, remplis l'un pour l'autre du plus parfait dédain, n'ont qu'une voix et qu'un langage, et figurent paisiblement comme s'ils fraternisaient.

Là, des gens se chargent de vous faire évêque, président, colonel, académicien.

A la chapelle, ainsi que l'a remarqué M. Moore, les assistants tournent le dos au prêtre, et aux saints mystères, et ont la face attentive vers le roi, qui est à genoux dans une tribune. Une musique bruyante étourdit tout le monde, et confond Yvnfroït avec Vite missa est.

Quand un prince est malade, et ne peut aller à la chapelle y entendre la sainte messe, le prêtre roule l'autel de la messe jusqu'aux pieds de son lit, et la lui dit, tandis que sa majesté ou V altesse royale est enfermée entre ses quatre rideaux.

Chacun s'étudie à deviner ce qui est voilé : on flaire, pour ainsi dire, la transpiration insensible du trône, pour

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